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134 LETTRES DE FADEMNTE
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Mais ce n’est pas l'heure des regrets, des défaillances, des lâches concessions, ce n'est pas même l'heure de la tristesse, mais celle de l'action commune et énergique pour lutter contre les forces coalisées contre nous. Comprenons bien que le découragement nous conduirait à l’affaiblissement et à la mort, et devant la lutte qui est faite à notre race, soyons forts et unis comme jamais nous ne le fûmes, puisque le danger est plus grand que jamais. Que notre âme française que nous avons trop souvent laissée sommeiller, hélas ! se réveille, qu'elle brûle et qu'elle rayonne afin de prouver à ceux qui nous ont calomniés et méconnus, qu’elle est un principe de vie, non seulement pour la province de Québec, mais pour toutes les provinces du pays. Plus nous la rendrons belle, cette âme française, plus nous la ferons ardente, inte.ligente, généreuse et énergique, plus lle sera française et plus sa puissance s'aflirmera en dépit de tout.
La lutte n’est pas terminée, j'ai même l’impression profonde qu'elle ne fait que commencer.
Il faut voir cela, et chacun dans notre sphère, travailler à la victoire finale qui est assurée à toutes les causes justes.
«, des n'est XLVIII : celle .
ce La petite sourde-muelte nous.
»ment Vous pensez peut-être que, dans tout le à la pays, il n'y a pas une seule jeune fille qui notre file au rouet ?
nous Il y en a une au moins... et je l'ai vue: \ grand et il y en aura d'autres bientôt, car, je vous e que connais, Ô chercheuses de fantaisies nouveleiller, les. Vous désirerez maintenant un rouet qu'elle qui chante pendant que votre petit pied 18 ont pédale et que la laine blanche court entre prin- vos doigts fins.
vince Ma fileuse n'habite ni une grande ni une ces du petite ville. En pénétrant dans la vieille cette maison où les chemins de neige me conduisidente, rent par tent de détours, j'ai pensé que je us - Ile révais une des belles histoires qui enchantè- | 'aflir- rent mon enfance.
4 Une domestique ridée, noire, aux yeux > l'im- durs, propre comme un sou neuf, et vêtue Linerdé comme si elle sortait d’un coffre fermé depuis soixante ans, m'ouvrit la porte, et je fus tout ! notre de suite en présence d’un vieillard droit, | ui est sec, très digne dans sa longue redingote noire
et sous la calotte de velours que dépassaient { ses cheveux blancs. Sa fille, la maîtresse de | maison, arriva tout essoufflée, hospitalière, ti un peu cérémonieuse pour commencer, mais si parfaitement aimable pour l’amie de ses Fi amis. Quand elie fut caime, sa figure me plut, la bonté y était imprimée, et dans ses |
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yeux doux et rieurs passaient des ombres, comme le reflet d'une tristesse qui se tient derrière les sourires.
Les anciens meubles en acajou, trois larges fenêtres enfoncées dans des murs épais d'autrefois, le gros poêle qui pétillait en dessinant des lueurs roses, une glace dans un cadre doré mettant un paysage d'hiver au fond du salon, les bégonias et les géraniums en fleurs sur les allèges de fenêtres, donnaient À cette pièce un charme vieillot et magique.
De plus en plus j'avais l'impression d'entrer dans une histoire dont j'étais l'un des personnages. Je me sentais bien loin de la vie ordinaire et j'attendais...
Après quelques minutes passées à nous connaître et à nous rattacher par nos amis communs, mon hôtesse m'amena près d'une des embrasures profondes. Une jeune fille, dont les yeux étranges se détachaient comme des étoiles dans le visage pâle, était là, assise devant un rouet dont le ronron m'avait intriguée depuis mon arrivée. — La mère posa sa main sur la tête blonde : «C'est ma fille, elle est sourde-muette. » L'enfant s'inclina légèrement sur un signe de sa mère, mais elle n’interrompit pas son travail, aussi attentive que si elle eût 6t6 seule.
