‹ Lettres de guerre (Août 1914-Avril 1916);Chapitre 53 sur 62 · A MADAME C. DE P · texte numérisé non relu

A MADAME C. DE P

En campagne, ce 4 février 1916.

Votre excellente lettre d'hier est venue raviver en moi quelques récents remords, car voilà plusieurs jours que, mes

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camarades et moi, nous dégustons çn fin de repas vos exqus chocolats avec autant de reconnaissance que d'admiration pour de si bonnes choses ; mais reconnaissance et admiration restaient silencieuses. C'est un scandale, mais qui a peut-être ses excuses. En ce moment où je commande ma compagnie et où le sentiment de ma responsabihté me montre tant de choses à faire et qui me paraissent si urgentes, je n'ai guère, pour écrire, que quelques heures dans la nuit, quand tout se. calme et que je crois m'appartenir un peu ; mais, même si je n'avais pas cette responsabilité, je n'aurais pas grande ardeur épistolaire. La vie de tranchées, du moins de tranchées comme celle-ci, où l'insécurité est incessante, et où les plus braves reconnaissent ce qu'il y a d'épuisant dans cette perpétuelle tension nerveuse, — donc la vie de tranchées conduirait assez vite, si l'on se laissait faire, à une espèce de paralysie générale. On reste là des heures à guetter, à observer au périscope, à regarder où va éclater la bombe qui tourne au-dessus de vous, à se demander d'où vient la grenade dont on a entendu le départ ; mais, rentré dans son trou, on continuerait volontiers à rester sur un tas de sacs à terre en sentinelle somnolente, en songeant au coup qui vous a manqué hier, mais qui vous atteindra peut-être aujourd'hui. Et puis vous savez que je suis un grand dormeur, et ici l'on ne dort point, ou guère. Pour ne pas sentir l'inévitable engourdissement, je suis obUgé de me promener dans la tranchée, et d'en regarder toutes les pièces en détail. Les sentinelles me voient peut-être plus souvent qu'elles ne voudraient, mais elles ne savent pas que, même quand je leur fais tel ou tel reproche, je sens encore une admiration plus forte que toutes les gronderies, et je remercie intérieurement tous ces braves gens — héros inconscients — • pour le réconfort que leur seule vue me donne. Quand, parfois, à de certaines heures, je trouve la vie d'ici un peu dure, et que je serais presque tenté d'en vouloir à ma naïveté qui me maintient à ce poste dangereux sans profit pour personne, et avec tant d'angoisse pour quelques-uns, — je vais m'asseoir au parapet près d'un de mes «poilus » qui est là, de faction, sans bouger depuis deux ou trois heures, quoi qu'il arrive et quoi qu'il tombe autour de lui. Je suis reçu avec un bon sourire d'amitié et de confiance, je regarde ces yeux paisibles que

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le danger n'effraie pas, qui ne sont ouverts que sur le devoir, et qui se ferment volontairement sur tous les plaisirs et toutes les affections d'un passé toujours présent ; je me sens tout ragaillardi par ce contact, et je suis content d'être à la fois le chef et le camarade de tels hommes.

Mais voilà bien du verbiage pour essayer de justifier ma paresse. L'essentiel est ceci : pour avoir voyagé à ma recherche pendant plus de trois semaines, votre magnifique boîte de chocolats n'en est pas moins arrivée intacte ; et, malgré nos gourmandises répétées elle semble inépuisable. On se demande quelquefois, il est vrai, comment on reste encore sensible à de pareilles séductions, lorsqu'on porte au cœur de telles tristesses ; mais l'être humain reste une pauvre chose, et, même aux jours des plus grandes émotions, le vilain animal réapparaît tout d'un coup et Cyniquement. Pourtant ai-je besoin de vous dire que je ne vis ici qu'à moitié. Le reste (et peut-être le meilleur) est avec ceux que j'aime et que je sens souffrir. Je n'ai qu'à fermer les yeux pour vous revoir tous et me sentir avec vous. Bientôt, il est vrai, s'il plaît à Dieu, je n'aurai qu'à les ouvrir pour vous revoir tous réellement : ce sera bien triste, mais bien bon. Je ne m'arrête pas trop sur cette vision, parce qu'elle est un peu débilitante ; mais secrètement, au dedans de moi, je la caresse.

