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TTRES DE PART.
de branches cassées et une voix connue la tirent de son extase. — Que fais-tu là, Petite Lumière, toute seule dans la nuit ?
La voix grave, le beau visage impassible du jeune chef ne trahissent aucune émotion, pas même la surprise. Troublée, la jeune fille baisse les yeux sans répondre. Il insiste, avec, dans la voix, une note impérieuse, à laquelle elle cède : — Je demandais aux Ames de me rend. on cœur, Nitahokan. — Mon cœur cherche le tien, Petite Lumière, et quand trois lunes auront vécu, j'irai trouver ton père, et je lui dirai:
« Donne-moi ta fille, je veux en faire ma femme. »
Un éclair de joie illumina la figure de la jeune fille et cependant elle répondit froidement :—Je ne serai ta femme, Nitahokan, que si tu rends à la Robe Noire l’objet du Mauvais qui retient dans ses feuilles maudites tes yeux et ton cœur. — Tais-toi, Petite, tu n'as pas d’esprit, fit-il condescendant et flatté de la jalousie de la jolie enfant. Le livre ne vient pas du Mauvais, il me rendra savant, aussi savant que les chefs blancs, aussi sage peut-être que la Robe Noire ! — A rien ne sert d'être si savant et si sage, mon cœur; er. seras-tu plus habile chasseur et plus brave guerrier ? Je ne serai jamais heureuse si tu mets ta pensée dans ce livre qui t'éloigne de moi !
Rends-le à la Robe Noire, il est vieux et il lui appartient d'être sage ! Aïime-moi, Nitahokan, cela seul est bon!
pate amants ———
L'âme de la race
Dans la classe aux murs blanes couverts de tableaux noirs et de cartes géographiques, trente petits Ontariens, de dix à douze ans, écoutent de toutes leurs oreilles et de tous leurs yeux la jeune filie qui vient de leur expliquer l'immortalité de l’âme : « Done notre âme ne meurt pas, vous avez bien compris cela? Dans notre âme immortelle humaine qui ne peut pas mourir, il y a, chez chacun de nous, une autre âme, l'âme de notre race qui ne doit pas mourir. Or, je vous ai bien expliqué que l'âme, c’est notre esprit, notre cœur, notre manière de penser et de sentir qui se manifestent dans notre langage: c’est cela qui est l'âme d'une race, parce que c’est l'âme transmise de tous ceux qui nous ont précédés dans le monde et dont nous descendons directement : nos pères et nos grands-pères. Si nous, les Canadiens français, reculons très loin dans le passé, de bisaïeul en trisaïeul, nous rejoignons ceux qui partirent de France, il y a plus ou moins longtemps, pour venir ici défricher et peupler le Canada qui appartenait alors au roi de France.
Et voilà pourquoi, mes petits, nous sommes français, pensant, parlant, sentant comme nos ancêtres français qui étaient honnêtes, braves, ésintéressés, travailleurs, et dont nous devons être fiers.
Mais c'est ici, sur la terre canadienne, qu'ils vinrent labourer, fonder des familles, se baitre contre les sauvages qui voulaient se débarrasser d'eux. C'est avec leurs sueurs, leur sang, jeur courage, leurs peines et leur foi qu'ils ort fait ce beau Canada où nous vivons, et voilà comment nous sommes Canadiens. Et alors notre âme est canadienne-française, et vous comprenez qu'elle ne doit pas mourir, puisqu'elle tient par toutes ses racines profondes, immédiates et vivantes à la terre de France et à Ja terre du Canada !
Mes petits enfants, cette âme de notre race pourrait s'affaiblir, si on coupait les racines qui la relient à ses origines françaises, Ces racines sont nombreuses et fortes, et parmi elles il y à notre relirion et notre langue. Si l'on vous empéchait de penser français, de parler français, de prier français, l'âme de votre race serait toute déformée, et en danger de mourir. Avez-vous vu déjà déraciner de grands arbres pour les planter ailleurs? Ils sont quelquelois des années avant d'avoir de maigres bourgeons, et S'ils réussissent à vivre ils ne sont jamais beaux. Chez mon grand-père, il y avait un beau lilas blare, très vicux, je l’aimais tant que je me je fis donner jour notre jardin. Il fut transplanté avec toutes sortes de précautions et il ne mourut pas, mais il ne vou, it jamais fleurir : trop de ses racines avaient été cuupées.
