‹ Lettres de guerre (Août 1914-Avril 1916);Chapitre 58 sur 62 · A MONSIEUR ALEXIS FRANÇOIS · texte numérisé non relu

A MONSIEUR ALEXIS FRANÇOIS

En campagne, ce 8 mars 1916.

Voire livre est venu me trouver dans le méchant trou de rocher où, depuis tantôt deux mois, je fais le Troglodyte à quarante mètres des Boches. Je l'ai lu, d'une seule traite, en deux heures, tandis que les bombes et les torpilles faisaient sur ma terrasse leur ballet quotidien. J'y ai rêvé à la nuit tombante, en surveillant le travail de mes poilus, dans ces champs boule-

versés où naguère le paysan de la Woëvre venait bêcher sa vigne, et qui laisse affleurer aujourd'hui plus d'ossements encore humides de chair que de sarments et de bourgeons. C'est vous dire assez que dans un tel paysage je ne pouvais pas être un lecteur impartial, et que je vis trop « dans la lutte » pour pouvoir me piquer de planer « au-dessus de la mêlée ». Vous devinez l'émotion d'un Français devant un pareil livre, l'émotion et, plus encore, la reconnaissance. En lisant ces pages ardentes, j'ai presque oublié tout ce qu'elles gardent de talent involontaire, d'art hautain, d'ironie serrée, de brève et pleine éloquence, pour ne me laisser prendre qu'à la fraternité des sentiments.

Vous avez raison : dans la sanglante et magnifique aventure où la France affirme une fois de plus son idéal et sa vitalité, on peut, sans doute, la plaindre autant qu'on l'admire ; mais elle ne demande pas à être plainte ; elle sait que sa souffrance est la rançon de sa grandeur, qu'on ne peut pas être impunément la France, et. que son passé, comme son drapeau d'aujourd'hui, lui valent de beaux risques. Aussi n'est-ce point sur son nom que doit se faire chez les soi-disant « neutres » le partage des âmes : ce n'est pas elle qui doit se dresser en signe de contradiction parmi les hommes. La grande forfaiture allemande, c'est le viol belge ; c'est là qu'apparaît le crime tout brut et tout nu, l'orgueil impudique de la bête qui ne connaît d'autre justice que ses appétits, ce que Jean-Jacques eût appelé «le péché contre le Saint-Esprit». Aucune diplomatie, aucune prudence politique ne peut libérer une conscience de prendre parti en face d'une telle iniquité.

Vous ne vous étonnerez pas cependant si je ne vous suis pas jusqu'au bout dans quelques-unes de vos philippiques ; et, par exemple, je serais moins dur que vous pour l'humanitarisme trop impartial de Benoît XV. Je crois sentir dans ses paroles authentiques tout ce qu'il y a de bonne volonté et de vraie compassion pour ceux qui souffrent ; mais j'aurais voulu, je le confesse, trouver chez lui en un pareil moment moins de pitié humaine et plus d'intransigeance chrétienne, quelque chose de la sainte colère qui faisait vibrer les pontifes du Moyen Age, quand ils disaient anathème aux empereurs parjures ; j'aurais cru que c'était le cas, ou jamais, pour un servi-

teur du Christ, de répéter le non licet de Jean-Baptiste. J'essaie d'oublier cette déception en regardant vers le cardinal Mercier.

Je vous écris ceci sous la chandelle, à trois heures du matin, après avoir fait mes dernières rondes de la nuit, dans ce calme qui précède le petit jour, et où je puis, sans scrupule, m'appartenir. C'est une étrange vie ; mais, même si elle n'était pas la vie du devoir, elle ne serait pas sans charme.

Pour vous, continuez à trouver dans ces hautes joies, je ne dis certes pas l'oubli de votre grande douleur, mais, au contraire, ce qu'elle peut avoir de vertu bienfaisante, car jamais vous ne sentirez plus présente au dedans de vous la chère âme qui vous manque qu'en vous élevant avec elle et par elle vers les sommets.

A SA FEMME

Ce 8 mars, mercredi des Cendres.

