DS LETTRES DE FADETTE
C'est que de tout coeur, et pur des lien:
subetils et forts, je suis attechée à l'Irlande. Du plus loin de ma petite enfance, j'en ai entendu parler uvee une piété fervente, comme du pays le plus merveilleux, celui où l'on aime le mieux, celui où l'on prie avec plus de foi, le povs où les saints et les fées tour à tour viennent à votre secours quand vous êtes dans l'embarras, le pays, enfin, où tous les prêtres sont des saints et tous les fidèles, des frère: Ma honne, Kate MeGinles arriva tout droit d'frlande elez nous: elle v passa quinze années, ne s'acelimata jamais complètement et n'apprit pas un mot de français. Par contre, quand elle était très émue ou quand elle nous racontait ses extr:ordinaires histoires, elle retombait dans le brogue délicieux que nous imitions à ls perfection à su grande joie et à l’amrisement de nos parents. D'une voix douce, un peu basse, elle chantait de jolis airs qui me donnaient envie de pleurer. Comme elle avait soin de nous exelusivement, elle ne nous quittait pas et tout lui était une cecasion de rappeler son pays, ce paradis où cependant l'on avait tant de misère ! Les souvenirs de «en enfance rustique, remplie de superstitions et de prières, les contes et les légerces auxquels elle croyait si fortement, nous faisaient vivre dans un monde chimérique, où il était tout naturel que les petits ‘‘col lins,” en collerette rouge, vinssent dérober nos cordes à danser et cacher nos pelles et nos rateaux. Ils en
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faisaient bien d'autres en Irlande où ils étaient chez eux et en nombre ! Ceux qui s'umusaient à nous jouer des tours étaient ceux qui l'avaient suivie et ils avaient moins de malice dans le Canada si froid !
Après notre bain, une des caresses de Kate était de baiser nos petits pieds: des pieds comme ceux des fées de chez elle, disait-elle, si légers, qu'ils murchaient sur les fleurs sans les froisser, et si rapides, qu'en un elin d'oeil, ils amenaient les fées vers les amis qui les appelaient. Quand la fièvre brûlait les malades, les fées, vêtues de brouillards, leur apportaient à boire une eau plus froide que celle qui coule sous la glace de l'Yamaska.
Nous écoutions les yeux humides et le coeur serré le récit des misères de là-bas, dans ces pauvres cabanes où le ciel regardait par les trous des toits, où le cochon et la vache habitaient presque la maison, tant la cloison entre l’étable et la cuisine était disjointe.
Les ‘’Landlords'"' étaient devenus pour nous aussi méchants que des diables, et l'une de nos injures choisies, quand nous nous querellions c'était : ‘You, eruel English landlord!"”
Elle était jolie, Kate, avec un sourire dont le rayonnement donnait de la chaleur. Elle parlait de Dieu en l'appelant ‘Our dear Lord’’ et en inclinant la tête : elle Le mêlait si bien à notre vie, le remerciant pour un
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accident évité, le priant de nous pardonner nos fautes, elle en parlait sans cesse et nous avions constamment l'impression de sa présence près de nous. Quand il fallut apprendre nos prières en français, nous avions bien peur de ne pas être bien comprises par ce bon Dieu que nous n'appelions plus notre cher bon Dieu !
J'ai vu, quand je fus sortie de l'enfance, que Kate était un poète : elle avait une imagination charmante, une façon origirale de voir les choses et un tour imagé pour les exprimer.
Elle a peuplé notre enfance de choses exquises : son dévouement était délicat et inlassable. Elle brodait nos robes, et je la vois dans le jardin, tout en surveillant nos jeux penchée sur les linons fins et ajourés.
Elle nous parlait si doucement , avec des mots caressants : ‘My honey,” ‘‘sweetheart”, ‘My fairy.”' Quand nous étions fatigués, elle recommençait ses contes auxquels elle prenait toujours le même intérêt.
Je crois que nous avions fini par absorber sou indignation contre les Anglais : elle n'exprimait cependant pas son antipathie, au contraire, à la suite de ses griefs, elle ajoutait toujours pieusement : ‘Que notre cher bon Dieu leur pardonne !”
On ne se forme pas une bien bonne opinion des gens qui ont besoin d'autant de perdons ! Devinez-vous la conséquence d'une telle éducation, et comprenez-vous que
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j'aime l'Irlande’ d'un amour d'instinet et d'éleetion que les années et les 6vénements n'ont pu affuiblir ?
Les Egards
Vous êtes-vous déjà arrêté à tout ce que la phrase ‘avoir des égards’ comporte de signification délicate et nuancée ?
La personne qui a des égards pour une autre personne devient une sorte de petite Providence invisible qui devine ce qui pourrait blesser, écarte ce qui est ennuyeux, adoucit le souci inévitable , ménage la joie imprévue, prévient les désirs. C'est autre chose que l'autorité qui impose sa vigilance, et c'est plus complet que le respect , un peu froid et qui maintient les distances. Avoir des égards pour les siens, c'est jouer dans la famille le rôle de l'ange gardien, attentivement et avec une discrétion qui ne gêne la liberté de personne.
