‹ Lettres de femmes à Jacques CasanovaChapitre 14 sur 16 · JACQUES CASANOVA A WILHELMINE RIETZ · texte numérisé non relu

JACQUES CASANOVA A WILHELMINE RIETZ

il y a vingt-neuf ans (i). Hier le comte de Bruhl (2) m'a dit qu'il vous croyait à Francfort : il préfère votre esprit à vos charmes; c'est un problème selon moi assez difficile. Si mon Icosameron vous intéresse, je vous offre son Esprit. Je l'ai écrit ici il y a deux ans et je ne l'aurais publié que si j'avais pu espérer que le censeur théologien me l'aurait permis. A Berlin, on ne m'aurait fait la moindre difficulté (3).

IvC comte de Waldstein s'occupe à faire courir ses chevaux dans une plaine entre Dux et Tœplitz. Dimanche passé il y avait une grande quantité de spectateurs. Ecrivez -lui que vous l'avez su, et plaignez- vous de ce qu'il a différé à donner ce joli spectacle après votre départ. Je suis sûr que pour lors il vous répondra. Vous pouvez même lui écrire que c'est moi qui vous a[i] donné cette nouvelle.

Si les circonstances ne me permettent pas de vous faire ma cour à Berlin, faites-moi espérer le bonheur de vous revoir ici l'année prochaine, et, en attendant, comptez sur le respectueux attachement que vous m'avez inspiré et sur les sentiments avec lesquels j'ai l'honneur d'être...

[GiACOMo Casanova].

' (i) Casanova passa, en effet, quatre mois à Berlin, de juin à septembre 1764.

(2) Charles- Adolphe comte de Briihl, né à Dresde eu 1741, général prussien. Frédéric- Guillaume II, ami de I,ichtenau, l'appela à Berlin et le nomma précepteur des petits princes. Il mourut en 1802.

(3) C'est une défense inédite que Casanova écrivit en faveur de son roman Icosameron, publié en 1788. J'en ai vu à Dux six manuscrits différents, dont cinq autographes. I,e premier a pour titre « Esprit de l'Icosameron déclaré au pubUc par sou auteur pour désabuser le gazetier littéraire allemand de Jene ([ui n'y a rien compris ». I,e dernier, celui qui est le plus détaillé, s'intitule : « ConfuUilion de deux articles diffamatoires publiés dans les gazettes littéraires allemandes de Jene; le premier dans le n» 192-29 juin; le second dans le u'' 227 — i<='' août 1789. »

Princesse LOBKOWITZ

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L'exIvSTEnce de Casanova à Dnx ne devait pas être précisément folâtre, surtout en hiver, quand les baigneurs et les touristes abandonnaient la ville voisine de Toeplitz à la tranquillité monotone d'une petite cité de province. Le comte Waldstein était presque toujours absent, errant en Europe de capitale en capitale; le personnel du château, défiant et agressif à l'égard du vieux bibliothécaire qui se donnait des airs de supériorité, le considérait comme un intrus; les habitants de Dux, enfin, grossiers, ignorants, étaient inaccessibles à Casanova, qui ne savait pas un mot d' allemand, et encore moins de tchèque.

Rien de plus naturel que cet homme, qui, pendant tant d'années, avait recherché et aimé la société, trouvât quelque consolation dans sa solitude à avoir auprès de lui un petit chien, compagnon silencieux, mais fidèle, des longues heures passées dans la bibliothèque du château. Rien de plus naturel qu'il gardât une reconnaissance profonde à l'aimable femme qui lui avait procuré cette compagnie.

[Lettres en français dans l'original.']

J'ai reçu Finette. C'est un présent dont l'appréciation ne peut appartenir qu'à moi; mais je me flatte en vain de

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