Voilà le carême qui commence officiellement aujourd'hui ; mais déjà nous en avons goûté par anticipation les austérités, ne trouves-tu pas? Et faudra-t-il que nous attendions le jour de Pâques pour chanter l'alleluia du revoir? Je voudrais encore espérer que non ; mais, il faut l'avouer, c'est un désir plus encore qu'un espoir... Moi qui suis décidément le bouche-trou universel, je viens d'être désigné comme juge au conseil de guerre de ma division, qui se tiendra demain à R..., je crois. Une auto viendra me prendre demain matin à huit heures... Mai c'est médiocrement plaisant d'employer ainsi sa première journée de repos. Je ne vois même pas comment, arrivant au cantonnement à sept heures et demie, je pourrai être lavé, changé et civilisé àhuit heures. Aussi j 'ai grande envie de demander à mon chef de bataillon l'autorisation d'aller coucher dès ce soir au cantonnement pour avoir au sortir de la tranchée quelques heures de détente, et pour permettre à un juge trop fatigué de ne pas s'endormir.

10 heures. — Ma pauvre amie, ce n'est pas le juge qui s'est endormi, c'est le « poilu ». Quand je me suis réveillé, il était grand temps de rejoindre mes hommes... Je viens de voir mon commandant : il ne demandera pas mieux de me laisser partir à la fin de l'après-dînée, si la journée est calme, et elle s'annoncer

telle. Au reste, temps radieux, la gelée fond, le printemps revient : déjà sur ces coteaux qui, il y a deux ans encore, étaient des vignobles, les premiers bourgeons pourraient poindre ; mais quand le grand soleil éclaire sous un ciel cru ces champs de désolation, on voit sortir de terre plus d'ossements que de sarments. Et néanmoins que c'est beau et char niant, et d'un charme toujours jeune, ce lever d'un clair matin sur la campagne ! Tout à l'heure, en regardant mes poilus manier la pioche et la pelle, j'avais des visions d'idylle printanière : la splendeur émouvante de la nature était plus forte que tout.

En campagne, ce 10 mars 1916.

Le conseil m'a tenu jusqu'à six heures du soir. Je ne regrette pas, d'ailleurs, ma journée, quoiqu'à de certaines minutes j'aie dû lutter cruellement contre le sommeil qui me faisait assaut : il est intéressant de voir fonctionner cette redoutable machine qu'est un conseil de guerre, et de se rendre compte par soi-même, en prenant part, comme juge, aux délibérations du huis-clos, avec quelle conscience, quel souci de l'équité vraiment humaine, et aussi quelle modération relative tous ces jugements sont rendus. Au reste, nous n'avons hier envoyé au poteau aucun de nos accusés, quoiqu'en Bochie, sans nul doute, on n'eût pas hésité à réserver deux bonnes balles pour un antimilitariste à la russe (j'entends les Russes d'avant la guerre, les Russes de la révolution, les pacifistes sentimentaux à la Gorki et G^^), qui avait abandonné son poste pour aller se saouler, et qui hier, en plein conseil, continuait à tranquillement affirmer qu'il était un « enfant de la nature », qui avait « reçu toute la terre en héritage », qui « n'avait d'autre patrie que celle où son travail le nourrissait honnêtement » et qui voulait « rester fidèle aux conseils de sa mère, de ne jamais se mêler d'aucune dispute, pas plus celle des Français et des Allemands que de quelque autre ». Et il disait tout cela de sa voix paisible, avec un sourire qui aurait pu-être un sourire d'enfant, mais qui était surtout un sourire hébété d'alcoolique, soulignant ses affirmations d'un petit geste de sa main tatouée qui portait en grosses lettres : « martyr militaire ». Il s'en est tiré avec cinq ans de prison. — Si je disposais d'un peu de temps,

je pourrais te parler de quelques-uns de ces pauvres diables qui ont défilé devant nous ; mais le temps me manque...

