A M. ALEXANDRE COLIN
Champrosay, ce 15 septembre 1862.
Mon cher Colin,
Je n'avais pas manqué de m'informer à l'Institut, au commencement du mois, des époques du jugement des concours. Je partis à cette époque pour aller chez des amis près d'Orléans. J'en suis revenu hier pour assister à l'exposition et au jugement, et j'ai éprouvé le chagrin de ne pouvoir influer comme je l'aurais voulu sur le choix des concurrents récompensés. J'en suis d'autant plus affligé que mon opinion était que votre fils méritait le premier grand prix. J'ai fait partager cette opinion à quelques confrères, malheureusement en trop petit nombre, et nous avons voté en conséquence.
L'influence des maîtres est abominable, et il est bien difficile que les jugements ne s'en ressentent pas. Vous verrez par les prix et par la mention, que chacun de ces jeunes gens avaient leurs maîtres respectifs dans l'Académie. Battus pour le premier prix, nous avons essayé d'obtenir le second, et même un second grand prix, et nous n'avons même pu avoir la mention.
C'est en toute sincérité que je vous répète qu'à mes yeux votre fils était le plus digne. Son paysage sortait du poncif ordinaire des éternels Poussin. Les figures étaient fort bien arrangées, et c'était le seul chez lequel les devants fussent, selon moi, bien exécutés. Voilà, mon cher ami, la justice de ces jugements d'école; trois ou quatre voix au plus, voilà ce qu'on peut se flatter d'obtenir quand on n'est pas soutenu par un professeur, et on s'est arrangé de manière que je ne pusse jamais l'être. Je suis revenu ici après la séance, où j'ai trouvé