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28 LETTRES DE FADETTÉE
encombrer d'objets inutiles, de bibelots sans valeur, les pièces où il ne faudrait voir que ce qui peut ajouter nu plaisir des veux et au confort de chacun.
Les salons ultra modernes de nos petites dames très élégantes peuvent bien être des modèles parfaits de la mode netuelle, mais is ne seront que cela si elles n'aiment pas d'amour leur home et si elles n'y vivent pas, Le voilà le secret du charme subtil de certaines demeures : on y vit, on y a mis les sourires et les larmes de son passé, — il n'a pas Besoin d'être très long pour contenir des regrets, On ÿ travaiile, on y cause, on y reçoit ceux qu'on aime, et les objets qui les remplissent s'animent, vivent ensemble d'une vie qu'ils tirent de ceux qui les habitent, et quand vous y entrez ils 4: 4 font place, vous sourient et leur hospitalhité vous est douce, Dans ces conditions, recevoir ses nmis, c'est véritablement les admettre dans son intimité, puisque tout, isolément ou en chœur, leur parle de ce qui fait notre vie intérieure, la seule qui vaille.
Le chemin de Dicu
«€ est des jours où, fous d'espaces sons bords. Rien ne paratl assez grand pour nos Gmes ! y»
Niles océans mi laa tomes.
toujours déçus, ni la vie qui mène À la mort, ni la mort qui nous jette dans Pinsondable mystère, Dans ces jours, l'âme n ln sensation de se tenir seule dans ce tout qui n'est rien, et dans un mouvement éperdu d'impuissance, elle crie à Dieu : «Il n'y a que Toi !»
C'est à ce cri, À ce sentiment de foi, et d'abandon que nous amônent les désillusions, les vides, l'inachevé de tout ce qui nous «à séduits, et à bien observer autour de soi, on peut voir peu à peu se dessiner le chemin de Dieu s'ouvrant dans la vie de chaque âme. On le voit quelquefois plus clairement dans la vie des autres que dans la sienne propre,
Le premier tracé est souvent le choc de la rencontre du rêve de la jeune fille à peine femme et de la grossière réalité qui ln fait reculer... puis In vie commencs à se dérouler terne et quelquefeis dure : chaque jour enlève une illusion et recule un peu le voile, et l'âme désappointée s'écrie : «Ce n'est done que eela l'amour, le bonheur !
Après ce premier heurt, l'âme se ressaisit, ot se dit que, puisqu'il faut vivre avec les autres, il faut pen-er comme eux, agir comme eux... elle oublie ses rêves pu@ils, et la Voilà qui se matérialise : à respirer l'air ambiant, elle devient lourde : elle replie ses alles, elle suit {out le monde sur les grands
pense peu et se laisse vivre.
Est-ce un arrôt...on le dirait... le chemin de Dieu n'est plus visible. Mais cet arrêt ne dure guère ar la Vie perd vite ses airs séduisants et ..aque jour la fait plus sévère.
Après les soucis matériels qui se multiplient, voilà la déception qui entre en scène. Les amis choisis deviennent indifférents; les dévouements sont méconnus: ce qu'elle croit posséder n'existe pas et elle recommence à dire, mais avec quelle angoisse plus poignante : « Est-ce done tout ce que je reçois après avoir tant donné? »
Elle est consternée... muis avec la ténacité propre à la pauvre humanité, elle repart encore, un peu plus fière, un peu plus défiante de ce qu'elle juge indigne de son attachement et de . nr intérêt, mais avec encore l'espérance de trouver mieux.
Sans le savoir, elle est entrée dans Île chemin de Dieu, mais elle y marche lentement et sans goût, car elle ne se doute pas que c'est Lui qui l'attend un peu plus loin.
Ce sentiment ne lui vient qu'avec la douleur, la vraie, celle qui atteint l'âme jusque dans ses profondeurs, quand les aimés lui sont arrachés par la mort ou l'abandon, que les confiances sont truhies, que ce qu'elle croyait solide s'écroule. Pour lu première fois elle a pour de la vie, de ses luideurs, de ses cruautés, de sa propre solitude : elle ferme les yeux, car la lumière qui viendrait éclairer tant de tristesses Ini fait horreur.
