‹ Lettres de Eugène Delacroix (volume 2)Chapitre 56 sur 141 · Voir plus loin, page · texte numérisé non relu

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pas corrigé le moindre gredin et n'ont prouvé que le développement excessif de la bosse de la niaiserie chez les savants.

En vérité, l'homme n'a-t-il recule don de réfléchir et de comparer que pour s'appliquer à la poursuite des sottises les plus grossières ? Ne s'est-il assemblé en société que pour donner les exemples d'une férocité qui ferait reculer les sauvages sous prétexte d'amour pour la justice? Des charognes analysées avec la patience que mettent les corbeaux à dépecer les cadavres! Je retrouve partout, en les détestant davantage, les savants étalant à plaisir sur ces lambeaux les contradictions de leurs connaissances bornées.

Quel est donc notre ridicule à nous deux? car nous en devons avoir notre part. Sommes-nous aussi bêtes et aussi féroces que ces monstres-là?

Ces réflexions me viennent à propos de l'affaire Lafarge que tu ne lis peut-être pas, et tu as raison...

Décembre i8±o.

... Viens dimanche soir, tu me feras lecture de Diderot, et nous passerons le détroit de l'année ensemble. Pardonnemoi, cher ami, mes contradictions ; je suis sous l'empire d'un sentiment nerveux qui me rend comme unepersonne hystérique. Ma solitude et mon esprit toujours en l'air, et peut-être, je crois, une crise particulière de mon tempérament 'me font vouloir et ne pas vouloir, et me faire des monstres des choses les plus simples. — Hélas ! il nous manquera un interlocuteur. Il est plus muet que moi encore! Pauvre Félix...

L'ami Félix Guillemardet était mort dans le courant de cette année 1840.

1840. — A M. THORE. ijj

Paris, 25 juillet (entre septembre 1839 et août 1842).

Cher ami, Pierret, qui te remettra cette lettre, te dira combien je regrette de ne pouvoir me joindre à lui. Je suis engagé dans une entreprise diabolique qu'il faut mener à fin. Il n'y a pas plus de huit à dix jours que j'ai remis en train cette besogne ; si je l'interromps maintenant, la perte ne serait pas seulement dans le temps que je ne serais pas sur les lieux, mais dans tout ce qu'il me faudrait encore pour me remettre en train. Ce ne sera donc pas sans détester cette nécessité, qui me cloue dans cette fournaise, où je suis plus attristé et plus incommodé de la chaleur que je n'ai jamais été partout où il fait chaud.

Vous allez passer tous réunis quelques bons et rapides jours dont vous conserverez un long souvenir. Qu'ils sont rares ces moments-là, et cependant semble-t-il qu'il soit si difficile de les retrouver? Hélas! oui, à la façon dont la vie est faite, la vie dont les efforts paraissent une dérision continuelle et tendent toujours à nous éloigner du vrai bonheur, qui est dans cette modestie de désirs et de jouissances à laquelle tu touches...

Adieu, mon bon ami.

Eugène.

A M. THORE

RUE NOTRE-D A M E-DE-LO RETTE, 2 p.

Ce 27 octobre.

Mon cher monsieur,

Y aurait-il moyen de faire insérer au Constitutionnel et dans quelques autres journaux que c'est par erreur qu'on a

annoncé que mes travaux étaient terminés au Luxembourg. Il en résulte des quiproquos désagréables. J'apprends qu'on va faire déjà des articles sur une chose qui est encore en suspens. Il en résulte que, quand l'ouvrage sera réellement fini, ce sera déjà de l'histoire ancienne. Le travail ne pourra être visible qu'après la session. C'est alors que, l'ensemble étant à son point d'effet, il vaudra la peine d'être montré.

Si ma demande est indiscrète, considérez-la comme non

avenue : mais recevez comme toujours mes dévouements bien

sincères.

Eu g. Delacroix.

A M. THORE

Nous avons dans les mains la note sur les peintures, à laquelle il est fait allusion, mais quel que en soit l'intérêt, nous ne pouvons la donner parmi les Lettres. Nous la réservons pour un autre travail surles Travaux du maître.

Mercredi 5.

Mon cher ami, je ne vous ai pas encore envoyé la note concernant mes peintures pour diverses raisons que vous apprécierez. J'ai imaginé de faire une notice très-détaillée que je désirerais voir imprimer dans un ou plusieurs journaux et qui serait une explication catégorique de mes intentions, ne voulant pas, à l'exemple de beaucoup de mes confrères, m'enrichir de celles qui me seraient prêtées gratuitement et que je n'aurais pas eues, mais réclamant le bénéfice de celles qui sont bien véritablement sorties de mon cerveau. Vous prendriez dans cette notice détaillée ce qu'il vous faudrait

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