A MONSIEUR GUSTAVE LANSON

En campagne^ ce 4 février 1916.

Merci de votre réponse si amicale et de toute l'affectueuse obligeance que vous voulez bien mettre à me facihter ce dernier passage sorbonique. L'imprimerie m'assure que les exemplaires de thèse seront tirés et brochés le 10, distribués le 12. A supposer que huit jours, avec beaucoup de bonne volonté, soient suffisants à mes juges, pour parcourir mon Jean- Jacques, je pourrais me présenter à eux entre le 20 février et la fin du mois. Autant que possible, j'aimerais assez que la petite cérémonie pût avoir lieu le troisième jour de ma permission, pour me laisser le temps de souffler avant de repartir. Aussi je me permettrai peut-être de vous télégraphier

le jour où je partirai, pour que vous puissiez vous rendre libre sans trop vous gêner. Je vais, d'ailleurs, écrire à M. Uri pour régler avec lui les détails matériels.

Et maintenant, tout dépend de mon colonel, qui, j'en suis sûr, y mettra toute la bonne grâce voulue, et des artilleurs, grenadiers, bombardiers, torpilleurs et tirailleurs d'en face, qui vraiment nous prodiguent leurs gentillesses sans compter. Hier encore, j'avais sept blessés à ma compagnie. Pour peu que j'attende encore, j'ai des chances croissantes de descendre le boyau," empaqueté dans une toile de tente. Que de fois, quand je fais mes rondes dans la nuit, et que je me colle contre le parapet de sacs à terre, pour laisser éclater les grosses bombes maladroites, il m'arrive, en souriant, de penser à la pacifique tranchée de Sorbonne, que j'aurai peut-être à défendre quelques heures. Je mê sens alors beaucoup de mordant ; et j'ai fort envie de garnir mes poches de grenades, pour faire, s'il le faut, des contre-attaques vigoureuses. Mais, si près des Boches, il est imprudent de bâtir des châteaux en Espagne 1

A MONSIEUR J. Z

En campagne, ce 5 février 1916.

Il est inutile, n'est-ce pas, d'excuser mon silence, dont je suis un peu honteux. En d'autres temps, je serais inexcusable ; mais aujourd'hui, il m'arrive parfois de m'admirer moi-même de pouvoir encore barbouiller tant de papier. Il y a là, sans doute, le virus professionnel ; mais il y a surtout la fidélité des amitiés, plus douces que jamais, quand le cœur est depuis longtemps au jeûne forcé. Pour l'instant, très cher, il s'agit encore plus de l'estomac que du cœur, et d'un régal gastronomique qui est tout le contraire d'un jeûne. Après diverses aventures qui ont, d'ailleurs, respecté intégralement son contenu, votre magnifique colis de Noël m'est arrivé la semaine dernière. Depuis lors, nous faisons ripaille, avec autant de reconnaissance pour les généreux donateurs que de cynisme dans la gourmandise. Mais'je n'en ai honte qu'à demi : les plus belles fleurs poussent sur le fumier. J'accepte d'être la belle et héroïque fleur des tranchées, pas trop empourprée