Mais elle reprend pied, — ün nu miüüri pas de chagrin ! —et elle se retrouve sur
ee a ae mi De. ame re con —
le chemin de Dieu, mais cetts fois elle le sait, car elle a marché jusqu'à Lui à travers ses épreuves et Il a eu pitié de sa détresse. Elle a enfin compris : tout est bien : ce qui fut et ce qui sera. Une grande lumière éclaire ln route, elle y marche désormais sereine et forte.
Les ailes inutiles
J'allai hier chez un marchand d'oiseaux, un vieux monsieur qui me fit ! honneurs de ses volières comme s'il m'eût reçu chez lui. " Parmi les plantes vertes des deux salles | inondées de soleil, toutes les cages, alignées de chaque côt6 des allées, ressemblaient aux maisons d'un village minuseule où les pignons dorés voisinaient avec d'humbles petites cabanes à barreaux de bois, Et tout cela était rempli d'oiseaux de toutes les couleurs, gracieux, vifs, jolis comme des bijoux.
L'impresssion était-elle en moi, ou me ; vint-elle d'eux? Ils me parurent tristes...
tristes comme tout ce qui est emprisonné.
Avoir des ailes et vivre entre des barreaux, voilà une angoisse que comprennent beaucoup d'humains.
En plaignant les oiseaux, j'ai pensé à :
toutes les choses prisonniàres dans les âmes. “ Pensées captives, sentimer : cachés, confidences retenues, émotions .ëguisées, tout ce qui palpite dans une âme, la fait vivante
re eue
eue maman mare
et qu'on y enferme Par prudence, conven-
tion, timidité ou fierté! Pauvres choses
prisonnières, oiseaux ou Pensues, vous repliez vos ailes devant les espaces inaccessibles où
il vous est interdit de vous élancer, et les
passants distraits ne se doutent pas de la
tristesse de vos silences!
Ce qui doit vous Csnsoler, Ô vou: qui vous taisez, c’est que les pensées qui vivent en Vous ne sont pas perdues, même pour les autres, même si elles ne sont jamais exprimées. Plus elles sont nombreuses, plus elles Vous sont chères, et plus elles font votre âme grande et profond.. et votre vie ne sera-t-elle pas le reflet de ce qui vit invisible mais vivant dans votre cœur ?
Comme il arrive souvent, mes réflexions sérieuses aboutirent à une question puérile dont je savais d'avance la réponse : « Ne sont-ils pas malheureux, ces Pauvres petits oiseaux, d'être privés de leur liberté ? — Malheureux ! mes oiseaux ! cria le bonhomme indigné... mais ils mourraient de froid et de faim si je les lâchais ! »
Ne soyons pas tristes quand il faut nous taire, nos pensées aussi mourraient peutêtre de froid et de faim devant l’incompréhension et l'hostilité de ceux qui mangent et qui boivent et qui trouvent la vie bonne Pourvu qu'ils y soient installés confortablement. Engourdis dans le bien-être matériel, ils ne sentent ge faiblement la vie intellectuelle, pas du : sut la vie de l’âme. Ils trouvent exagé ce qu'ils ne peuvent com-
ee es
prordie, et privés de bon sens ceux qui ne “snt pas in‘éressés et égoïstes comme eux.
Saluez-les, ils se disent les Heureux de ce monde.
Son Noël
Dans la chambre fraîche au papier clair, fleuri de bluets, la petite malade, presqu'assise dans ses oreillers, prête l'oreille aux bruits du dehors qui lui arrivent par la fenêtre entr'ouverte : c'est la sonnerie légère des attelages d'hiver, le crissement des traîneaux qui filent sur la neige froide, les voix des groupes joyeux qui se rendent à l’église pendant que du clocher pointu làhaut, les trois grosses cloch-s appellent les fidèles à la messe de minuit.
Ce Noël dans son lit ne ressemble guère à ceux qu'elle regarde en elle-même, et elle ferme les yeux pour les mieux voir.
Souvent, elle aussi a marché dans la neige molle qui enveloppait les choses grises et vieilles comme un grand manteau tombé du ciel, et la lune, aux lueurs caressantes, mettait des frissons et des étincelles sur le paysage blanc.
