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mais j'aimerais mieux avoir quelquefois du chagrin et me sentir plus vivante ! Est-il possible que deux, trois, beaucoup d'années s'écoulent dans cet assoupissement, sans rien à faire, aucun but, aucun intérêt ?
Je regrette le couvent où j'étudiais, je causais, je jouais et je riais...
Encore un soupir et peu à peu la tête blonde s’abandonne sur le dossier du fauteuil, et paisiblement, comme une enfant qu’elle est encore, la petite s'est endormie.
Pendant que la jeune fille fait des rêves d'or en tenant entre ses doigts fins une broderie fleurie, pendant qu'elle s'ennuie un peu dans la monotonie d’une existance trop douce, la vie, au dehors, sème de la joie et des tourments, brise les coeurs et torture les consciences, sépare ceux qui s'aiment et enchaîne ceux qui se détestent : elle crée des bonheurs éphémères et elle blesse les coeurs trop confiants.
La petite dormeuse, pourtant, désire sortir de son jardin fermé pour se jeter dans la mêlée ; elle veut pleurer et elle veut aimer.
Elle dédaigne son bonheur actuel: elle sent en elle des puissances vivantes et captives. Elle donnerait sans hésiter sa sécurité, son existence si tendrement gardée, pour aller vers l'inconnu mystérieux où il se passe des choses et où l’on vit !
L'oncle débonnaire est rentré: il a lu jusqu'aux annonces de son journal, il est las et il regarde en souriant sa petite enfant
LETTRES DZ FADETTÉE 57
endormie qu'il adore et qu'il gâte. ll la croit très heureuse , et d’un bonheur qu'elle lui doit: il se réjouirait franchement si une inquiétude sourde ne venait le troubler; il a souvent d'étranges palpitations, un coeur fuyant dont la vie, semble-t-il, s'en va goutte à goutte...que deviendrait-elle, la mignonne, si.
Et voilà justement l’affreuse sensation qui l'étreint, l’étouffe, il étend les bras, il veut appeler...
La mort est venue brutalement prendre le vieillard pendant que la jeune fille, toujours endormie, appelle la vie et lui tend les bras.
Kate
On parlait hier, devant moi, des événements d'Irlande, et comme il arrive si souvent, ceux qui se disaient sympathiques à la cause des opprimés de toujours, les blômaient ferme et eritiquaient tout ce qu'ils font et tout ce qu'ils ont fait. ‘Ils n'ont pas su s’y prendre,” paraît-il ! Dommage qu'ils n'aient pas pris des leçons des Anglais!
En voilà qui savent “s’y prendre !”
Mais chut ! je ne m'aventure pas sur les terrains brûlants et je ne fais pas de politique, rien que du sentiment et mes sentiments de justice et de pitié étaient étrangement remués hier soir.
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