Je reviens à la permission. Il me semble que, du train dont vont les choses, il n'y aura plus de période de stationnement comme nous en avions connu depuis la Champagne ; les Boches ne voudront pas s'immobiliser devant un front qu'ils ne seront pas parvenus à percer, et ils vont continuer à le mordre rageuseff.ent. C'est donc, à ce que je crois, la fin des permissions régulières. Tu comprends que cet horizon manque de charme, et à bien des points de vue,... mais vraiment ce serait agaçant et un peu ridicule de rester devant la porte de Sorbonne, indéfiniment, avec ma thèse sur mes bras, dans une attitude de suppliant ou tout au moins d'impétrant. Il faut que cela finisse. Je suis de l'avis de Rébelliau que mon gros Jean- Jacques passera inaperçu dans la tempête ; mais la chose est de peu d'importance. L'essentiel est que je sois débarrassé de cette dernière corvée universitaire. Si le livre a quelque valeur, il finira toujours par surnager. Dès lors, trois solutions restent en présence.

1° Ou bien, comme mé l'avait suggéré Lanson, passer mon doctorat par procuration, moi étant absent. C'est la solution que j'adopterai si les deux suivantes ne peuvent réussir ;

20 Ou bien, les permissions normales sont rétablies ; et alors je suis le premier de mon régiment à partir ;

30 Ou bien obtenir, à titre exceptionnel, une permission de quarante-huit heures ou de trois jours. Ce serait cette dernière solution que je voudrais tenter, si, d'ici trois semaines, les permissions régulières ne sont pas rétablies

A MONSIEUR JACQUES MADELEINE

En campagne^ ce 10 mars 1916,

Je suis désolé que mon petit mot vous soit arrivé trop tard et que vous soyez allé samedi dernier vous casser le nez en Sorbonne. Mais je ne veux pas m'excuser longuement. Comme disent les poilus, en manière d'explication et de philosophie, « c'est la guerre » ; et c'est une réponse à tout. Ce qui me navre en toute cette aventure, d'ailleurs bien menue quand on songe

à Verdun, c'est que je ne sais si maintenant nous pourrons nous revoir avant la victoire et la paix. J'jiurais été si heureux de pouvoir passer avec vous quelques moments paisibles, sans cette hâte insupportable qui me talonnait lors de nos précédentes entrevues...

Ne soyez pas en peine de moi ; jusqu'ici l'attaque sur Verdun a plutôt décongestionné notre front ; mais, à la guerre, les lendemains sont incertains, et, plus que jamais, il faut vivre au jour le jour.

A SA SŒUR En campagne, ce 11 mars 1916.

Comme ta lettre m'a touché 1 J'y ai senti une telle déception et surtout une telle affection. Il y a longtemps que je la connais, combien fraternelle et sûre ; mais c'est toujours délicieux d'expérimenter une fois de plus ce qu'il y a de meilleur dans la vie : l'union des cœurs. Comme pour toi, tu le devines, l'échec de mes savantes et amoureuses combinaisons a été un coup assez rude. Mais j'aurais eu honte, en un pareil moment, de m'abandonner à je ne sais quelle lassitude ou maussaderie d'enfant ; et, par une réaction inattendue, cette permission manquée a donné à mon moral une élasticité joyeuse, une force de rebondissement qu'il n'avait peut-être jamais eue jusqu'ici. Cela ne veut pas dire que, si la permission m'était, de nouveau, offerte, je la repousserais d'un geste héroïque, non certes, et j'en jouirais follement ; mais nous sommes assez loin, je crois, d'une pareille hypothèse.

Je comprends, pauvre amie, que cette guerre atroce te soit particulièrement lourde. Sans doute, si François vivait encore, tu tremblerais pour lui, comme toutes les femmes de France tremblent pour celui qu'elles ont au feu ; mais il y a quelque chose d'excitant, de soulevant dans cette noble anxiété, tandis que, toi, tu as commencé cette guerre sur un bonheur détruit et tu traînes le deuil de ton cœur entre deux murailles d'angoisse et de pitié qui semblent ne devoir jamais fmir, et où tu dois te sentir oppressée. Plus que jamais, il faut regarder vers Dieu, qui met l'immuable du bleu céleste au-dessus de tous ces carnages, et ramener ton regard vers tes chers enfants,

Iiii, eux, du moins, échapperont à la fournaise et représentent cette heureuse génération de la paix qui moissonnera une humanité nouvelle sur des sillons sanglants.