cependant, s'il est possible. Je voudrais pouvoir t'introduire dans mon P. C. Il est actuellement deux heures et demie du matin. Au dehors, tout est calme, ou presque. De loin en loin, une grosse bombe imbécile qui éclate on ne sait où et on ne sait pour qui, et, de minute en minute, les balles plus ou moins folles des guetteurs. Je viens de me lever, opération qui consiste simplement à rejeter ma couverture et retirer de mes pieds les sacs à terre tout neufs où je les avais enfouis pour ne pas trop sahr ma couverture. Je suis à dii pieds sous terre dans un confortable trou au toit robuste en poutrailles de fer, aux murs cossus, tout couverts de planches. C'est le grand luxe. Sur ma table, un chandelier à trois branches — certainement pris à l'église de F... — etoù brûlent, en coulant et en fumant, deux bougies de mauvaise qualité. Je viens de recevoir les comptes rendus des chefs de section, et je vais faire le mien au chef de bataillon. Après quoi, je partirai pour ma ronde de quatre heures ; et, vers cinq heures, je serai rentré au P. G., en attendant que j'en reparte à six, pour voir si les chantiers de travail s'organisent. Entre cinq et sir, c'est l'heure exquise : on est assez bien éveillé ; en guise de tub, on s'est passé un peu d'eau de Louvain sur le visage; le « jus » achève de bouillir sur le réchaud à alcool, et le locataire du P. G., s'il jette avec cemplaisance un coup d'œil sur un coin de son réduit, ce n'est pas sur l'abri à munitions, c'est vers la petite planche où sont alignées d'autres munitions plus fragiles et plus délectables. G'est alors que le plum-pudding que vous m'avez envoyé passera un mauvais quart d'heure : « je les grignotte », dit le papa Joffre. Je fais plus ; et la fm du monstre est proche. Avant-hier, j'avais organisé avec toutes ces nobles victuailles un déjeuner assez amusant. Mais il est l'heure de faire le C. R. et la ronde. La suite à bientôt, après le duel avec le plum-pudding.

Merevoioi.il va être cinq heures ; et pourtant il fait encore une nuit d'encre. Il pleut à rafales ; il vente aigrement. Joli temps pour patauger dans les boyaux ! Je rentre immonde et trempé; mais l'on ose à peine parler de soi, quand on revient de voir les bons poilus qui guettent au parapet sors la douche. Ah ! l'admirable soldat de deuxième classe ! Ce qui rend surtout ce temps malsain, c'est le vent. Quand il siffle sur la tranchée, on n'entend plus le départ de la bombe ou de la grenade et le

vilain frou-frou de leur cheminement dans l'air ; et tout d'un coup, il vous éclate quelque chose de brutal à côté de vous, sans qu'on ait été prévenu. Ce n'est pas de jeu. plus, Et passe encore d'être blessé en plein soleil, mais dans la nuit fangeuse ! Sang et boue, cela manque de charme 1 Mais je reviens à mon déjeuner. J'avais invité ensemble — avec peut-être quelque manque de goût — l'aumônier protestant et l'aumônier catholique. Tous deux, d'ailleurs, avaient paru enchantés de cette rencontre confraternelle. Mais, quand^ arriva l'heure du déjeuner, il n'y eut que l'abbé qui se montra. Il fut bien récompensé. Grâce à vous, il fit chère lie, et cet homme de Dieu mangea comme un vulgaire caporal.

Mais je suis effrayé de commencer cette cinquième page sans t'avoir dit encore autre chose que des balivernes. Tout cela, tu le sens, c'est la vie superficielle. La vie profonde et silencieuse, c'est avec vous tous que je la vis, dans la communauté de vos chers souvenirs qui sont aussi les miens ; je reste associé à toutes vos réunions presque quotidiennes, à ce qu'elles ont de triste, de progressivement plus triste, si l'on peut dire, mais à ce qu'elles ont aussi de consolant...

Tu sais que la grande pensée du règne est près de se réaliser. La thèse est imprimée, quasi déposée, la Sorbonne pleine d'une bienveillance toute patriotique, et moi plein d'un grand désii de venir à Paris. S'il plaît à Dieu, au bon Dieu de France, et au vieux dieu des Boches, la chose se passera à la fin du mois. Ce sera à la fois ridicule et touchant. Et quand ce sera fait, sans doute, je regretterai le temps où ce but, que je croyais presque inatteignable, mettait un divertissement dans ma vie de soldat. Pourrais-tu, à ce propos, me rendre un grand et ennuyeux service? Il s'agirait, vers le 14, lorsque la thèse sera déposée, d'aller voir Uri, lui demander les formaUtés à faire, et payer pour moi à quelque guichet infâme la somme qu'il te dira. Grandes excuses et merci. Autre commission. Si tu vois Rébelliau, dis-lui que je le verrais avec plaisir dans mon jury, et que, du reste, le -cours dont il est chargé semble le désigner pour occuoer en face de moi la tranchée de Sorbonne.