Surprise, émue, je ne sus que sourire avec un étrange serrement de cœur. Mon hôtesse me ramena près du feu, où le grandpère était assis, et elle me raconta bien simplement que son mari était mort avant qu'ils
LETTRES DE FADETTE 137 C6, n'eussent découvert l'infirmité de la petite : ent avec amour et patience son père et elle se consacrèrent À son éducation et essayèrent ges de développer son intelligence, mais ils ne ais purent jamais se décider À se séparer d'elle les- pour la placer dAns une institution spéciale, un . Nous avons peut-être eu tort, nous n'aen vions pas le courage nécessaire.
ims Pendant que nous causons, la jeune fille ent file... la laine en rouleaux moelleux devient jue. fine et mince, et s'allonge égale, unie, comme trer la petite vie qui se déroule entre ces deux per- affections protégeantes et exclusives qui , la ont eu peur du sactifice.
Elle a grandi comme une plante bien soious gnée, mais que se passe-t-il dans cet esprit mis fermé À toutes les influences extérieures ? ‘une A quoi pense-t-elle dans le silence éternel fille, qui l’iso'e de tous? Y a-t-il seulement des nme pensées qui vivent et s’agitent dans cette mise âme mystérieuse ?... ou bien, ses grands nai yeux clairs, qui suivent | vaguement les re nuages en marche, ne voient-ils que des est formes, et ne réflètent-ils jamais ce qui passe ÿ és dans son esprit ?
le sa Du matin au soir, elle file; quand la laine vail, manque, elle est inquiète et malheureuse.
Le bruit monotone du rouet actif couvrené t-il les soupirs d’une âme captive qui sent
” hé ; sa misère et voudrait s'élancer dans la vie Ë dont vivent les autres ?
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Nous ne savons rien d'elle, œllé ignore tout de nous...
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138 LETTRES DE “ADETTE
Le chien qui vient d'entrer va poser * bonne grosse tête sur les genoux de l'enfan elle laisse un moment le rouet, flatte le chic et le regarde en souriant il agite la quet et la regarde aussi : ils se parlent, peut-être
Réconciliation
J'ai l'esprit un peu frondeur et d'où qu les viennent, je n'adopte pas eveuglément | modes qui passent.
Je m'étais imaginée, il y a quelques anné que la dévotion à saint Antoine était u mode et je souriais volontiers des histoir en parties doubles des offrandes de pain des grâces obtenues. Mais tout arri\ Prise un jour dans des difficultés qui !
paraissaient inextrieables, 1'eus la curios de voir comment saint Antoine s'en tirera Je ne voulais pas le traiter en commerça et je répugnais à lui faire des promess Je lui exposai done ma demande en lui f sant une généreuse Grande, et j attendis s bon plaisir.
Il est probable que monsieur saint Anto jugea sévèrement mes dispositions intéri res, qu'il trouva à ma curiosi 6 une nuai de perversité; peut-être aussi, dans sa esse surnaturelle vit-il que ma très huma schorche du mieux me serait nuisible toujours est-il que, non seulement je n° tins pas ce que je demandais, mais les cho
poser A l'enfant, le chien ln queue ut-être ?
où qu'eliment les
s années, tait une histoires » pain et | arrive.
qui me curiosité 1 tirerait.
nmerçant romesses.
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t Antoine intérieule nuance ns sa sa- ; humaine uisible.….
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tournèrent au plus mal pour moi en cette diMcile affaire,
J'ous une indignation un peu dédaigneuse qui s'exprima vertement en passant devant la statue de saint Antoine : « Vous n'êtes pas un gentilhomme et je n'aurai plus d'affaire à vous. »
Comme vous le voyez, noux étions en « délicatesse » et je no pensais pas à lui sans un grain d'amertume, Un jour, accédant à la prière d'un de mes amis, À qui je ne l'avais pas demandée, saint Antoine, qui songeuit évidemment à un rapprovhement, me remit presque dans les mains un objet perdu, vainement cherché, et dont la disparition me désoluit.
Je vis bien qu'il s'ucquittait et je lui en sus gré, et comme un bon procédé en appelle un autre, je cherchais l'occasion d'être gentille pour lui. Je viens de la trouver. J'ai lu avec un vrai plaisir un petit livre tout à lu louange de saint Antoine : le titre éveitlera votre curiosité, et quand je vous en aurai nommé l'auteur, vous saurez qu'au rebours de toute morale bien faite, votre eur1osité aura une jolie récompense. « Si Quaeris », si vous cherchez... et qui ne cherche pas dans le monde? Tous nous cherchons sans cesse, nous cherchons Dieu, la vérité, des umitiés, le bonheur, la fortune, les succès, nous cherchons notre bourse ou nous cherchons notre canne, mais inlassablement nous essayons de trouver queique chose.