“les petits, il faut conserver, à tout prix toutes les racines de votre âme canadiennefrançaise ! Conime elle vous a 6t6 transmise, ainsi devez-vous la léguer à ceux qui viendront après vous, à vos enfants, à vos petits enfants. La race, c'est uue chaîne, une chaîne très solide, très longue qui relie le passé lointain à l'avenir infini.
Les âmes, mes petits, ont une vie bien supérieure à la vie de nos corps, et ce qui nuit à ces derniers, les misères, les persécutions, la souffrance donnent aux premières plus de beauté et plus de force.
Si l’on vous opprime, si l’on veut vous empêcher d'apprendre le français et de le parler, cela ne peut pas du tout nuire à votre âme canadienne-française; au contraire :
tenez bon, ne cédez ni à l'injustice, ni à la tentation de vivre plus tranquilles en devenant anglais et vous serez de braves petits hommes dignes de vos ascendances fran- Çaises et canadiennes, et dans des centaines d'années, ceux qui descendront de vous, continuant la chaîne française, vous loueront et seront fiers de vous appartenir. »
Les enfants écoutaient et leur âme enfantine s'éveillait à une vie nouvelle qu'ils coraprenaient après ne l'avoir qu'instinctivement sentie, En passant dans ces jeunes esprits que rien n’encomb-, ie doux enseignement de la petite maîtresse d'école a fait pénétrer la noblesse de leurs origiues, la justice de leurs revendications, la benuté de l’âme de la race qu'ils doivent conserver à travers tout, malgré tout.
na mena
mms
Notre « chez nous »
L'âme humaine se révèle de bien des manières : le graphologue la cherche dans le tracé de l'écriture, le chiromancien dans les lignes de la main, les simples observateurs comme votre amie Fadette l'épient dans toutes ses manifestations.
Jamais re sera satisfaite la curiosité qui nous porisse, moins à nous connaître qu'à connaître les autres; est-ce besoin de nous retrouver en eux; est-ce, au contraire pour nous reposer de nous-mêmes? Il y a des deux peut-être. Toujours est-il que tout nous sert pour chercher ce mystère qui nous attire irrésistiblement : la voix, les gestes, l'expression de la physionomie nous font leurs révélations à haute voix pour ainsi dire, mais les choses dont nous nous entourons chuchotent à qui sait les entendre beaucoup de nos petits secrets. Pour noi la maison de chacun est un livre que je feuillette avec un intérêt extrême.
Notre maison, mais c’est comme le vêtement de notre vie puisque c’est elle qui nous protège des intempér'es de la nüit, des indiscrétions du dehor:
Quand nous choisissons nos vêtements quel soin nous prenons pour adopter ceux qui conviennent À natre figure, à notre âge, à notre taille... pourquoi apporterions-nous
moins de goût pour réunir dans notre maicon ce qui s’harmonise mieux avec notre personnalité ?
Au fait, instinctivement, sans presque nous en douter, nous nous entourons de ce qui nous exprime, et voilà la raison des maisons banales des insignifiants et des maisons captivuntes des personnels.
Ce n'est ni une question de richesse, ni une question de mode, c'est une question de goût et de convenance.
Nous devons paraître « chez nous » dans un cadre fait pour nous; c'est à cette condition que la maison sera notre maison, là où nous avons nos habitudes, où notre âme vit et où on la trouve en abrégé.
On n'’installe pas une maison en quinze jours... c'est petit à petit, sans hâte, en suivant son rêve, que l'on choisit ce que l’on aime, consultant ses préférences plutôt que la mode; et chaque addition est une note discrète qui se joint à un ensembie si harmonieux, si homogène que tous les détails paraissent nécessaires.
Quand vous achetez un meuble, que votre imagination puisse le voir d'avance, exactement dans .* pièce qu'il occupera et au milieu &es meubles qui l'attendent. Que ce ne soit pas un intrus, un personnage qui gênera la petite société déjà réunie, soit en l'écrasant de sa richesse, soit par ses allures trop humbles.
Et quand cette harmonie préalable est atteinte, apportons tout notre art à ne pas