De loin, on apercevait l’église tout illuminée, et le givre qui argentait sa façade la faisait ressembler aux palais qu'elle n'avait vus qu’en images. Comme sur un théâtre iointain, elle voit se succéder beaucoup de
mms meme me
petits tableaux. Tout au fond de l'église un peu sombre, se détachs l'autel, où la clarté des cicrges minces pique des étoiles roses ; à droite le rideau fermé cache le mystère de la crèche rustique et attire les curiosités chaque année renouvelées, malgré le décor toujours semblable.
Et voilà que l'église se remplit; les bonnes sœurs, lentes et graves, précèdent les petites filles, qui, deux à deux, se prosternent en cadence au signal de la tapette de bois : les femmes tout emmitouflées, les enfants aux yeux gonflés de sommeil, les cavaliers et leurs blondes et enfin, tout juste avant l'entrée solennelle des enfants de chœur, les hommes, après avoir mis leurs chevaux à l'abri, apportent un parfum de fauve dans leurs gros capots de fourrures couverts de neige qui fond à la tiédeur de l'église, et dont la vapeur se mêle à la fumée bleue de l'encens. Derrière ses yeux fermés, passe et repasse le curé, affairé et hospitalier, et à la tribune, l'organiste essaie en sourdine les cantiques que chanteront à tue-tête, tout à l'heure, les petits garçons de l'école.
Les dernières vibrations des cloches expirent dans l’espace, et le grand silence qui suit fait ouvrir les yeux de la petite rêveuse. Elle se sent très lasie comme si elle avait parcouru une longue, longue route, et elle se laisse glisser sur ses oreillers dans un demi-sommeil, où elle perçoit vaguement des pas furtifs et des chuchotements.
peut-être les préparatifs du réveillon ?
Quand elle s'éveille, une table, dressée pour la communion, est près de son lit, et sa mère penchée sur elle lui dit tendrement : «Tu auras aussi ton Noël, ma mignonne, tout est prêt, dans quelques minutes le bon curé viendra... »
Quelque chose de brisé dans la voix basse, la surprise de ces préparatifs, l'étrange faiblesse qui l'engourdit, révèlent soudain à la jeune fille ce qu'on n'a pas encorc osé lui dire, et c'est comme si elle avait toujours su qu'elle s’en irait ce soir. Elle regarde longuement sa mère et celle-ci devine que l'enfant a compris.
Ainsi c’est fini, elle est presque de l'autre côté de la vie et elle a si peu connu celui-ci! Ses jeux, ses ét':5:s, ses rêv:s, la tendresse donnée et reçue, v utait donc toute la vie? Elle a parfois e-'endu parler de la douleur, du mal, des difficultés qui remplissent l'existence, elle n’en a connu que la beauté et la joie. Le ciel si difficile à conquérir, disait-on, est là, à sa portée, on le lui donne, comme ça... pour rien.
L'heure grave n'a pour elle ni terreurs, ni angoisse, elle éprouve plutôt un étonnement que ce soit si simple de mourir. et cela la sort de sa torpeur; son âme est attentive pendant que des mains invisibles et douces continuent à détact er les liens fragiles qui la retiennent encore. Et dans l'ombre de la mort, une grande lumière pénètre en elle, son visage pur ryonne, et quard le prêtre
s'avance, elle tend les mains vers Jésus qu'elle entrevoit dans une extase.
La mère, à genoux, comprime en elle sa douleur afin d'en dérober toute l’amertume à la petite âme qui passe de la terre au ciel sans même soupçonner que la mort est un brisement et une douleur.
À bâtons rompus
On ne parle que du froid intense, de la neige qui veut nous ensevelir, des panvres qui manquent de charbon, des riches qui se plaignent de le payer trop cher, des torpillages allemands, de l'attente anxieuse des
tats-Unis, et quand on a discuté tout cela, on recommence. Alors, vous comprenez que Fadette, qui fait partie de cet on indéfini et quelconque, se demande ce qu'elle vous dira que vous ne sachiez déjà.
Tous aussi vous êtes au courant de la campagne pour apporter encore plus d’argent au Fonds patriotique et à la Croix- Rouge et vous êtes remplis de zèle pour faire largement votre part. De tous côtés les invitations pleuvent, et il n'y a même pas l'embarras du choix puisqu'on s'attend à ce que vous les acceptiez toutes.