Comme la vie serait facilitée, si on s'habituait à avoir des égards les uns pour les autres au lieu de parler et d'agir inconsidérément, sans souci de contrarier ou de faire de la peine.
On peut avoi: des égards de bien des manières : égards de paroles, égards de silence, égards de petites attentions, égards
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dus au euractère et au tempérament des autres : ilx ne se referont pas plus que noux ne nous refaisons nous-mêmes et ‘ous de vons avoir de l'indulgence pour ce qui nou déplatt chez eux mais dont ils ne sont pus pleinement responsables,
S'exercer dans la famille à avoir des égards pour tous, c'est faire plux pour le bonbeur dex siens que si nous leur donnions une for.
tune. On a toujours dit que les honimes sont plus égoistes que nous, et il semble que, dans le détail de ln vie, ils savent moins s'oublier que les femmes, mais qui niera qu'ils se dé vouenit autrement que nous, et parfois davantage, dans leur vie extérieure remplie de tant de tracas, d'inquiétudes, de travail ingrat? Il est indéniable que beaucoup se font mourir pour procurer le bien-être à leur famille, et que parfois celle-ci ne semble pas se douter des sacrifices faits pour elle, et en abuser par son manque d'économie et ses exigences.
Je pense qu'on ne peut jamais trop prêcher aux femmes d'avoir des égards pour leur mari, leur père, leurs frères, afin de faire de la maison le lieu de repo: dont la seule pen sée soit rafratchissante, au travers des ennuis quotidiens de ceux dont la vie extérieure est laborieuse et si souvent pénible.
Que de foyers, au contraire, sont une arène où des adversaires, qui se sont aimés, versent le sang de leur coeur à lutter avec orgueil et violence, et le triste résultat de
faire croître ln haine sur les ruines de l'amour.
Ne semble-tl pus que «1, dès les premier différends, il y eut eu un peu d'égards, plus de délicatesse dans les procec és, plus de politesse duns les discours, on n'en serait pas à ce point que chaque parole ‘sit une bles.
sure ?
Qu'on ne m'aceuse pas de dire que ce sont les femmes qui sont responsables de ces duels cruels dont elles souffrent encore plus que leurs compagnons, “auis elles y ont toujours leur purt de responsabilité, et plus de finesse, de souplesse, de douceur, d'oubli de soi, lex auraient singulièrement auidées si elles avaient fait usage constamment de ces égards qui sont l'huile duns les rouages.
Nous avons tous le tort immense de vor loir ignorer le tempérament et la nature de ceux avec qui nous vivons, et de tout apprécier à notre seul point de vue, C'est un manque d'intelligence et la cause de la plupart des mésententes qui séparent ceux qui ont cru pourtant ne mouvoir trouver le bonheur qu'en s'unissrtit,
Bazar a Saint-Hyacinthe
C'est dimanche et grande fête, au couvent, pour les orphelins, les vieux, les vieilles, les simples d'esprit, que des Soeurs le Charité,
seules, peuvent, non seulement endurer, mais à qui elles font une vie heureuse et occupée.
Ils se sont rendus dans l'immense salle, où le bazar, interrompu pour le publie, bat son plein pour le personnel de la maison.
Tous ont une bourse, et les bons génies du lieu veillent à la tenir bien remplie.
C'est un spectacle touchant et triste, ce grand plaisir des pauvres sur qui s’est acharnée la misère, et dont les joies sont si rares. qu’une après-midi comme celle-ci puisse faire époque dans leur vie.
Pendant des chapelets d'années, €: :
pauvres vieux et ces petites vieilles ont roulé de gêne en privations, de privations en misères, pour être enfin recueillis par des anges en cornettes qui les aiment, sont douces pour eux, leur donnent le vivre etle couvert, meis pas souvent de plaisirs !
Autour des religieuses, les enfants courent en liberté, se bouseuient, jouent et crient de
joie. Les plus jeunes se frôlent et s’acero- è chent aux mains et aux jupes des petites Soeurs et de tous côtés on entend : Mère, je | n'ai plus de sous !—-Mère, je voudrais une |
poupée comme celle de Pauline !—Mère, j'ai perdu Gertrude !—Mère, les grands m'ont poussé !—
Et la Mère cherche Gertrude, console celui qui pleure, achète la poupée et donne des sous. Là-bas, dans les cimetières couverts de neige, les petites mamans peuvent
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dormir paisiblement : leurs petits sont bien soignés et ne sont pas privés d’une tendresse qui croît sous l'amour divin et se prodigue à tous les enfants qui n’ont plus de mère !
Il y a des pauvres idiots souriants, d'autres qui pleurnichent pour manifester leur plaisir : ils font le tour des comptoirs et mettent avec fierté la main au gousset pour payer leurs emplettes; ils insistent pour que les paquets soient bien ficelés.
Des prêtres vont de groupes en groupes et distribuent la manne qui fait éelore un bon sourire sur les figures les plus moroses.
