L. ‘‘anes petites choses font la vie meil
leure . plus pleine, et les sages ct les heureux de ce monde sont ceux qui sont attentifs el savent les découvrir à travers les banalités courantes, Les bonnes petites choses nuancent délicieusement le bonheur et cimpèchent la tristesse d'être trop accäblante. Ne les dédaignons pas, quand clles passent à notre portée, et surtout ayons Îles veux ouverts afin de les voir passer.
On entend beaucoup de Plaintes et de lamentations sur les ennuis et les durctés de la vie, ct il me semble que bien peu songent à bénir ses douceurs et ses joies, Et cependant, non seulement elles sont nombreuses, mais suffisantes pour équilibrer les plateaux de la balance,
Autrement, la vie ne serait pas le suprème bienfait de Dieu dont nous devons lui être reconnaissants. Autrement, nous détesterions la vie, et malgré nos déclamations et nos jéré-
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miades, nous l’aimons, la vie; nous l’aimons en l’accusant, en l'injuriant quelquefois, mais comme nous nous y cramponnons quand nous sommes menacés de la perdre. Je reproche ce grand mensonge à l'humanité et j'aime les êtres sincères qui aiment la vie, et qui le disent même quand la souffrance les déchire,
Aimer la vie, c'est mieux aimer le bon Dieu, et Il doit vouloir que nous la bénissions.
Ce serait une bonne oeuvre de faire aimer la vie aux autres, et pour cela il ne s'agit que de la leur rendre aimable. Ah! les pauvres autres! C’est trop souvent sur eux que pleuvent nos mécontentements et nos injustes rancunes. Chacun n’a-t-il Pas assez de son fardeau? Où est la justice de celui qui charge son voisin de ce qui l’écrase? Observez bien autour de vous: Qui sont les heureux? Ni les plus riches, ni les plus favorisés du sort: ce sont ceux qui se contentent de ce qu'ils ont et qui font, de la joie qu’ils donnent aux autres, un des éléments de leur bonheur.
Essayons de trouver ce bonheur. C'est si facile d’aimer les autres et de se contenter de ce que l’on a!
Rêves et Dentelles
Il pleut, le vent se lamente, et en passant devant les fenêtres basses encadrées de mousselines légères, il m'arrive souvent de voir des
têtes pensives inclinées sur un travail délicat: les doigts roses manient avec une rapidité merveilleuse le crochet brillant, et malgré l'air attentif des travailleuses, je devine que leur pensée est bien loin de l’étrange flo-aison qui naît sous leurs mains agiles.
Dans ma tête chante la jolie phrase musicale: “Mes rêves d’or s’en vont comme un essaim d’abeilles”, et, je pense à tous les rêves qui sont enfermés dans les réseaux de la dentelle d'Irlande.
N’allez pas croire, bonnes gens, que les femmes aiment tant les fins travaux manuels pour le seul plaisir d’exercer leur habileté ou d’orner leur maison. Elles ont trouvé ce moyen charmant d’être un peu déraisonnables en paraissant sages, et très libres en faisant le geste d’être occupées.
Je connais des maris qui n’aiment pas que leur femme lise des romans, et ils n’ont pas l'ombre d’un soupçon de la vérité: c’est qu’elle-même est un auteur très occupé, et qu’au lieu de se servir d’une plume pour fixer ses jolies inventions, elle utilise sa fine aiguille à broder, son poinçon d’or ou son crochet d’acier.
Si j'étais directeur de conscience, je serais très curieux,---voyez si on a bien arrangé les choses, les hommes ne songent pas à ces détails,--- et je ne résisterais pas au désir de faire une petite enquête sur la direction que prennent les rêves d’or; je ramènerais à la
LETTRES DE FADETTE LE na pee ruche les essaims d'abeilles Pour surveiller la ïalure du miel qu’elles distillent.., car il peut s’y glisser un poison très subtil dont l'’action est lente, mais funeste plus souvent qu'on ne le croit. A bâtir trop de châteaux cn Espagne, on se dégoûte du petit logement modeste, et l'évocation des princes charmant, nuit terriblement au Prestige du prosaïque Mari qui enfume sa maison, grogne un per et refuse absolument de se tenir aux picds des
Je vous déclare que je trouve moins dan- 8ereux le roman écrit, où les personnages sont des êtres imaginaires, que le roman rêvé Par la petite dentellière qui le tisse avec des doigts menus ct un coeur souvent triste et désabusé,
C'est que dans ce dernier rOMan, il ya un Peu de vrai, elle s’y donne Je rôle principal, elle s’aide d'éléments connus, de circonstances réelles, de Personnages qui se profilent dans le mystère attirant et l'éternelle illusion: Son roman lui représente une vie possible qui l'appelle, et Ja tente quelquefois à lui briser le coeur... et si le mal est moins grand, ses chimères ne manquent pas, Cependant, de lui enlaïidir sa vie un peu terre-à-terre.
