‹ Lettres de femmesChapitre 19 sur 23 · LE VITRAIL DE SAINT-JULIEN · texte numérisé non relu

LE VITRAIL DE SAINT-JULIEN

Vos lèvres disaient cela, Jacques, mais dans vos yeux luisait un arrière-sourire qui signifiait : « Ah! ah! ïy voilà venue,.. Je ne suis pas fâché de voir qu'elle est comme les autres. » Et, de ce jour, votre amour changea imperceptiblement d'allure. Oh! très imperceptible, ce changement; pourtant, il ne m'échappa point... Vous m'en vouliez un peu, je le devinais, de vous avoir donné le change au début de notre liaison; vous m'en vouliez, non pour mes exigences actuelles, mais pour ce désintéressement menteur auquel vous aviez cru un instant... J'en souffris, certes: il me fallut une volonté robuste pour continuer répreuve. Je la continuai. Durant tout un mois, je vous ai criblé de demandes d'argent, en les divisant le plus possible, de façon qu'elles fussent plus énervantes. Vous n'avez jamais hésité à les satisfaire; vous m'avez même offert discrètement un revenu fixe, comme à M^^^* Georgette ou Blanche : il paraît qu'il y a des femmes du monde qui acceptent cela. Ce jour-là, j'étais furieuse et joyeuse; j'aurais voulu vous battre et vous embrasser.

Le mois est fini, Jacques : et avec lui, l'épreuve.

J'ai reçu de vous, durant ce mois, les mêmes trente mille francs que ces demoiselles : j'ai donc les mêmes droits qu'elles, au moins, à croire que je suis aimée. J'ôte mon masque avec joie, cher, et je vous déclare qu'à mon avis, l'argent souille l'amour; que donner à un homme la suprême faveur de notre corps, c'est nous interdire, si vraiment nous aimons, le droit de rien recevoir de lui. Avouez, grand voyageur, que cette fois vous êtes étonné, et que voilà une aventure peu semblable aux anciennes?

Mais non, vous n'êtes point étonné... Je vois d'ici, à la lecture de ces lignes, votre sourire de Parisien remuer vos moustaches... Vous vous dites : « Le tour est amusant, mais devinable.; elle n'avait besoin que de trente mille francs. »

Sachez donc, ô Jacques le sceptique, sachez que ces trente mille francs ne sont plus entre mes mains. Dans le village de Laparade, tout près de notre château du Tronquay, il y a une belle église dédiée à saint Julien-l'Hospitalier, une église bâtie en vingt ans par les pieux efforts d'un curé... Elle est presque terminée : mais les verrières des fenêtres ogivales sont de simples

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