A MONSIEUR WEYRICH

En campagne, ce 7 février 1916.

Permettez-moi de demander un service au chancelier de l'Université; mais je sais que je le demande en même temps à l'excellent Luxembourgeois qui, depuis bientôt deux ans, n'a pas marchandé ses sympathies à la France attaquée, et qui sera heureux, j'en suis sûr, de les témoigner à nouveau, fût-ce par une démarche absolument incolore au point de vue politique. Voilà de quoi il s'agit. Quand la mobilisation est arrivée, mon volume des Collectanea, (f^ La Profession de foi du Vicaire Savoyard)^,\endiïtde sortir des presses, et j'avais à l'impression chez Hachette un autre gros bouquin sur (.i La religion de J.-J. Rousseau ». Ces deux volumes devaient être les thèses de doctorat que je comptais soutenir en Sorbonne à l'automne de 1914. Survint la guerre, qui mit pendant quelques mois la correction des épreuves à l'arrière-plan. Bientôt pourtant, avec les loisirs relatifs de la vie de tranchées et aussi un peu de ténacité, je suis parvenu à mener l'œuvre à son terme ; et vers la fin du mois, s'il plaît à Dieu, et si les marmites boches ne sont pas trop indiscrètes, je compte utiliser ma seconde permission de six jours, pour reprendre, quelques heures durant, ma vie universitaire, et soutenir mes thèses sabre au poing. Dans ces conditions, il n'y aura plus aucun inconvénient à distribuer mon volume des Collectanea, au moins dans l'intérieur de l'Université. Le recteur jugera s'il est opportun de faire actuellement les envois internationaux.

J'arrive au service que je prends la liberté de vous demander. Au moment de la distribution des exemplaires, il en revient vingt à l'auteur. Voudriez-vous être assez obligeant pour faire faire par l'imprimerie les dix envois suivants...

Depuis deux mois, je suis afïecté à un régiment d'activé. C'est un rajeunissement, au moins administratif. Cela me vaut, pour l'instant, d'occuper un des plus rudes secteurs du front. Chaque jour l'un de nous y reste. C'est vous dire que les projets dont je vous parle comme devant avoir une réalisation

toute prochaine sont essentiellement aléatoires. La Providence y pourvoira.

Au demeurant, ma santé est bonne, ma confiance en notre victoire et ma certitude de notre justice restent intactes ; néanmoins l'avenir est indécis et les échéances du droit encore lointaines. Ilfaut «tenir» courageusement. De bonnes amitiés comme la vôtre, aussi ardemment et fidèlement françaises, ne sont pas sans nous y aider beaucoup. Plus encore que du petit service que vous allez me rendre, c'est de cela surtout que je vous remercie.

A SA FEMME

En campagne, ce 10 février 1916.

Je t'écris du fond de mon trou, qui s'est, d'ailleurs, confortabilisé, pendant que je ne l'ai pas occupé. Je suis un peu contraint d'y être, car en ce moment il y a un sérieux, très sérieux bombardement. C'est nous qui bombardons, mais les lignes sont si proches que toutes sortes de débris retombent sur les nôtres, et qu'il vaut mieux s'abriter. C'est un vacarme étourdissant, une suite de brusques claquements, avec des sifflements qui sont presque des gémissements, une trépidation incessante sur laquelle se détachent, en quelque sorte, les grosses commotions des arrivées toutes proches. Tout est ébranlé, tout frémit, l'air, la terre, les nerfs. Bientôt, du reste, l'artillerie d'en face s'est démuselée ; et maintenant c'est un effroyable chassé-croisé, qui laisserait une impression de mort s'il s'interrompait un instant.

Ce 11.

