AU BARON GH. RIVET
15 février 1838.
... J’aurais à vous remercier, non-seulement du succès que je dois tout entier à vous, j’en suis bien sûr, mais plus encore de votre bonne et constante amitié. Je sais bien ce qui effacerait mes torts pour un homme comme vous : ce serait tout bonnement de me mettre en diligence et d’arriver tout botté au coin de votre feu. Mais ce sont de ces bonheurs qu’il m’est permis de rêver, et, je ne sais par quel destin contraire, qu’il ne m’est jamais permis de goûter. Sans compter les mille raisons qui sont toujours là pour accrocher un homme de la triste race artiste,
je suis sur la piste de deux ou trois intrigues, dont pas une sans doute ne réussira, dans le but d’avoir à peindre quelques pieds de muraille qui ne me rapporteraient sans doute pas plus de profits que ce que j’ai déjà fait, mais qui satisferaient le besoin défaire grand qui devient excessif quand une fois on en a goûté. Vous ne m'auriez pas cru si perfectionné, n’est-ce pas, mon ami? C’est pourtant ce qui arrive, et Dieu en ordonnera comme il voudra.
Et attendant, les mois se passent et je ne vous vois point, et je ne vois point Venise que nous aimons tant, ni Rome, ni tant d’autres bonnes choses. J’avais bien pour cette année le projet de vous surprendre en y allant dans cette Italie qui semble chaque année reculer devant moi par cette suite des entraves perpétuelles qui nous enchaînent, nous autres gens « indépendants... »
Que j’aurais désiré que mon triste tableau, s’il vous a plu le moins du monde, vous fût échu ! J’en suis d’autant plus fâché pour Mme Rivet en particulier, que je crains bien qu’il ne se présente de sitôt sous ma main un sujet aussi conciliant, si je puis parler ainsi. Mes inclinations tragiques me dominent toujours et les Grâces me sourient rarement...
M. Ch. Rivet était, à cette époque, préfet du Rhône.
Le tableau auquel il est fait allusion paraît avoir été