LITE ATEN
LETTRES DE FADETTE 3 mms
Oui, des feuilles dont le froissement doux accompagne ma plume qui court comme le vent d’aujourd’hui, légère, un peu pressée, conflante et heureuse, car je sens qu’entre les âmes de mes lectrices et la mienne, se tendent des liens, à peine visibles encore, fragiles comme des fils de la Vierge, mais aussi délicats et aussi charmants.
La grande question
Ils étaient trois dans mon petit salon, la chambre était pleine de la fumée bleue de leurs cigarettes dans laquelle flottaient pêlemêle des paradoxes et des pensées philosophiques, et à la longue on distinguait mal les uns des autres. C'était l’éternelle histoire : on posait le problème autour duquel s’agitent les hommes et les femmes, et qui ne peut être résolu que par l'entente raisonnable et la sympathie vraie d'êtres humains qui désirent s’accorder. Ces messieurs affirmaient modestement leur supériorité sur nous, ils dénonçaient l’absurdité des revendications féminines, etc.
Moi, je me taisais. Cela vous étonne ?
Fadette est sage à ses heures : elle a compris depuis longtemps qu‘il est inutile de courir dans un cercle pour revenir au point de départ sans avoir avancé.
Quand ils eurent épuisé leur verve, étalé
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leurs prétentions, proclamé leur excellence, il se fit un petit silence que je soulignai d'un sourire moquer -. qui souleva leurs protestations, et on me somma d'expliquer cette si discrète ironie :
“Que vos impertinentes déclarations sont bier l'expression de l'orgueil masculin ! Je suis de votre avis sans l'être... votre supériorité sur nous est si relative ! Ce qui est absolu, par exemple, c’est votre... disons votre nalveté si vous voulez. A quoi sert de crier si haut que vous voulez régner, dominer la femme, être les maîtres ?
C’est si inutile, et ne sentez-vous pas que c’est un peu ridicule ? Les femmes qui refusent de s’incliner devant votre supériorité, les révoltées, les féministes sont irréductibles : elles s’exercent à vous détester et échappent ainsi à votre influence.
Les autres, les vraies femmes, même les plus orgueilleuses et les plus fières, acceptent d’instinct et joyeusement le joug que l’amour leur présente. Celles-là ne seront jamais vos rivales, même si elles vous sent supérieures.
Quand une femme aime un homme, il devient, de par sa volonté à elle, son Seigneur; elle reconnaît aveu ‘lement tous ses droits, 11 ne lui vient pas à }', lée de discuter sa supériorité et même son au nrité. Alors, je vous le demande, pourquoi tant discourir? I ya mieux à faire ! Faites-vous aimer, c'est bien
plus simpie ! Pour moi, Je cas le plus heureux
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est celui où l’homme très intelligent est admiré par la femme qui peut se sentir son égale, en ce sens, qu'intellectuellement, elle sait l'apprécier, et que moralement, elle lui est supérieure par sa pureté, son courage et son désintéressement. Ce que vous paraissiez vouloir établir quand je me permis de rire un peu de vous, c'était la domination absolue et totale de l’homme sur la femme. Quand elle existe, la femme demeure toujours une enfant, une incapable et une irresponsable, et celui qui en souffre le plus est celui qui l’a désirée et voulue ainsi. Si cela vous amuse, bercezvous dans la certitude de votre supériorité intellectuelle, dans l'illusion de votre raison qui déraisonne si souvent, dans le rêve de votre justice si facilement aveuglée, dites que la femme se laisse mener par le sentiment, mais ici, arrêtez une seconde, et voyez si le sentiment ne la mène pas plus noblement que la raison qui mène un grand nombre d’hommes ?
Le Sorcier
Quand nous étions petits et que l’on disait Pour nous la formule magique : “Il était une fois”, quel champ d’or s’ouvrait à nos yeux émerveillés ! Mais vous souvenez-vous? Cha- Cüun de nous réclamait le conte qui le transportait dans le monde qu’il préférait. Pour
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les poètes, les fleurs et les étoiles qui ont une âme et qui parlent; pour les audacieux, les récits d'aventures périlleuses où le héros est constamment triomphant et invincible; pour les romanesques, les mariages des bergères et des rois; pour les vaniteuses, la liste des robes coulcur de clair de lune et des voiles tissés d’or fin.
Ce temps est bien loin. Pour la plupart, le souvenir des contes qui ravissaient notre enfance est perdu. Les rêveurs seuls,---toujours un peu poètes,---persistent à chercher dans les choses, une âme qu'ils entendent dans le silence de la Campagne, et comme dans les contes, les petites âmes exquises des fleurs douces ou tragiques leur racontent leur histoire. Et distraits, absorbés, tout au désir de ne pas perdre un mot de leurs confidences, ils excitent l’étonnement d’abord, et puis la méfian:e des gens qui savent tout juste voir le trottoir ct les maisons.
Vous voyez poindre une histoire? Elle est d'hier: un très vieil ami à moi, devenu sourd à la suite d’un accident, se retira à la campagne, dans une vieille maison longtemps inoccupée, qu’il habitait seul avec une vieille servante douée de toutes les vertus, mais d’une laideur pointue phénoménale.
Dès leur arrivée ils excitèrent la malveillance. Avec la timidité habituelle des sourds, lui ne cherchait pas à lier connaissance, et la vieille femme, imitant son maître, refusait