XII NOTICE BIOGRAPHIQUE
venait de dresser la France dans un sursaut frémissant devant la provocation de Berlin. Maurice Masson avait ressenti cette vibration annonciatrice qui traversa alors la nation tout entière et lui fit soudain croire à la guerre imminente, déjà virilement consentie, à la victoire, qu'elle était résolue à obtenir, à la revanche, toujours espérée, mais dont elle s'était toujours refusée à susciter l'occasion, car qui eût pu vouloir la guerre, sinon un cœur allemand? A Maurice Masson elle semblait d'avance une chose effroyable, puisqu'il ajoutait,, aussitôt après avoir parlé de l'obhgation de ne pas capituler en esprit devant l'iniquité : « Quant à la revanche proprement dite, il faut y tendre sans y prétendre, car, fût-elle la vraie revanche, elle serait atroce. » Mais il était prêt à rejoindre son poste de combat aussitôt que la guerre nous serait imposée, et il ajoutait encore ce jour-là, plaisantant à demi : « Je m'arrête, voulant ménager mes forces pour le cas où la mobilisation me ferait partir demain. » Et que de fois, depuis cet été de 1911 jusqu'à celui de 1914. durant ces trois années où la menace allemande oppressa presque sans répit l'Europe, que de fois il avait parlé de cette mobilisation peut-être prochaine, avec un mélange d'enjouement et de gravité, jusqu'en de courtois entretiens avec des collègues de l'Université de Fribourg qui pouvaient être les adversaires de demain.
Professeur depuis 1904 à cette curieuse Université suisse, dont la caractéristique essentielle est l'internationalité de son corps enseignant, en relations correctes avec ses collègues germaniques, presque cordiales, bien que sachant à quoi s'en tenir sur le germanisme lui-même, avec quelques-uns, conscient de l'enrichissement ou de l'affermissement spirituel qu'il y a souvent pour un individu ou pour un pays dans le contact avec des cultures différentes de la sienne, Pierre-Maurice Masson
NOTICE BIOGRAPHIQUE. XIU
n'avait rien d'un intempérant « nationaliste », d'uc fanatique « chauvin ». Dans la guerre même, et soldat admirable, son instinct d'équité devait lui faire faire la part des illusions de la bonne foi chez l'adversaire et il lui arriva d'éprouver une pitié tantôt un peu ironique et tantôt vraiment émue pour tous ces g«ns des tranchées d'en face, dont il connaissait plusieurs compatriotes, en estimant même certains, et qui se battaient si atrocement pour une si mauvaise cause qu'ils pouvaient croire la bonne. Mais la fibre du Lorrain patriote et intraitable sur le droit était en lui à l'épreuve des tentations de la sensibilité humaine ; comme il l'avait écrit d'Angellier, un de ses poètes préférés, sa « fidélité au passé l'aurait prémuni contre la veulerie pacifiste, si la fierté de son tempérament n'avait suffi à l'en défendre » ; et, si son âme ne s'inclinait pas devant le fait accompli, son intelligence lui montrait aussi, avant 1914, qu'entre la France et r Allemagne le dernier mot n'était pas dit. La guerre, dont tant d'avertissements faisaient voir depuis trois ans l'inexorable approche, à tous ceux qui ne fermaient pas les yeux devant l'effarouchante lumière, ne le surprit pas, encore qu'essayant jusqu'au bout d'en douter, mais point n'était besoin de tels avertissements pour qu'elle le trouvât préparé.
Fils de la terre lorraine, — il était né à Metz le 4 octobre 1879, — et chrétien « complet », bien qu'il n'ait pas ignoré l'inquiétude religieuse, le sens national comme l'esprit de devoir, qui est déjà celui de sacrifice, guidaient depuis longtemps sa vie. D'autres ont dit brièvement, mais mieux que moi, ce qu'avait été cette vie si tôt achevée. Qu'il suffise ici d'y souligner d'un bout à l'autre cette double orientation. Maurice Masson se disposait, après ses trois années d'École normale supérieure et une