A M»« LA DUCHESSE C. DE C
Champrosay, ce 13 juin 1862.
Madame la Duchesse,
Comment vous remercier d'une lettre aussi aimable et de ces éloges que votre précieuse partialité à mon égard vous a inspirés?...
Vous entendez bien, Madame la Duchesse, que quand je fais l'éloge de votre goût, je n'entends pas le voir chez vous dans votre bonté à adoucir mes reproches, mais dans la pieuse horreur que vous ressentez pour tout ce qui est horrible. Hélas ! l'horrible est partout : il est dans le fade comme dans l'énergie exagérée. Pouvez-vous rien comprendre à la littérature d'aujourd'hui, àces nouvelles qui ont toujours l'air d'être la même, même à toute cette peinture qui n'offre que de la prétention impuissante et la répétition des mêmes pastiches?
J'avais vu, Madame la Duchesse, ce fameux tableau : mais il ne m'avait nullement surpris, j'entends par le genre de mauvais qui s'y trouve et qui ne diffère pas beaucoup du mauvais que l'auteur affectionnait autrefois. Il est fâcheux qu'on l'ait entraîné à montrer ce triste résultat à un âge où il n'y a plus guère d'espoir de prendre une revanche...
La duchesse C. de C. était, dans les arts, le sculpteur Marcello.
Le « fameux tableau » était le Jésus au milieu des Docteurs, de J.-D. Ingres.
A M. SCHWITER.
Champrosay, 11 juin 1862.
... J'avais ébauché un projet de voyage en Italie pour en finir. Votre lettre me rappelle cette idée. Nous en causerons.
1862. — A M. FR. PETIT. 361
Partir de suite me serait impossible à cause de tableaux que j'ai promis de livrer. Le moment des chaleurs est aussi un peu redoutable. Vous me direz quel est le moment le meilleur pour cette excursion, que je voudrais faire en peu de temps, et pourtant de manière à voir un peu de tout. Comme vous vous proposez de repartir maintenant, j'irai vous joindre où vous seriez...
Et huit jours après il lui écrit encore :
Soyez assez bon pour m'écrire l'adresse que vous avez à Venise pour le cas où j'aurais quelque chose à vous demander d'ici jusqu'au moment où je me mettrai en route pour vous joindre. Je vais faire de mon mieux pour exécuter ce projet qui me serait doublement agréable en votre compagnie...
A M. FR. PETIT
Champrosay, ce 2} juin 1862.
Monsieur, je compte aller à Paris vendredi de cette semaine, 27 : si vous étiez assez aimable pour passer, de deux à trois heures, j'aurais le plaisir de vous entretenir sur les objets intéressants dont vous me parlez. Vous pourriez aussi me faire rapporter à la même heure les quatre tableaux de fleurs dont le succès a peut-être été satisfaisant, mais non pas tout à fait dans le sens que j'aurais souhaité.
J'aurai quelques objections à vous présenter au sujet de l'exposition que vous méditez de quelques-unes de mes œuvres : ces expositions des mêmes choses, fréquemment répétées, ont leurs dangers, et l'impossibilité d'avoir des choses nouvelles leur fait perdre de leur intérêt.
Nous verrons cela ensemble. Le projet de photographies me paraîtrait de nature à avoir plus de succès, s'il vous sourit toujours...
A M. DE VALERNE.
Champrosay, ce 5 juillet 1862.
Mon cher Monsieur.
Je vous exprime le regret de ne pouvoir satisfaire à votre demande relativement à l'obtention de la commande d'un tableau. Les personnes qui vous ont parlé de mon influence au ministère d'État ont voulu sans doute éluder les recommandations qu'on leur avait faites à votre égard. Elles seules auraient quelque influence si elles étaient véritablement bien disposées, mais ce sont les mêmes qui empêchaient autrefois tous mes élèves d'être admis au concours de l'École. La preuve de leur position favorable à cet égard, c'est qu'elles font partie de la Commission et que je n'en suis pas. Dans cette situation, je ne puis rien demander au ministère d'État, d'autant plus que votre demande, venant d'un artiste qui n'a point obtenu de médailles au Salon, ne me paraît devoir être accueillie que grâce à des influences exceptionnelles. Ce sont ces influences que le Ministre a voulu éviter en nommant une Commission dont les avis sont très-écoutés, mais qui commence par donner aux siens et à ses amis...
A M. FR. PETIT
Champrosay, ce 8 août 1862.
Monsieur,
J'ai vivement regretté de ne pas vous trouver samedi dernier, et comme je pensais retourner à Paris j'ai tardé à vous
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reparler du plaisir que m'ont fait les photographies que vous avez fait essayer d'après mes tableaux. Je ne puis trop vous encourager à poursuivre cette entreprise qui me paraît devoir donner de bons résultats sous tous les rapports et dans laquelle je vous aiderai autant que je le pourrai.
Quant à l'exposition de mes tableaux que vous projetiez pour cet hiver, je ne suis pas revenu du peu d'empressement que je ressens pour cette opération. Je vous ai dit quelquesunes des objections qui malgré vos observations se sont présentées à mon esprit. Il y a en outre une circonstance qui pourrait encore y faire obstacle si elle se réalise: j'avais pensé, tant pour ma santé que pour mon plaisir, à aller passer quelques mois en Italie, justement au moment où il serait utile de s'occuper de réunir les tableaux et aussi pendant le temps où ils seraient exposés, et je regretterais de ne pas au moins jouir de la vue de cette exposition. Je vous suis pourtant bien reconnaissant et je vous remercie encore de cette pensée conçue par vous dans mon intérêt, et qui pourrait peut-être se reprendre plus tard. J'insiste toujours pour les photographies dont je n'attendais pas de si bon résultats et qui sont dus, je n'en doute pas, aux soins que vous avez fait apporter
à leur exécution.
AU BARON SCHWITER.
Ce 8 août 1862.
... Je suis forcé par ma santé d'une part, et de l'autre par des considérations que je vais vous dire, d'ajourner un projet de voyage en Italie. J'ai eu une aggravation de l'indisposition dont je vous ai parlé (maladie de la vessie, sonde, etc.), laquelle rend les déplacements difficiles. Peut-être les cha-
leurs y ont-elles contribué; mais en tout cas il y a un inconvénient que je craindrais de rendre sérieux. — En second lieu votre belle Italie me paraît se remettre en campagne pour de nouvelles aventures. J'espère... je me berce encore de l'espoir de faire avec vous ce voyage en choisissant un moment où nous n'aurions rien à craindre, ni l'ardeur du
climat, ni les excentricités des patriotes...