Il semble bien que la tendance de cette année soit de demander aux gens de donner l'aumône en s'amusant : les jeunes s’en ré-
nn in
jouissent et goûtent assez l'idée de gagner le ciel en dan ant.
Mais soyons juste : il y avait dans les gares ce matin, par une température à geler un ours blanc, de braves petites dames qui mendiaient bien gentiment : celles-là ne s'amusaient pas, je vous l’assure, et elles y risquaient leur vie.
On annonce l'arrivée très prochaine du prédicateur de Notre-Dame. C'est presque une nouvelle mondaine, puisque c’est à l'église que bientôt nous suivrons la Mode.
« Les femmes sont de singuliers petits composés ! » Voilà ce que soupirent d’austères personnages qui philosophent devant leur table de travail en souriant de nos enthousiasmes, de nos activités et de nos engouements. Ils paraissent très sages, mais ils se dérangent peu pour les autres, et si les pauvres comptaient sur eux, ils gèleraient et mourraient de faim sans obstacles.
Et si nous potinions un peu? Certains d’entre vous ont dû lire, dans un journal anglais, cette étrange lettre de la femme d’un pasteur protestant qui se plaint amèrement de l'indifférence de son mari :
elle expose ses griefs au publie et en appelle à lui pour juger le différend entre eux.
Les réponses sont venues variées et nombreuses, et elles m'ont amusée. Il faut vous dire que l’accusé est poète. Et que dans un poème un peu incohérent il gémit aussi du peu d'entente entre sa femme et lui. Elle
a me ot
a trouvécette plainte et, à l'insu du pasteur, elle nous la met sous les yeux comme pièce à conviction.
Tout cela c5t d'un comique un peu triste et fait réfléchir sur les avantages du célibat pour nos pasteurs catholiques.
Des drames, il y en a des grands et des petits autour de nous. Ce matin, c'est un pauvre moineau tombé à demi-gelé au milieu des miettes de pain que je jette tous les jours Pour les oiseaux sur la galerie. Je l'ai ranimê avec une goutte de vin : il s'est réchauffé, et maintenant il se jette avec rage contre les barreaux de la cage où je l’ai enfermé en attendant que le froid soit moins grand.
Il ne soupçonne pas mes bonnes intentions et dars son cœur d'oiseau il m'accuse d’avoir un cœur d’Allemand.
Ces si bons Allemands, qui, pour le bien de l'humanité, activent leurs tueries et nourrissent avec tant de prodigalité les monstres marins avec de la chair humaine!
Ils s’étonnent que nous leur souhaitions de crever de leur propre malice!
Pendant que je bavarde à bâtons rompus, un soleil froid fait étinceler la neige sèche, le vent la soulève en tourbillons aveuglants, et j'ai peur du froid, comme j'aurais peur d'un être malfaisant qui me guetterait pour m'étouffer, aussi, je ne bouge pas.
raser ae
Elizabeth Brouning
Pour la troisième fois, au moins, j'ai relu « Aurora Leigh », ce chef-d'œuvre d'Élisabeth Barrett-Browning, que toutes les femmes qui savent l'anglais devraient connuître. Ce poème est la plus exquise expression de l'âme féminine, et en le feuilletant, vous ne résistez pas au désir de le crayonner, — pour souligner ou annoter, —tant vous r':rouvez là votre cœur, votre façon de sentir, les plus précieux souvenirs de votre propre vie. C'est un livre à garder près de soi, pour le rouvrir aux heures de grandes émotions, car de ses pages se dégage une vie intense dans laquelle l'âme ressent plus profondément ce qui la fait vibrer.
On a déjà dit : « Dans Elisabeth Browing il veut un poète chez la femme, et cela est bien, mais il y eut une femme exquise chez le poète et cela est mieux. »
Aurora Leigh, c'est la révélation de la femme dont la passion est imprégnée de Beauté, et la poésie qui colore le poème ne nuit jamais à une sincérité si étrange, si parfaite, qu'on pourrait dire que ce livre est une confession, une confession faite dans un style unique et merveilleux.
Je veux vous laisser le plaisir de découvrir Aurora Leigh, et je vous dirai un peu l’histoire d’Elisabeth Browning, l'un des plus
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