‹ Lettres de Fadette [microforme]Chapitre 3 sur 17 · RE · texte numérisé non relu

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absolument de “voisiner”, ce qui est grave chez nous !

Monsieur V. était un rêveur doublé d'un herboriste: toujours à la recherche de plantes nouvelles, il faisaif, par tout le pays, des promenades interminables, et on l'avait souvent vu effeuiller une fleur en murmurant des paroles cabalistiques. Peu à peu l'opinion se formait... un soir, un enfant avait vu autour de la maison se promener une ombre très longue qui agitait les bras; en revenant des noces, le soir, deux gars d’une ferme avaient entendu, en longeant la maison, comme des chants d'église lugubre; souvent, le soir, d’étranges lueurs bleues et rouges dansaient sur l'étang avoisinant “la maison”,

Ces bruits et d’autres semblables circulérent mystérieusement, de veillée en veillée, pendant toute une saison, sans que Monsieur V. s’en doutât, naturellement.

Mais ce qu'il ne tarda Pas à constater, ce fut l'éloignement des 8ens du village et la frayeur des petits enfants. Il avait cherché la solitude douce et paisible, il trouvait l’abandon triste et la défiance étrange qu’il ne s’expliquait pas.

Je fus, par hasard, mise au Courant de ce qui se passait, Par une personne de l'endroit, bien près elle-même de croire toutes ces niaiseries.--Je Jui dis sérieusement quel homme distingué, savant et bien connu était le prétendu sorcier, et que le village serait à jamais

8 LETTRES DE FADETTE perdu de ridicule si on racontait cette histoire en ville. Je jurui d'être discrète ct de taire le nom de ce village éclairé! J'allai voir mon vieil ami qui s'amusa de mon récit : “Dans mon enfance j'ai beaucoup aimé les histoires de sorciers; j'ai même souvent joué ce personnage avec mes petits Compagnons, mais je n'avais jamais, dans mes rêves les plus extravagants, imaginé que je deviendrais un vrai sorcier !

Sont-ils bêtes tout de même! Racontez cela, on refusera de vous croire !”

Glas de huit heures

Le vent d'automne souffle, indiciblement triste, et du haut des grands clochers qui plongent dans le ciel tombe lentement le glas de huit heures; l’on sent passer en soi le frisson de l'incc anu obscur, de l'immensité vague et infinie. Ce sont les voix de ceux que nous avons connus et tant aimés, de ceux que nous avons méconnus et si vite oubliés, les voix des ignorés, des abandonnés, de tous les morts de la terre depuis que le temps est commencé.

Quelle procession! Comme il en a passé sur la terre des pauvres humains! Ils ont disparu comme disparaît la fumée dans l’espace: nous disparaîtrons comme eux, ct ceux qui resteront se diront: que sont-ils devenus?

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