Peste, tout ce discours ronronnant est un peu ridicule : cela sent je ne sais quel parfum d'éloquence ministérielle, particulièrement haïssable. Mais si les mots sont maladroits, le sentinent est profond. Ne vois dans tout ceci qu'une façon de m'unir très fraternellement à des émotions que je devine si troublantes.

A MONSIEUR GUSTAVE ALLAIS

En campagne, ce 11 mars 1916.

Le Temps a été trop pressé et l'on n'a pas vu samedi dernier « le poilu en Sorbonne ». Comme tous les bons camarades, il est actuellement dans la tranchée ; et à mon âge, quoique je ne sois plus un tout jeune homme, c'est encore là qu'on est le mieux.

Les permissions seront-elles rétablies, et pourrai-je, dans quelques semaines, essayer une seconde fois, aussi indiscrètement, mais plus heureusement, de rassembler un jury sorbonique autour de mon Jean-Jacques? C'est douteux ; mais du haut de Douaumont, c'est sans aucune importance.

Vous avez bien fait de revenir à Lamartine. C'est une noble compagnie en des jours comme ceux-ci. On a beau ne vouloir vivre que pour la patrie en danger, il faut pourtant quelques heures de détente. On ne saurait s'échapper vers de plus purs sommets que les sommets lamartiniens.

Je connais la Bibliothèque universelle. Qui ne connaît cette excellente revue^, depuis surtout qu'elle a subi persécution pour la justice française? Je serais bien étonné si elle ne faisait pas bon accueil à vos recherches sur Milly.

1. De Lausanne. L'un de ses rédacteurs a été condamné par le tribunal de son pays pour avoir parlé des crimes allemands avec trop peu de « neutralité ».

A SA FEMME

En campagne, ce 12 mars 1916*

... De moins en moins, la permission me paraît possible : cette offensive sur Verdun ne diminue pas : elle prend au contraire de l'extension. Visiblement les Boches s'entêteront brutalement et sauvagement jusqu'à ce qu'ils aient pris Verdun, ou jusqu'à ce qu'ils soient saignés comme des bêtes à l'abattoir. Le communiqué d'hier soir nous montre des assauts plus furieux que jamais. Faisons donc dès à présent notre sacrifice.

Ce 14 mars 1916, 4 heures du matin.

je suis en ce moment une espèce de chauve-souris militaire : je ne suis plus chef de section, et je ne suis pas encore commandant de compagnie, et je fais le métier de l'un et de l'autre. Voilà. On vient de rétablir dans les régiments les fonctions d'adjudant-major, un par bataillon. C'est mon capitaine qui est proposé, et qui déjà, en attendant une nomination qui paraît certaine, en exerce les fonctions : il garde encore administrativement le commandement de la compagnie, mais pratiquement il ne fait plus guère que signer les pièces, et est pris tout entier par son service de bataillon. C'est moi naturellement qui le remplace ; et il est vraisemblable que, lui parti, c'est moi qui le remplacerai définitivement. C'est alors, je crois, qu'on me donnera ma deuxième ficelle- et le commandement permanent d'une compagnie... C'est une solution qui me plairait assez, quoique je regretterai de perdre mon capitaine, qui est très cordial et très bon, un Méridional qui a les meilleures qualités du Midi, et qui m'aura rendu la vie très agréable et très facile. Et puis, il y aura aussi la responsabilité de la compagnie, et je sens qu'avec mes habitudes et mes scrupules de métier, je me donnerai bien plus de mal ; mais, maintenant que je n'ai aucun autre travail à faire que mon travail militaire, je ne demande qu'à m'y donner de mon mieux et tout entier...

