‹ Lettres de Fadette [microforme]Chapitre 7 sur 17 · ES · texte numérisé non relu

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ment et de tout coeur des jolis plaisirs que nous préparons pour ceux que nous aimons.

Si, pour les leur Procurer, il fallait nous priver un peu, tant mieux! Nos cadeaux auront plus de prix et notre bonheur en sera doublé.

Tristesse

Oui, je le sais trop, hélas, qu’il y a des jours où notre réserve d'énergie semble épuisée, où, nous levant tremblantes, nous sommes écrasées par le présent, craintives du lendemain, environnées par la tristesse qui d’abord répandue comme une fumée, se concentre et se masse, devient un être sombre, lourd, qui nous suit sans se lasser. Aucune porte ne l'empêche de marcher à nos côtés: sur nos talons, il parcourt les corridors et les escaliers, les allées silencieuses du jardin dépouillé ou les rues bruyantes où nous cherchons à l’égarer. Partout nous nous sentons seules avec lui, et à la merci de sa cruauté, Il nous obsède, ils nous persécute; il redit dure-

ment Iles mots qui vrilient le cocur; nous souffrons horriblement, et plus nous allons, plus s'agrandit la plaie, plus s'enfonce la vrille qui travaille dans la chair vive, Pour celle-ci, c’est un regret, pour celle-là, un remords, pour lune l'inquiétude angoissante d’une existence menacée, pour l’autre l’affolement de la séparation réente... et le Pauvre coeur humain tourmenté, épuisé, se sent parfois si

1e las qu’il voudrait cesser de battre, se reposer E - Is. enfin dans la paix définitive, Mais il ne lui : i- ! est même pas permis de le désirer, car d’au- -E it : tres vies sont là, dépendant de lui, attendant L: é. : son secours, et voilà par où nos coeurs de 14 : pauvres hommes ct de faibles femmes sont ee admirables et vraiment créés à l'image de de: î Dieu ! + $ | À la lueur vive de la conviction que les au- , tres ont besoin de nos forces, nous repre-

nons Courage, nous voulons recommencer à vivre, à lutter, à souffrir, nous nous relevons dans un mouvement de vaillance devant le-

| quel les anges doivent s'incliner. N'est-il pas merveilleux que le remède à nos maux soit de soulager ceux des autres, que notre consolation soit de nous oublier pour nous pencher sur des souffrances étrangères ?

Ceux qui ne veulent pas voir cette vérité s’immobilisent dans l'état de dépression morale qu’entraine la persistance de la tristesse. Leurs forces vives se perdent: inutiles aux

autres, dégoûtés d'eux-mêmes. effrayés par 4

la vie et n’osant plus bouger, ce sont des 2.

morts plus morts que les véritables morts, 1 È

puisque c’est leur âme qui s'éteint, qui ne RE

veut plus aimer et refuse de rayonner, F É

Oiseaux perdus

Quand je relis les “Oiseaux perdus” de Louis Mercier, j'ai toujours la même vision:

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ce ne sont pas les grands oiseaux que la tempête surprend et qui s’égarent parmi les nues que je vois, ce sont les pauvres âmes humaines que la peur saisit dans la tourmente et qui ne

“,..voient que du noir Et de l'ombre ajoutée à l'ombre !” Qui ne s’est senti un jour comme ces [oiseaux affolés, “Loin des routes qu'ils ont connues”, si [seuls qu'ils n’entendent rien.

“Hors le froissement de la nuit par l’oura- [gan qui court l’espace”.

En passant, l'ouragan a tout détruit, tout balayé: amour, confiance, joie de vivre, confiance en soi, et les âmes dépouillées et palpitantes, seules dans l’espace vide sont comme les pauvres oiseaux perdus :

“Alors, hagards, tendant le cou Pris d’un vertige d’épouvante,

Ils plongent dans un élan fou

Aux profondeurs du ciel qui vente.

Et par les airs une clameur

De désespoir et d’agonie,

Rauque, s'échappe, vibre et meurt, Déchirante en l’ombre infinie”.

