‹ Lettres de Eugène Delacroix (volume 2)Chapitre 94 sur 141 · A M. C. DUTILLEUX · texte numérisé non relu

A M. C. DUTILLEUX

est résulté une préparation beaucoup meilleure que n'aurait été une ébauche ordinaire. Mais j'ai fait un travail inusité pour un peintre et qui ressemblait plutôt à celui d'un maçon; il a été sur le point de me donner la colique de plomb, tant j'ai employé de blanc dans un endroit où l'air ne se renouvelle point. Votre lettre et 1 envoi de votre discours que j'avais trouvés l'un et l'autre à mon arrivée avant la reprise de mes travaux m'ont fait le plus vif plaisir. Pour vous parler d'abord du discours, il est tout ce que pouvait faire un homme comme vous, qui comprend tout ce qui est véritablement fin dans l'art. Quant à la diction, elle est excellente et vous avez dû. en recevoir des compliments de vos confrères qui se sont honorés en vous recevant. Quant à la lettre, elle est, comme toujours, pleine d'un sentiment si affectueux que l'expression de ce sentiment me touche encore plus que tout ce que vous m'exprimez sur mes ouvrages, quoique tous les éloges, et surtout ceux que [vous pouvez donner, soient certes de nature à me chatouiller infiniment.

Cette bonne lettre m'apprend cependant une chose qui me contrarie beaucoup; c'est que vous serez à Paris à la mi-septembre. Je pars justement et bien malheureusement le 10 pour le mois tout entier, et quoique j'aille trouver des personnes que j'aime beaucoup, je serai malheureusement trèspeu de temps dans chaque endroit, étant obligé d'aller du nord au midi et d'employer beaucoup de temps sur les routes. J'avais espéré un moment que de Strasbourg je pourrais revenir par le Rhin et la Belgique, et je n'aurais pas manqué daller vous serrer la main à Arras. mais le temps me manque • je suis forcé d'être à Paris le ier octobre pour le jury d'exposition, énorme corvée dont j'eusse désiré vivement m'affranchir. Ce sera donc partie remise et à mon bien grand regret.

Vous me dites que vous avez éprouvé une cruelle afflic-

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tion par la perte de votre petite tille. Je partage bien sincèrement votre chagrin : le temps et le travail sont de grands moyens de distraction ; mais il est de certaines douleurs qu'on ne peut jamais oublier...

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