RUE DE RIVOLI, N
Madame, est-il indiscret à moi de vous demander, avant votre départ, ce beau second bras, moulé en plâtre, que vous avez bien voulu me promettre, et auquel j’attache tant de prix? Je vous serai bien reconnaissant, je vous assure.
Mille amitiés à Dumas et à vous mille hommages et mille empressements.
Ce mardi.
Théophile Gautier, dans un livre fort typique qui parut en 1839, les Belles Femmes de Paris , a consacré deux pages enthousiastes à l’exquisité des mains de Mlle Ida Ferrier, laquelle, un peu plus tard, devient régulièrement Mme Alexandre Dumas. «... Vous avez peut-être cru jusqu'ici que les lis étaient blancs, que la neige était blanche, que l'albâtre était blanc; je vous plains. Il n’y a de blanc dans le monde que les mains de Mlle Ida... Il y a toujours dans une grande foule quelques artistes qui sous des touffes de rubans ou de dentelles vont chercher les mains, comme les fleurs les plus rares et les plus choisies du Jardin
d’Amour... La blancheur éblouissante de Mlle Ida est tempérée par une molle transparence de veines bleues; les attaches du poignet ont une souplesse et une fermeté telles que nous ne saurions les comparer qu’aux anneaux d’une couleuvre; le dos de la main est lisse, ciselé comme un camée grec et fouillé de belles fossettes pleines d’ombres; l’intérieur, relevé de petits monticules (terme de chiromancie) et traversé de lignes calmes, est une charmante carte de géographie du Monde de Beauté; les doigts, aisément pénétrés de lumière, blondissent au soleil comme des perles; ils pourraient, au reste, se passer de bagues, car ils ont tous un ongle fait de la plus belle nacre, un vrai bijou, pour lequel je donnerais le diamant de Cléopâtre, si je l’avais... »
On sait combien Delacroix a donné d’originalité aux mains dans ses tableaux et dans ses portraits. On peut même dire que sur ce point il est incomparable.