C'est ma lettre qui a été interrompue, et bien tristement. Inutile de te raconter tout cela et de fixer tes yeux sur des tableaux navrants. Mais, au milieu de ces tristesses qui me remuent trop encore peut-être, j'ai eu des satisfactions de premier ordre. J'ai eu, dans ma section, un petit sergent et un caporal, deux étudiants de vingt à vingt-deux ans, qui se sont conduits comme les plus chics des vieux poilus, avec cette simplicité, cette grâce légère que seuls les tout jeunes savent avoir. De sorte que cette après-dînée un peu oppressante s'est

pourtant achevée sur une impression de réconfort... Ce matin, tout est rentré dans le calme. On a travaillé une partie de la nuit à tout remettre en état. La tranchée a repris une silhouette normale, quoique son profil soit un peu changé.

En campagne, ce 11 février 1916.

Le soir commence à tomber ; la neige tombe dru depuis deux heures. Un grand calme descend sur toute chose, et les ardeurs les plus belliqueuses s'amortissent sous la ouate qui s'épaissit. Avec cela, je puis avoir les pieds gelés dans mon trou sans feu ; je suis bien tranquille : les Boches n'attaqueront pas cette nuit. Je profite de ces heures paisibles pour revenir à toi. Quel contraste avec hier ! Je revois encore cette lourde et forte brume de fumée qui pesait sur tout et qui faisait ressembler les premières heures de l'après-dînée à un crépuscule d'orage. Je puis bien te le dire, maintenant que l'émotion 'apaise un peu: hier j'ai eu une vraie peine, en voyant mourir un de mes pauvres petits gars, un enfant de vingt ans, gentil, dévoué, bon camarade, un joh type de soldat français ; et ce qui a mis de l'irritation dans ma peine, c'est qu'il a été tué à son poste de guetteur par l'un de nos 75. Sous prétexte de démolir les tranchées d'en face, on commence par nous écorner fortement les nôtres, passe encore ; mais qu'on massacre ainsi des enfants de France, cela me révolte. Il paraît que mon indignation est un peu candide, et que ce genre de tir comporte ces risques. Je garde ma candeur, et je n'accepte pas. Pauvre petit, il avait encore la figure si douce et si fraîche quand je suis venu voir s'il y avait encore un peu de vie sur ces lèvres sanglantes ! Je garde cette vision dans les yeux. Pendant plus de trois heures, il m'a fallu, en faisant le tour de la tranchée, passer devant cet abri défoncé et apercevoir dans l'ombre qui commençait ce pauvre visage penché, car le bombardement était trop fort pour faire venir les brancardiers. Ce ne sont pas eux, d'ailleurs, qui ont déblayé le corps de leur camarade, c'est un jeune sergent, aidé par son ami^, caporal aussi à ma

1. tin carnet de notes, que P.-Maurice Masson portait sur lui, a appris plus taixi aux siens que le jeune sergent et le caporal n'avaient pas 6té seuls à faire le triste et périlleux travail : leur lieutenant, qui n'en dit rien dans sa lettre, y avait personnellement coopéré.

section, qui a fait la chose avec une délicatesse, une piété, un courage — car la tranchée éventrée les laissait en pleine vue — qui m'ont, en quelque sorte, ôté ce que ma première tristesso avait de trop amer.

11 heures du soir.

Quelques lignes entre deux rondes. C'est déjà le dégel: les boyaux sont pleins d'eau.

En barbotant dans le sorbet, je me dis : «Comme il va faire bon tout à l'heure d'essayer de s'endormir avec ses deux glaçons aux pieds «.Mais je crois que je dormirai tout de même... Malgré le dégel, les champs sont encore tout blancs. La lune, même voilée, les éclaire : une patrouille n'ira pas se risquer par ce temp». Certainement les gens d'en face doivent avoir été changés : ce doit être de plus vieux soldats, plus calmes et qui ne s'affolent pas : ils tirent bien moins. De cinq en cinq minutes une grenade siffle et vient éclater n'importe où. Impression de grande sécurité.

Ce 12.

Voilà le bombardement qui vient de se dôclancher. Les Boches veulent nous rendre intégralement la fête de l'autre jour...

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