N’allez pas croire, au moins, que je sois austère au point de condamner sans merci ces jolis bouts de vie que vous dérobez à la routire quotidienne. Je sais trop que ces heures de répit sont souvent nécessaires et salu-
bichon ds OR Nine ji
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tuires; j'ai voulu seulement signaler un danger possible ct vous crier d’être prudentes. Ce devoir rempli, je reconnais avec vous qu'une heure ou deux de travail léger,dans le recueillement de votre petit salon, relève votre courage, retrempe votre patience, ramène autour de vous de bons souvenirs réconfortants qui sauront éclairer vos heures grises.
O non! je ne condamne rien, ni la dentelle, ni les rêves d’or, ni les essaims d’abeilles, je vous dis seulement: voyez où elles vont: laissez-les butiner, pourvu qu'elles reviennent à la ruche, au foyer, à ce qui est, et que vous ne leur permettiez pas de se disper: r à la recherche de l'impossible... et du 1éfendu.
Profitez de vos heures de recueillement pour sonder les profondeurs de votre âme, et demandez-vous quelquefois si, au-delà de ce que vous laissez connaître de vous, il n’y a pas des abimes mystérieux où vous n’aimez pas vous-même à bien déméler ce qui se passe.
Et voilà! Je ne suis pas directeur de conscience, mais je viens d': jouer le rôle...
Charité
Et voici que Décembre nous arrive ce matin poudré de frimas, tout blanc sous ses dentelles de givre: le ciel est d’un bleu très doux et le soleil brille clair: dans l'air pur, le son des cloches jette une musique joyeuse qui
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chante l'approche de Noël, les fêtes d'hiver, les promenades cn raquettes, les courses en Patins, les &lissades en skis... toute la vie animée et joyeuse des gens dits heureux de ce monde qui changent de plaisirs avec les sai- Sons, mais ne cessent pas de s’amuser,
Nous qui avons réfléchi et qui savons que sous ses premiers sourires, Décembre cache des menaces, n'oublions Pas les pauvres qui voient s’avancer vers eux la souffrance impitoyable que ramène chaque hiver dans le pauvre logis mal chaufré,
Que ceux d'entre Vous qui gémissent d’une solitude “confortable”, où à défaut d'amis, ils
Mes amies, vous Commencez bientôt vos Préparatifs de fête: votre liste d’étrennes à distribuer s’allonge chaque année, et votre bon coeur s'inquiète de trouver votre bourse
C qui plairait davantage et y renoncer, faute d'argent... et alors, défiez-vous des regrets stériles, de l'envie, de l’amertume des âmes vulgaires. Pour vous préserver de leur ressembler, pensez aux Pauvres femmes qui n'ont même pas le nécessaire! Vous regrettez de ne
dl sccéoitit . JR
pouvoir acheter ces jouets dispendieux pour vos enfants? Combien de malheureuses se demandent avec angoisse si demain elles auront du pain à donner aux leurs?
Ne soyez pas tristes, ce serait être ingrates, car vous êtes les privilégiées! Si cela vous fait mal de regarder au-dessus de vous, regardez au-dessous, et au lieu de vous plaindre de la modestie de votre condition, considérez comme un devoir impérieux de faire la part de vos soeurs pauvres, et faites-la avant de commencer les fameuses emplettes... vous savez bien qu’il vous manque toujours de l'argent pour les derniers achats!
Si toutes les jeunes mères qui préparent un berceau nouvegu pensaient quelquefois à d’autres mères aussi jeunes, aussi délicates, aussi tendres qu’elles, qui n’ont ni berceau, ni layette, et qui pleurent d'angoisse en son- Beant au pruvre petit qui sera reçu dans le dénuement et que tout leur amour n'empèéchera pas d'être misérable!
Mesdames, penser à la souffrance, n'est-ce pas avoir en même temps le désir de la soulager? Dire aux mères heureuses, qu'il y a des mères désespérées, n’est-ce pas supplier les premières de venir au secours des autres? Vous le voulez bien, n'est-ce pas: nous commencerons par faire la part des pauvres?
De se pencher avec pitié sur leurs misères nous rendra plus satisfaites de notre sort, plus raisonnables, capables de jouir simple-
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