J'ai retrouvé notre secteur un peu moins tranquille qu'à la dernière relève. Visiblement les Boches ont reçu des munitions,

car ils nous arrosent copieusement. Peut-être aussi les troupes ont été relevées ; et ces nouvelles seraient plus agressives ou plus nerveuses, car la nuit elles tirent presque sans arrêt. Mais que c'est noble, que c'est émouvant, ces belles nuits de veillée guerrière ! Je me promènerais indéfmiment dans la tranchée ou sur les parapets, quand ils baignent de partout dans ce bleu laiteux des ciels lunaires I

— Ce matin, ciel merveilleux, soleil, bleu éclatant. Le printemps est magnifique, les avions volent et se pourchassent dans un azur impeccable où les obus qui les encerclent mettent comme des vols de colombes ; et l'on resterait en contemplation devant toute cette féerie, comme si la guerre n'existait plus. Ah ! que je suis loin de Verdun, et pourtant comme j'en suis près !

En campagne, ce 15 mars 1916.

Je ne sais trop en ce moment si je dors ou je veille. Cette nuit, par extraordinaire, j'ai fort mal dormi. Je me suis levé à deux heures; et depuis lors, j'arpente dans tous les sens le secteur de la compagnie. Quand on a fait ce métier-là trois heures durant, on a dans les jambes un certain nombre de kilomètres. Et maintenant que me voilà rentré pour quelques instants au P. C, tout le sommeil dont j'ai été frustré cette nuit demande à retrouver ses droits, et je ne suis guère qu'une vieille machine dévidant des paroles sans intérêt.

En voyant que devant Verdun l'arrêt se produit depuis deux jours, je commence à espérer que c'est le tassement et, avec lui, la reprise des permissions. Je ne devrais peut-être pas te confier cela, et te soulever par une espérance qui risque d'échouer une seconde fois. Mais... Coïncidence amusante : pendant que je t'écris cela, les ordonnances et le personnel du bureau parlent dans « l'antichambre », si j'ose me servir d'un terme aussi noble pour ce petit élément de boyau qui précède ma cagna. Et voici que j'entends : « Pour moi, mon cher, les permissions sont f... ; il y en aura de définitives pour ceux qui seront tués, et ce sera tout ; maintenant c'est l'accrochage ; on ne s'arrêtera plus jusqu'à la fin de la danse ». Voilà ce que disent ces philosophes. Tâche de concilier ces deux sons de cloches, et continue, comme moi, à faire provision de courage.

En campagne^ ce 16 mars 1916.

Il faut te dire qu'à cette relève nous avons eu à organiser de nouvelles positions et un travail assez dur à fournir, qu'on ne peut faire que la nuit pour ne pas être vus. Tous les matins, de deux heures à six heures, on pioche ferme ; et je suis là le premier pour mettre en route les travailleurs et surveiller les chantiers. Je parcours ainsi quatre ou cinq fois tout le secteur de la compagnie, et je rentre à six heures au P. G., un peu fourbu, prendre un café rapide avant de partir en nouvelle tournée.

Hélas! nous avons eu, cette fois, moins de chance qu'à la précédente relève : quatre tués et cinq blessés. Il faut dire que nous sommes sérieusement bombardés, mais souvent une méchante grenade à fusil fait plus de mal qu'une série magistrale de 130 fusants. Enfin, quand tu recevras cette lettre, que je donnerai au vaguemestre à mon arrivée au cantonnement, tu pourras rétrospectivement être bien tranquille sur mon compte.

P,-S. — Je suis nommé lieutenant.

En campagne, ce 17 ma^s 1916.

Je rentre de promenade : oh! quelques pas à peine dans les taillis qui entourent ma maisonnette, quelques pas sous le ciel bleu, dans l'air tiède, parmi les buissons qui déjà reverdissent, sur une mousse qui rajeunit et où commencent à s'épanouir les premières anémones... Je suis un peu mélancolique en ce premier jour de repos : ce printemps est trop beau, trop émouvant, trop plein d'allégresse humaine et d'invitation à vivre.

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