NOTICE BIOGRAPHIQUE. XV'H
si ron peut admettre que le xyiii^ siècle intellectuel s'ouvre avec Fénelon, qui l'annonce, et se termine avec Chateaubriand, qui l'enterre. Maurice Masson n'en était guère pourtant par ses croyances et la gravité secrète de son caractère. Mais la grâce de cette époque séduisante avait de quoi le charmer, peut-être à son insu, car elle s'accordait avec une autre de ses qualités instinctives, l'élégance, pour ne pas dire une pointe de jolie coquetterie : entre la coquetterie des combattants de Fontenoy, qui font des cérémonies avec « Messieurs les Anglais», et celle de l'officier lettré qui achève tranquillement sa thèse sous la mitraille, non sans « une subtile ironie à l'égard des Boches », qu'il a plaisir à « narguer », n'y a-t-il pas quelque parenté?
Mais ce n'est pas l'élégance des attitudes qui devait l'attirer dans l'écrivain auquel il a voué la part la plus étendue de son activité littéraire. Ce qui l'a souverainement intéressé et même captivé dans Rousseau, c'est l'initiateur d'une restauration religieuse. Il s'est attaché passionnément pendant des années à pénétrer toujours davantage le moderne prophète, et il a réussi, avec un rare talent, à mettre dans une lumière nouvelle les services rendus par l'auteur de \di Profession de foi du Vicaire Savoyard à l'idée ou tout au moins au sentiment religieux. Mais il entrait dans son intérêt, allât-il même jusqu'à l'admiration pour le « grand enchanteur » et à la sympathie pour « la candeur et l'ingénuité de son intelligence », une certaine dose de compassion. Il n'a pas fait, il n'aurait pas voulu faire de Rousseau son homme, car la philosophie de Rousseau méconnaît le « péché originel », auquel il croit si fermement, elle froisse le pli presque un peu janséniste qui demeure, sous la bonne grâce et l'entrain de l'allure, un de ses traits distinctifs, elle est en somme aux antipodes de son « stoï« cisme chrétien ».
XVIU NOTICE BIOGRAPHIQUF.
Ce Stoïcisme chrétien ailait donner toute sa mesure dans la guerre, survenue au moment où Pierre-Maurice Masson achevait son gros volume sur Rousseau, qu'il allait malgré tout y retrouver : y retrouver non seulement parce qu'il mit le point final à son livre dans les tranchées, mais aussi parce que Rousseau eut le tourment delà justice et que, s'il ne saurait passer pour l'apôtre des immolations intérieures, il s'est fait le prédicateur de r « aliénation totale » de l'individu à la communauté, acceptable seulement, mais alors impérieusement nécessaire « dans la nation mobilisée ». Son historien devenu soldat la réahsa pleinement, en l'élevant encore et en la surnaturalisant par le total abandon à Dieu. Il sait et il dit dès la première minute i^u'il « ne s'appartient plus » et que « la destinée de chacun est entre les mains de la Providence », et il «s'abandonne en toute simplicité et tout espoir au maître de la vie ».
On ne veut point retracer en tête de ce recueil de lettres le récit d'une campagne qu'elles feront elles-mêmes infiniment mieux. Campagne aux événements monotones et qu'un lecteur uniquement en quête d'épisodes guerriers pourrait trouver insuffisamment mouvementée, mais où les vertus essentielles furent justement, avec la vaillance tranquille dans le péril toujours le même, la constance de patience et de belle humeur dans les longues journées trop pareilles et la foi inébranlée dans «le triomphe de la justice française », malgré la lente épreuve de. cette immobilité. Elle se déroula tout entière sur quelques lieues du pays lorrain. Mobilisé comme sergent au 42e régiment territorial d'infanterie, à Toul, où il resta plusieurs semaines, Pierre-Maurice Masson occupe ensuite, jusque vers le milieu de l'hiver, un fortin de campagne dans les environs de cette ville. Sa nomination