Imaginez alors la joie de rencontrer quelqu'un qui vous persuade qu’un saint du ciel est préposé à ces recherches diverses, et qui établit, avec preuves à l'appui, qu'un cœur simple et confiant trouvera toujours le secours demandé. Les preuves sont des nouvelles courtes, vivantes du Père Valentin-M. Breton : elles sont écrites de cette plume alerte et élégante que vous connaissez. Ce sont des petits tableaux délicatement nuancés dont les personnages ont un tel cachet de vérité, qu’on les voit et qu'on les entend raconter leurs petites histoires; ils sont reconnaissants et un peu buvards comme nous le sommes tous dans la surprise des réussites inespérées.
Leur confiance est contagieuse et l’on s’y laisse prendre, eu se disant que bien des choses difficiles seront simplifiées désormais si le bon saint Antoine veut bien s'en . mêler.
Révélations
Suzanne est assise dans la fourrure auprès d'un joli feu clair qui accroche des lumières aux dorures des cadres et des lueurs d’or dans ses bourles soyeuses. Son livre d’images est tomu6 de ses mains, elle regarde dans le vague et elle se sent un peu malheureuse. Sa maman vient de sortir: elle entend encore le tintement gai des clochettes
uprès nières , d’or ’imagarde heu- : elle hettes
de l’attelage qui lui disent : « Bonsoir, Suzette, bonsoir ! »
Oh ! ce n’est pas parce que sa maman est sortie que Suzanne est triste... à sept ans, on est raisonnable et Suzanne se pique de l'être. Elle se met à chercher, s'il n’y a pas eu dans la journée, quelque mal qui n’a pas été défait, car c’est le souci de son bon petit cœur de défaire le mal, que ce soit une tache à effacer, une blessure à guérir par une caresse, ou une faute à avouer. Mais non...
ce jour-là tout a été bien.
Alors, elle examine si rien n'est changé parmi les êtres qui peuplent son petit monde, ces êtres que nous appelons froidement des choses, mais que Suzanne sent bien vivre, et dont elle respecte la sensibilité mystérieuse.
Elle jette un regard autour d'elle : chaque objet est bien à sa place... la pendule, audessus des volumes de la bibliothèque rose, continus à jeter ses petits grains de vie sonores, la poupée dort dans son berceau d’osier, l’ours Teddy semble trouver fort plaisant d’être écartelé sur le tapis dans un coin, car ses gros yeux ronds luisent de gaieté... et au fond de la chambre, le lampion allumé fait tout rose le Jésus de cire, dont la crèche minuscule, remplie de paille, est entourée de fleurs blanches aux feuillages givrés...
Alors, alors, pourquoi cette grosse envie de pleurer qui lui gonfle le cœur? Elle s’allonge dans la fourrure blanche si douce, et elle regarde le feu qui chantonne pour la
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consoler; peu à peu 868 grands yeux 88 fer-
ment.
L'oiseau agite ses ailes dans sa Cage : —
Tu ne dors pas, Botrel, fait-elle plaitivement. __ Non, petite, et toi tu t'ennuies ? — Oh ! moi, dit Suzanne dans un grand soupir, je suis triste... j'ai été sage pourtant aujourd'hui, et il n’y a rien de changé dans la maison, ah ! mon pauvre Botrel, tu ne sais pas comme c'est ennuyeux de ne pas savoir seulement pourquoi l'on a tant de chagrin!
L'oiseau penche la tête avec des airs de vieux philosophe : — Je te le dirai bien moi : tu es triste, parce qu'une belle fleur vient de mourir dans la serre. — Tu l’as vue mourir ? — Non, mais je le sais, il en meurt tout le temps : elles s’épanouissent, elles embaument, elles s'ouvrent, elles s'ouvrent éperdument pour donner tout leur cœur au soleil, puis un à un leurs pétales tombent sur ja terre noire au pied des plantes... elles finissent toutes ainsi.
