PREFACE. VII
manière d'Albert de Mun et celle de Maurice Barrés^; et, dans un tout autre ordre, Vémotion apitoyée, attendrie, ■profondément religieuse pourrait-elle s'exprimer en un plus noble et plus exquis langage que dans telle de ses lettres àsasœur^, à son neveu^ ou à M^^ Joseph Ollé-Laprune^ ? Il savait excellemment pratiquer Vamitié consolatrice.
Et il savait aussi, ce qui n'est point donné à tous les écrivains, observer la nature et traduire ses impressions dans une langue colorée, vivante, originale, finement évocatrice et suggestive. Maurice Masson était aun homme pour lequel le monde extérieur existe ». Peu « citadin » au fond et peu mondain, un peu « mousquetaire » d'allures^ la vie du soldat en campagne* si dure qu^elle fût, n"* était point sans charme pour lui; il jouissait vivement des émotions et des spectacles qu'elle lui procurait, et pour faire partager aux autres les sensations inédites que cette existence nouvelle, en pleine nature, lui apportait, il se retrouvait sans effort V écrivain d'imagination, le romancier que, parfois, il avait rêvé dètre, et qu'il aurait fort bien pu devenir. Ses lettres sont pleines d exquis paysages, — de paysages « lunaires » notamment^, — qui, plus ou moins poussés, sont charmants de fraîcheur et de précision pittoresque. Et elles contiennent aussi de fort belles et vivantes descriptions de la vie des tranchées °. Si Maurice Masson n^a pas connu, et n^a pas eu à rendre ce qu'il appelait luimême « Vhorreur sacrée de V assaut », il a bien vu et bien curieusement noté les spectacles de morne tristesse qui suivent les attaques manquées'',etceux qui sont l'accompagnement obligatoire des bombardements répétés et épuisants, des relèves nocturnes et boueuses. Et je ne sais rien de plus saisissant, de plus parlant, de plus sobrement tragique que la lettre ^, — qui demain sans doute sera célèbre, —