LA CO.MTE.= SE A. B
vSecoud acte : Casanova, plutôt par point d'Jwnneur que par désir, se lance brutalement à l'assaut et, repoussé dans ses premières attaques, a recours au siège... par la famine, offrant à la comtesse, en échange de ses faveurs, une robe magnifique, relique inemployée d'une aventure précédente, que la dame désirait ardemment posséder.
Troisième acte : La robe est achetée par le marquis et offerte à la comtesse qui se reconnaît cependant vaincue et qui, acceptant l' équivalent en argent, cède, mais dans un moment où Casanova ne pouvait pas profiter de sa victoire/
Acte ([uatrième et dernier : La fière Espagnole, horriblement offensée dans son amour-propre, jure de se venger ci songe à recourir aux maléfices d'une sorcière. Casanova, grâce à l'intervention providentielle d'un religieux qui, en voilant le secret de la confession, l'avertit à temps, réussit facilement à corrompre la mégère. Bien que superstitieux et mage lui-même, Casanova ne croyait pas aux sorcelleries et il écrit finement : « Je devais m' estimer heureux que cette femme crût à la sorcellerie; car, sans cela, elle aurait payé des assassins qui auraient pleinement justifié sa vengeance. »
La comtesse, pourtant, ne lui garda pas rancune, tout au moins en apparence, comme on peut le voir par cette lettre écrite à Casanova peu de jours après son départ de Milan, lettre qui, dans sa simplicité, suffit parfaitement à documenter, pour qui sait lire, les événements racontés dans cette partie des Mémoires.
Le comte A. B. était Giuseppe Attendolo Bolognini qui servit réellement sous les drapeaux d'Espagne et mourut en 1776; la comtesse était Espagnole et s'appelait Donna Teresa Zuazo y Ovalla Zamorra (i).
(i) Cette femme ne doit pas être confondue avec son homonj-me, Espagnole elle aussi, qui entra après elle dans la maison Attendolo Bolo-
{Lettre en italien dans roriginal.] Monsieur,
J'ai reçu votre honorée par lac^uelle je vois ([ue \-ous êtes bien employé à faire la cour à M"'^' Isolabella (i); il faut qu'elle soit bien méritante et qu'elle paraisse un prodige de beauté ! J'ai été très sensible pourtant à la nouvelle que m'a donnée mon mari du . mal que \-ous vous êtes fait dans cet accident de voiture; cela même me cause de la peine, et je souhaite qu'il n'en résulte pas le mauvais présage dont vous parlez.
Jusqu'à demain je ne puis transmettre vos compliments au marquis Triulzi (2), car je crois qu'il est absent de Milan; aussitôt que je le verrai, je le ferai. F'aites en sorte de vous tenir en joyeuse humeur, mais gardez- vous de jouer, comme vous l'avez fait, car nous nous fâcherions. Gardez-vous aussi de la mer, et donnez-moi souvent de vos nouvelles qui me feront plaisir. Si je puis vous être utile en quelque chose, dites-le-moi; je le ferai; dans l'attente de vos désirs je me dis...
[en français] de Vous Monsieur dev. obbl. ser"^,
Theresa Bolognina.
A Casanova, Gênes. — tàu mars 1763.
Uiiini, Donna Teresa di Gavosa, admise à la cour en 1761, dame de la Croix étoilée en 1791, morte en 1826.
(i) I<cs mérites de M"<= Isolabella, qui appartenait à une ridie famille de marchands génois, n'étaient pas personnels, mais consistaient eu ceci : elle tenait dans sa maison une banque de biribissi, bien que les jeux de luisard fussent sévèrement interdits par la répulîlique de Gênes. Casanova, qui parle d'elle dans ses Mémoires {VI, 152, 163), lui avait été présenté précisément par une lettre du marc^uis Triulzi.
(2) Giorgio-Teodoro, marquis Triulzi, fils de Alessandro-Teodoro. Il fut décurion de la cité, gentilliomme de la chambre de lueurs Majestés et depuis 1769 il était chef de la famille. (Pour plus amples détails sur la famUle Attendolo Bolognini, cf. Casanova, Mémoires, V, 492, 497. 511, 522, 526, sqq, VI, cliap. i à 4. — F. Calvi, l'amiglie riotabili Milancsi, tome m et // patriziato Milanese.)