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Tavenue Hoche, qu'espère-t-elle, qu'attend-elle de vous? Tout justement ce que j'ai trouvé en vous quand je vous ai aimé, — ce que je vous pardonnais de n'avoir plus parce que vous l'avez dépensé avec moi : la jeunesse!... Elle vous demandera tout ce que vous m'avez donné, — tout ce que vous êtes hors d'état de lui donner, — puisque c'est moi qui vous l'ai pris : c'est-àdire le goût de l'amour, l'insouciance de l'avenir, la fraîcheur physique, la gaieté. Et vous lui offrirez un amant délabré, tenant de ses baisers une comptabilité soucieuse, fermement résolu à faire passer l'hygiène avant l'amour, blasé d'ailleurs sur les femmes et ayant le plaisir ultra-mélancolique. Ne dites pas non ! Si nous avions encore l'amour gai, c'est que nos souvenirs nous grisaient; c'est qu'il traînait tant d'éclats de rire, tant de francs baisers échangés de vos lèvres aux miennes, naguère, — dans votre cher petit appartement de la rue Ballu, — que nous n'avions point de peine à nous y retrouver jeunes! C'est pour cela que vous me reveniez toujours, ô coureur, après vos essais d'infidélité : et si vous aviez un peu raisonné vos sensations, vous vous seriez depuis
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longtemps aperçu que je suis pour vous désormais la seule maîtresse possible.
Donc, qu'arrivera- t-il? Je connais à peine votre future : vous me rendrez ce témoignage que je n'ai pas cherché à vous en dire du mal, ce qui aurait pu me tenter. Mais quelque honnête et résignée qu'elle soit, l'éternel malentendu des mariages du monde va intervenir entre vous deux : elle, n'ayant pas encore aimé, vous, incapable d'aimer en dehors d'une vieille habitude. Je sais bien que vous ferez Tessai loyal de la tendresse conjugale, — mais je vous prédis que vous échouerez : le plus beau mari du monde ne peut donner que ce qu'il a, et vous n'avez plus la seule chose dont se soucie votre femme : l'amour jeune. Cependant, comme Claire Lavalette a, je veux le croire, l'âme honnête, elle essaiera de vous aimer tout de même, sinon pour le contentement physique que vous serez hors d'état de lui donner, au moins pour votre cœur et pour votre esprit. Mais que voulez-vous? Si la pauvre enfant n'est pas une petite cruche, elle n'ira pas longtemps sans connaître votre égoïsme irrémédiable et votre ignorance de tout ce qui
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doit s'apprendre... Elle s'avouera que son mari est un être moral comme la Nature en fabrique à la douzaine : qu'il n'a jamais dû posséder qu'une supériorité : celle d'être plus jeune que les gens de trente-cinq ans quand il en avait vingt-cinq : et celle-là, hélas! il ne l'a plus!... De votre côté, votre femme, qui ne parlera pas la même langue que vous, dont la jeunesse troublera votre repos comme un reproche alors même qu'elle sera muette et ne demandera rien, — votre femme vous ennuiera : vous la fuirez. Ainsi, vous renoncerez, au bout d'un temps plus ou moins long, à l'entreprise si laborieusement commencée : elle se mettra en campagne pour trouver quelqu'un qui soit pareil au vous d'autrefois, au vous que j'ai aimé..., et vous, dame..., mon cher Paul, — vous reviendrez tout doucement à l'ancienne habitude, qui vous attendra.
Hé oui! vous me reviendrez, j'en suis sûre : et c'est cette certitude qui m'empêche d'être trop malheureuse aujourd'hui. Car, pourquoi le nier? Je suis un peu nerveuse en pensant à cette petite qui va vous tenir bientôt dans ses bras maigres, et que vous allez vous efforcer d'aimer pendant
quelques semaines... N'importe : je suis rassurée sur l'avenir. Mariez-vous, mon bon ami, tâchez d'être heureux; je vous le permets. La seule chose que je vous demande, au nom de notre vieil amour, qui fut bien bon, n'est-ce pas? c'est de penser tout de suite à moi le jour où vous serez décidé à tromper votre femme...
A quoi bon tenter des épreuves que vous savez d'avance inutiles?... Croyez-moi, Paul, — dans votre intérêt comme dans le mien, — réservez à votre vieille amie votre première infidélité.
Le Revenant
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