Une netite vieille toute plissée vient acheter une trousse à un comptoir, une vendeuse lui dit : Laissez, laissez, la mère, je vous la paye votre trousse... —- Ah ben, non, par exemple, ça me fait trop gros plaisir d'acheter ! J'ai pas acheté depuis le bazar de l'année passée ! —— Et elle compte deux fois ses dix sous avant de les donner. En partant, elle
ajoute en clignant de l'oeil: Faut ben faire la é charité, et ça itou c’est un plaisir !
0 A la salle des banquets, vieux et jeunes se | régalent, servis par les jeunes filles empres- ' tes et ils vont ensuite tenter leur chance à
la roue de fortune dont les palettes leur sont vendues pour un sou !
Et les sous s’amassent et font des piastres, des dix, vingt, cinquante, cent, et d’autres cent piastres et après quatre heures de fête, on ena recueilli neuf cents. Neuf cents dollars dépensés par ces pauvres qui n'ont
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pas le sou, et à qui la charité la plus exquise fournit la meilleure joie du monde : celle de donner, de faire l’aumôre.
Parmi ces vieux et ces idiots, toutes les religieuses, novices, postulantes, cireulent, douces et souriantes et l’on se sent heureuse, avee des larmes aux yeux, dans cette atmosphère bénie où la Bonté toujours active fait des miracles dans le mystère que si peu pénètrent. Il faut voir pour comprendre l'abnégation et la patience des religieuses qui soignent ces déchets de l'humanité et s'en font aimer.
Les pauvres vieux
Le crépuscule triste descend sur la nature accablée sous le silence et la pluie : l'ombre grise s’allonge sur les chemins boueux et envelopne les arbres où de minces bourgeons frissonnent. La vieille Millard sert son tricot autour de ses épaules voûtées : près de son poèle tiède, elle grelotte. Atrentive aux bruits de dehors, eile n'entend que le gémissement du vent et le glissement monotone de la pluie sur les vitres. Son vieux est parti le matin pour assister aux funérailles de sa soeur, grosse dame riche de la ville, qui les adédaignésde son vivant, mais qui à peutêtre pensé à eux à l'heure de ‘x mort > Tout
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est possible ! Et parce que ce bon rêve de finir leurs jours dans l’aisance est réalisable la vieille, laissant glisser son chapelet, ferme les yeux pour avoir, plus nette, la vision de sa maisonnette restaurée et bien meublée, de son vieux <e reposant enfin après une vie vénible d'ouvrier pauvre, et d'elle-même, vivant dans l’aisance, aidée par une servante, et n'ayant plus qu'à tricoter et à soigner ses fleurs. ..
Le bruit de ia porte qui s'ouvre la fait sursauter et elle a un serrement de coeur de mauvais augure. Le vieux entre, enlève son paletot et elle, ne pouvant supporter son silence : —- Eh bien ? -- Voilà! Elle est entre quatre planches dans la terre et je ne me plaindrai pas de ne plus la voir, c’te sainte Nitouche-là ! - - Dis-moi tout, mon vieux !
je suis toute tremblante, et ça me fait mal d'attendre... Il la regarda affectueusement et vint s'asseoir près d'elle : —- Il y a, ma pauvre Toine, qu'on s'est toujours passé de son maudit argent et qu'il faudra bien s'en passer encore. Madame a légué tout son avoir à l’hospice Saint-Pierre. — Et rien, rien pour nous, pour toi, son frère ?-Pas une piastre ! Comme me l'avait consillé le docteur, je suis allé voir le notaire, et je peux pas dire autrement, il m'a bien reçu, mais il a été diablement surpris d'apprendre que je suis le propre frère de la céfunte ! Parattrait qu'elle n'a seulement pas mentionné mon existence. J'ai pas discuté, tu me connais,
mais vrai de vrai, j'en ai eu tout mon raide, pour ne paslui crier que la Sophie avait un mauvais coeur, qu'elle avait vécu avec, mais qu'elle n'entrerait pas au paradis avec ! Chut ! chut ! mon vieux ! Elle est morte.
laissons-la en paix.
Un silence tomba où leur tristesse se fit très lourde : -- Ma pauvre Toine, pendant trois jours je me suis imaginé qu'avec un peu d'argent, je pourrais te faire soigner et te donner des douceurs que tu n’as jamais eue, et voilà que je ne pourrai rien, quand même je travaillerais dur ! Cré Sophie !
Il se leva, prit sur une étagère du buffet une vieille photographie encadrée et ouvrant le poèle, il la jeta tranquillement dans le feu
Brûle ! C’est tout ce que tu mérites.
vieille méchante !
Le mois de mai vint, pluvieux et froid, et la vieille, déjà si fragile, prit une bronchite et dut s’aliter. C'est avec un coeur lourd que le bonhomme allait à son travail, le matin, après avoir mis à la portée de la malade ce dont elle aurait besoin. 11 sentait que cela ne pourrait durer ainsi, et peu à peu se fixait en lui, malgré lui, le projet de placer sa femme à l'hospice, où, au moins, on la nourrirait convenablement. L'évocation de cette salle commune, où sa bonne Toine passerait les derniers jours d’une vie Si dévouée, lui crevait le coeur ! D'abord révolté, il aceeptait enfin la triste nécessité. mais il fallait convaincre sa femme. Ce fut