Mais quand cette clameur é »erdue s’échappe des âmes en détresse, quand “d’un éjan fou elles plongent dans le ciel”, ce n’est pas

pour disparaitre dans l’omhre infinie comme les pauvres oiseaux perdus. Le fracas d'aucune tempête, la profondeur d'aucun abime n'empéchent leur cri d'atteindre Dieu et de l'attirer vers elles. Et les âmes humaines ne mesuwrent toute leur faiblesse et ne soupçonnent toute la puissance divine que lorsque, des profondeurs de leur être, est sorti ce cri qui remue le coeur de Dieu. En le lançant elles ont dépouillé tous les artifices dont nous entourons nos joies et nos chagrins: aussi longtemps qu'inconsciemment, nous jouons la comédie en nous parant de nos bonheurs ou de nos douleurs, nous ne sommes pas touchées à fond et au vif, et nos prières sont de vains mots.

La révélation du fond de nous est dans ce cri de l’âme épouvantée, aux abois, désespérée, autour de qui tout ce qui est humain, s’écroule et qui ne peut attendre de secours que d'en haut.

Cette heure vient pour tous: les moins religieux, les plus frivoles, ceux dont la foi semble morte la poussent à leur tour, la clameur qui déchire les ténèbres et fait pencher le Seigneur sur leur misère.

Il vient, si prompt à l'. wpel, que l’une des choses les plus étonnantes de ce monde, c’est que pleurant si souvent, nous sachions si peu prier !

24 LETTRES DE FADETTE mme …

en mes

Pour les petits malades, mesdames

La neige tombant en petites étoiles drues, brillantes et froides est très bavarde; elle a de nombieuses voix qui accompagnent en sourdine le mouvement lent et continu qui lui fait relier le ciel blanc à la terre blanche, A sortir seule souvent, on apprend à entendre ces voix, on devient altentive à ce qu'elles racontent, que ce soit frivole, tendre ou pitoyable, C'est au retour d'une Promenade dans la tempète que j'ai trouvé une invitation d'intéresse” mes lectrices à l'Hôpital Sainte-Justine, et Comme la neige m'avait parlé de bien des misèrcs, j'ai été reconnaissante à ces dames de me mêler, si peu que ce soit, à l’oeyvre tc"1chante qu'est leur hôpital d'enfants.

Mesdames, l'oeuvre est belle, mais il faut la faire grande et les ressources manquent; et je viens vous demander de l’argent, beaucoup d'argent pour aider à la construction nouvelle dont s'occupent les fondatrices. La misère monte dans notre grande ville comme un flot Mauvais que rien n'arrête, On ne peut pas empêcher la misère, on peut au moins soulager quelques misérables, et l'enfant pauvre, malade, ne touche.t.il pas votre pitié de femme ?

Or, à l'hôpital actuel, la porte ne peut toujours s'ouvrir, hélas! pour recevoir les pau-

vres petits éclopés qu'on y apporte. On fait le plus de place possible, mais quand il n’y « plus un coin, la mère, désolée, rapporte son enfant, à la mort souvent, et le coeur de celles qui n'ont pu l’admettre saigne comme le sien.

Pour vous faire bien comprendre et bien sentir ce que l'on attend de votre charité, mes amies, il me semble que je ne puis faire mieux que de vous engager à visiter les salles blanches de l'Hôpital Sainte-Justine. Aucune description ne vaut un tableau comme celuilà. Vous ne pourrez plus oublier les figures ravagées et grises de ces petits vieillards grimaçant un sourire sans rayon, qui vous étreint le coeur de pitié. Quand, les ayant vus, vous songerez qu’il y en a tant et tant de ces petits martyrs que personne ne soigne, qui agonisent des mois et des années dans la saleté ct la faim, privés des soins les plus élémentaires, vous ouvrirez votre coeur et votre bourse, et votre pitié de femme qui se change si facilement en dévouement, fera de vous des amies de l'oeuvre.

J’en appelle aux mères dont la sollicitude inquiète et tendre s’alarme pour un simple rhume et je leur demande: avez-vous déjà pensé à la souffrance qui est le partage des bébés pauvres dès avant leur naissance, quand la mère qui les porte travaille au delà de ses forces et ne mange pas à sa faim ? Ils naissent chétifs, quelquefois infirmes, ils sont moins bien nourris que les chiens et les chats

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