TON AMI
Dans l'un des extraits qui suivent (donnés par M. Piron), on voit déjà poindre un désir de ce voyage en Italie, qui était pour tous les jeunes artistes d'alors l'idéal du complément d'éducation, et que ne réalisa jamais Delacroix.
A F. GUILLEMARDET
... Il y a une chose qu'on regrette toujours, quelque part qu'on la laisse : c'est l'amitié. Je crois ne t'avoir pas vu depuis un an. Combien nous est-il arrivé de rester ainsi sans nous voir? Toi-même, il y a peut-être des semaines que tu n'as vu P..., mais, quand on respire le même air, c'est presque comme si tu le voyais. On se sent proche les uns des autres, parce qu'on sait qu'en faisant quelques pas on se retrouve. Maintenant au contraire je cherche à me rappeler vos traits. Hier, en trottant sur Ja grande route, je me disais tout en rêvant : « Où sont-ils à cette heure r Peutêtre à table, peut-être à la queue du spectacle à s'entretenir de l'absent. » Il y eut pendant quelques instants un ciel magnifique que j'admirais avec bonheur, et je pensais que peut-être vous en faisiez autant. Je ne puis en vérité
penser sans un serrement de cœur aux longues années que je passerai en Italie loin de vous et loin de tous ceux qui peuvent s'intéresser à moi...