Et ce n’est pas tout, continue l'oiseau, tu es triste aussi parce qu'une étoile du ciel est tombée dans le vide : vite, vite, plus vite qu'on ne peut penser, COMME si elle avait peur du ciel d’où elle s'enfuyait, elle s’est précipitée dans le noir de la nuit qui l'a engloutie.
L'enfant écoute, toute pâle d'angoisse, en serrant se8 petites mains sur son Cœur.
— ]1 y a autre chose encore qui te rend triste. c'est la voix du vent qui passe sur le monde ... L’entends-tu appeler ? ... il ar-
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rête son souffle pour écouter si le monde lui répondra, mais on ne s'occupe pas de lui, et il recommence à soupirer et à gémir.
— Et, dis-moi, Botrel, est-ce que, la nuit, il y a beaucoup de fleurs qui meurent, beaucoup d'étoiles qui tombent, beaucoup de ces voix qui appellent et auxquelles personne ne répond ? — Oui, répond l'oiseau gravement : toutes les fleurs meurent dès qu’e..es sont belles; j'ai vu bien des étoiles qui resplendissaient se jeter dans les ténèbres, et le monde est rempli d'appels auxquels rien sur la terre n’a jamais répondu.
L'enfant et l'oiseau se taisent, l’une dort dans sa fourrure, l’autre dort sur son perchoir, mais l'enfant a appris dans son rêve pourquoi elle est triste, et qu’on peut avoir du chagrin sans avoir 6t6 méchante. Dans le mystère de son âme qui s’éveille, tout un monde lui a été révélé et Ja pitié, la divine pitié qui fait le cœur des femmes si grand est née cette nuit en elle.
Elle va aujourd’hui aux fleurs qui s’effeuillent, aux étoiles qui tombent, au vent qui pleure, mais Suzanne grandira, et la douce compassion grandira aussi, pour s'élancer vers tout ce qui souffre, et aux voix qui éternellement appellent, elle saura répondre avec la tendresse des femmes qui ont compris qu’aimer, se sacrifier et pardonner, c’est tout un.
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Triste ?
Dans le courrier de Fadette, il y avait ce man une lettre grise, jolie et triste, où une amie inconnue me priair d'écrire cette semaine comme si je m'adressais à elle qui est « perdue dans un brouillard de tristesse où elle ne distingue plus rien ». Je veux bien lui parler, mais cela la consolera-t-il si je lui dis qu’en effet la tristesse est un brouillard éternel, qui sort matin et soir du cours agité de notre vie : le soleil de la joie ne réussit pas à le dissiper pour longtemps.
La tristesse est en nous, autour de nous, nous l’appertons en venant au monde; elle nous précède ou nous accompagne comme notre ombre, suivant les heures.
Sans le savoir, nos âmes ont la nostalgie de l’Eden où nous devions être heureux : nous commençons à pleurer en entrant dans la vie, et nous allons ensuite des petites aux grandes déceptions, avec le désir insatiable du bonheur infini qui ne rencontre jamais que les joies brèves et précaires de la terre.
Tristes ! nous le sommes tous, ma pauvre petite. Que ce soit le présent qui nous inquiète, l'avenir plein d'appréhensions, ou les détresses passées qui font saigner en nous des biessures anciennes, notre cœur
tremble toujours un peu, même s’il est très heureux !
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C'est la vie : il n’y a que les âmes légères et vaines qui ne sentent pas leur tristesse parce qu'elles l’étourdissent, mais elle les saisit un jour, quand elles ont perdu le pouvoir de s'amuser.
Il faut donc accepter la tristesse et apprendre à la renfermer en nous. Notre gaieté a le droit de se communiquer puisqu’elle fait du bien aux autres, mais cachons bien notre tristesse. D'abord elle nous appartient davantage, elle est notre vie même dans ce qu'elle a de p'18 intime et de plus profond. Puis, si nous ne la tenions pas silencieuse et voilée, elle offusquerait ceux dont c’est le tour d'être heureux, — et ce sera si court, — et elle infligerait un surcroît de peine à d’autres tristes qui ont bien assez de leur infortune.
La tristesse est dans notre vie comme les journées de pluie dans le printemps : ils le font plus frais, plus vert, fleuri et tout étincelant. Ainsi la tristesse douce et sans révolte rend les âmes plus belles, et une femme qui n’a pas pleuré ne connaît ni l'indulgence ni la bonté profondes.
