‹ Lettres de Eugène DelacroixChapitre 77 sur 86 · U MUSÉE ROYAL · texte numérisé non relu

U MUSÉE ROYAL

Ce 20 (1845).

Cher monsieur, je vous envoie une cargaison de tableaux. J’ose solliciter que vous me fassiez mettre autant que possible à l’abri de la pluie. Mes tableaux sont vernis au blanc d’œuf et la moindre goutte d’eau ferait des taches affreuses. Je suis honteux de vous demander vos soins au milieu de l’embarras où vous êtes. Excusez-moi et recevez avec mes remercîments mille assurances de mon dévouement bien affectueux.

Eug. Delacroix.

Delacroix nous donne dans ce billet la liste de ses envois au Salon de 1845. Le Muley Abderhaman , sultan du Maroc , est au musée de Toulouse ; les Dernières paroles de

1845. — A M. THORÉ

r empereur Marc-Aurèle sont au musée de Lyon; Y Education de la Vierge (qui a été gravée à l’eau-forte par M. Edmond Hédouin, pour Y Artiste) ne figure pas au livret.

A M. THORÉ

J’ai envoyé, mon cher monsieur, cinq tableaux. Deux seulement sont importants : l’un est T Empereur du Maroc au milieu de sa garde et de ses officiers à Mèquinez; l’autre est Marc-Aurèle mourant , recommandant Commode , son fils , lises amü philosophes comme lui; une Sibylle , la Madeleine(iè,\C), et Y Éducation de la Vierge. Scheffer m’a dit ne rien envoyer ; Delaroche, je crois, non plus ; Ingres et Decamps, je n’en sais rien. Mettons-nous en prière à présent pour que MM. du jury laissent passer mon bagage. Je crois qu’il serait bon de n’y pas faire d’allusion d’avance, de peur que par mauvaise humeur ils ne réalisent cette crainte.

Agréez, cher monsieur, mille amitiés et dévouements.

Eug. Delacroix.

Dimanche 25 (1845).

... Je vais passer quelques jours avec mon frère à Vichy ; non pas prendre les eaux (moi, s’entend), mais lui tenir compagnie. Je trouve cela plus tôt fait que d’aller à Bordeaux. J’ai une grande appréhension de trouver là tout le contraire du repos dont j’ai besoin depuis que j’ai pris la résolution d’y aller. Je connais je ne sais combien d’êtres plus ou moins ennuyeux que j’y dois rencontrer, et qui changeront ce lieu-là pour moi en une rue de Paris dans laquelle on serait plus entassés qu’à Paris même. Enfin, Dieu est grand !

Les orages continuels me tuent, et toi aussi, je crois; je nous plains donc beaucoup. Si l’été continue de la sorte, il n’y aura ni santé ni peinture, et j’entends dire aussi ni bled, ni avoine, ni rien.

Je rencontrai dernièrement, dans une maison ou je vais beaucoup, M. de Marcieu, ton ancien collègue à Napjes, si je ne me trompe. J’ai d’abord été quelque temps à le reconnaître, puis il a levé le siège au moment où j’allais lui parler de toi. Il a l’air d’un homme fort doux et d’tin commerce agréable ; j’es—

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