‹ Lettres de Frédéric Ozanam, 1831-1853. --Chapitre 33 sur 44 · EXTRAIT DE LA LETTRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

EXTRAIT DE LA LETTRE QUATRIÈME

Ce 30, samedi soir.

... Si vous voulez avoir les primeurs de mes impressions professorales et recevoir l'hommage immédiat des applaudissements recueillis, il faut bien écrire à l'issue de la leçon, ne pût-on tracer qu'une page, fût-il trois heures et quart, et la poste dût-elle se lever à quatre. On vient donc vous donner la nouvelle d'une leçon qui n'a pas été bien brillante, mais qui a mieux réussi; l'orateurn'avait point oublié ses notes, et son érudition pouvait prendre quelques fleurs. Cependant, je sens bien qu'engagé comme je suis dans de graves questions historiques et politiques, je ne dois espérer tout au plus que de l'assiduité et de l'intérêt. Les sympathies bruyantes et l'inspiration qui les appelle ne me reviendront qu'au moment où le cours de mes études me reconduira à cet ordre de sentiments poétiques, dont nous sommes convenus (n'est-ce pas?) de ne pas parler.

Le public est extrêmement aimable; il est nombreux et fidèle. L'aridité de ma dernière leçon aurait dû décourager cette attention bienveillante. Aussi n'est-ce pas sans surprise que j'ai vu mon amphithéâtre encore rempli jusque sur la cloison de bois en haut, jusqu'au pied de la chaire en bas. On a même la politesse d'applaudir un peu quand j'arrive, beaucoup plus quand je m'en vais.

J'ose espérer, Mademoiselle, que vous n'avez jamais attribué à la négligence le silence forcé d'une pauvre plume, si peu maîtresse d'elle-même depuis longtemps. Pour moi, c'était aussi comme une profanation de la prendre, comme je fais aujourd'hui, sans avoir le loisir même de la tailler, encore toute fangeuse de ses travaux du matin et de la nuit, toute trempée d'allemand, de latin et d'un français détestable, pour tracer un nom qui m'est cher et sacré. Il m'en coûtait de hâter quelques phrases courantes sur une feuille banale, comme la correspondance d'un commerçant, avec la menace de l'heure qui presse et du courrier qui part.

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