N'ayez pas peur de votre tristesse, ma petite sœur, et regardez les pensées qu'elle vous présente, elles sont généralement fécondes et vous font descendre en vous-même où il est bon pour tous de vivre un peu plus.
La tristesse n’est pas un mal, elle est une des conditions de la vie à laquelle nul ne
peut se soustraire. Eile ne devient un mai que si elle engendre l’inaction et le découra-
gement, et cela n'arrive pas À ceux qui élargissent sans cesse leur cœur, à ceux qui ayant souffert veulent aider les autres à porter leur fardeau.
Votre âme a ses jours de pluie et de brouillard, mais le soleil qui se cache n'est pas éteint : il est derrière ces nuages qui vous font peur et il en sortira pour vous donner votre part de bonheur. Soyez assurée de cela et allez bravement votre chemin :
quand vous êtes triste, vivez simplement comme si vous ne l’étiez pas. Vos dispositions changent mais votre devoir est invariable.
N'avez-vous jamais pensé que c'est de la nuit noire et mélancolique que montent les aubes roses? Quand en vous les voix joyeuses se taisent, c'est que dans l’obseurité les oiseaux dorment, mais vous avez vingt ans, la tristesse passera. Hélas ! rien ne dure dans nos âmes mobiles, la joie est éphémère, et la tristesse aussi... et vous connaîtrez des jours où vous pleurerez de ne plus être triste de vos anciens chagrins.
Ce qui ne passe pas, c'est la bonté qui pose des actes, la sincérité qui cherche la vérité et l’accepte toute, c’est la vie de l’âme croyante et courageuse qui sent qu'elle ne vaut que par ce qui la dépasse.
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Commérages et Bavardages
Petite ville, grand village ou petit village, c'est tout un quand on les considère au point de vue commérages et bavardages.
Ceux qui, un peu à l'écart, peuvent suivre le chemin d’une parole et le roman d’une supposition sont surpris, malgré l'habitude qu'ils en ont, de tout le tapage qui peut s'élever à propos de rien et à propos de tout.
C'est que, dans les centres étroits, on attache une importance extrême aux petites choses, de telle sorte qu’un événement grave est moins discuté que les détails qui l’accompagnent o en relèvent.
Les silencieux qui sont aussi les spectateurs, parmi toutes les histoires qui courent, bouillonnent et s'évaporent, peuvent se croire au cinéma : ils regardent passer des instantanés dont la plupart sont insignifiants, mais il leur arrive de voir des tableaux typiques d’où ils peuvent tirer tout un petit bagage de philosophie utile.
Je ne crois pas qu’on bavarde beaucoup plus dans la petite ville que dans la grande, mais les histoires, au lieu de circuler dans des cercles restreints font le grand tour de l'endroit : elles entrent de porte en porte, et elles ressortent agrémentées de détails nouveaux. Elles subissent de telles transformations, que ceux qui les premiers les
ont lancées à la volée, les reconnaissent à peine, quand, au cours de leurs évolutions, elles repassent devant leur porte.
Dans la grande ville, la vie individuelle est plus secrète, mieux protégée contre la curiosité... on ne sait pas toujours le nom de ses voisins, en ville.
Dans la petite ville, chaque fenêtre a ses yeux grands ouverts sur les gestes, les démarches et les rencontres de tous et de chacun. Revenez-vous de l'église ? Qui est l'étanger qui entre chez vous ? Où votre domestique porte-t-il ce panier, et que peut-il bien contenir? Etc. ete. etc.
La patience la mieux exercée cède quelquefois devant l'absurdité des suppositions et des commentaires de cette police cancanière.
La malice cependant n'est pas souvent le facteur principal de cette démangeaison de parler, et en face des résultats désastreux de leurs bavardages, certaines bonnes âmes sont désolées et protestent de l'innocence de leurs intentions, et je crois à leur sincérité qui égale leur inconséquence.
C'est un spectacle curieux de voir toute une population occupée du même petit scandale, du même accident, de la même histoire plaisante : dans les salons, les bureaux, les parloirs, les ateliers, les magasins vous tombez sur le sujet du jour que tout le monde raconte aver ses petits bouts d’allonge.
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