‹ Lettres de Gui Patin, 1630-1672Chapitre 101 sur 260 · LETTRE LXXXIII · texte numérisé non relu

LETTRE LXXXIII

A Monsieur Spon, docteur en médecine, rue de la. poulaillerie, a lion.

Monsieur,

J'ai peur de me rendre enfin ridicule en votre endroit et importun tout ensemble pannes mauvaises lettres, desquelles néanmoins vous me faites trop de fête par votre dernière lettre, ce qui me fait prendre courage de continuer et de vous dire pour réponse à la votre [que] je vous trouveray, Dieu aidant, le traité de J. Paumier, de Pomaceo ', qui est le nom d'une liqueur, avec laquelle ce Normand a gagné 50.000 écus, à Paris, d'où il sortit et s'en alla mourir à Caen l'an 1388, ayant pensé être pris dans son étude le jour des barricades, jour qui fit de grandes émotions à Paris. Pour vos médecins qui sçavent leurrer le peuple, vous n'avez qu'à dire ce que j'ay ouï dire autrefois à un de nos anciens, m pari casa : c'étoit un chevalier de Malte qui avoit la petite vérole; il desiroit surtout de ne pas perdre ce peu qu'il avoit de barbe par ce vilain mal. Un des nôtres, qui est le jeune Cornuty \

1. De Vino et Pomaceo Librl dao. P.vris.is, 1588. Traduit en français par Jacques de Cahaigncs. Caen, 1589, in-8°.

2 Cornut ou Cornuty (Jacobi), médecin et botaniste, Bacc. Ib-o- 1626. Vesper. 15 octobre 1626. Doct. 19 octobre 1626. S'adonna surtout à la botanique. Pendant longtemps il entretient des relations d am.t.e avec Gui Patin; mais ils se brouillèrent au sujet de 1 cmet.que. A la suite d-un accident causé par une trop forte dose de ce nudicament, Gui Patin voulait poursuivre Pimprudent médecin devant la Facilite, mais Cornuty mourut avant. Il avait puljlic louvra-e suivant: « Canadensium Plantamm aliarwnqae nondam editarum Hisioria- cui adjecit a calcem Enchiridion botanicum parisiense, qux m pagis, silius, gratis et montosis juxla Parisios locis nascuntur. » P.vRis, 163o.

pour le consoler, luy promit d'un opiate qui lui conserveroit sa harbc, ou en cas de nécessité, qui lui en feroit venir d'autre. M. Riolan, Tanatomiste, voyant cet opiate, me dit : hic et alibi vendiiiir piper. Ce Cornuty se mêle de leurrer aussy bien que beaucoup d'autres. Son père étoit de Lyon et a encore un frère jésuite.

Il y a icy un minime, frère Fredon, qui promet de guérir toute sorte de maladies, et surtout aime à traitter des femmes; mais il ne réussit ni à l'un ni à l'autre, car il est assez vieux et fort ignorant.

« Régis morbus est febris marasmodes , ex abscessu « prœgrandi in mesenterium cum diarrhœa serosa, bilio- « sa, saniosa et piiris excretione assidiia ; quibus acce- {( diint vomiiiis et alimenti et paris interdum. Lumbricos « etiam non exiguos per os ejecit: siibsiiltus fébriles et « rigores inordinati ssepe reciirrunt ; adeo ut nihil non « metuendam putem injortiinatissimo principi. Ideoqiie « tibi sint suspecta quseso, quœcumque veri nescia J'ama, « de ejus salute y.vi r.spi toù y.pv.î<7fio\j, ad aures vestras deferet. « Eâ ipsâhorâ, quâ scribo, pessimè habet ipsâ morbi maa gnitudine et multorum symptomatum synocho , penè « cœcus et «tws; factus facile mihi in animum induco a viscera ejus nutritia, prœsertim ventriculum et hepar « immedicabili «to^v. detineri, et quse vix ac ne vix quidem « ullo artis nos trœ prœsidio po test procurari ».

Il y a près de sa majesté six de nos médecins, sçavoir : M. Bouvard, premier médecin, M. Seguin, qui est à la Reine, M. Cousinot, qui est à M. le dauphin, M. Baralis, médecin par quartier, MM. de la Vigne, et Moreau, notre bon ami, qui y sont tous bien empêchés, outre deux autres médecins de cour. Je souhaiterois fort que Dieu leur inspirât de si bons remèdes qu'ils peussent le remettre en parfaite santé, tant à cause de lui et le bien de son royaume que pour l'honneur même de nostre profession. Quod tamen pêne y.wy.^yj esse censeo, vel humanse virtuti. Si Dieu faisoit quelquefois miracle pour les princes, je voudroys qu'il en fit un pour le Roy, qui nous est tant nécessaire ; mais c'est folie de souhaiter ; il sçait bien ce qu'il nous faut, combien que le plus souvent il ne nous

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l'envoyé point. C'est pourquoy, pratiquant ce précepte de Virgile, je diray avec la Sibylle :

Desine fata deûm Jlecii sperare precando.

Pour les deux traitez de Prévotius', j'en ai seulement ouï parler, et ne puis vous dire autre chose d'eux, sinon que leur autheur s'est acquis delà réputation, diim viveret. Je pense que ces deux pièces ne seront pas mal ensemble. Je voudrois bien que vous tinssiez déjà les Institutions de G. Hofmannus": j'ai fort bonne opinion de ce livre et encore meilleure opinion de l'autheur même : « qaem colo tanqiiam magnum sidas Germanise, imo forte (( iiniciim phœnicem, vel saliem principem omnium erudi- « torum quotquot sunl in Europa. Oninia legi etpcrlegi quse if scripsit, prxclara sane et laude digna : in Galeni, de (( usu' pariium ; de os s il) us ; de thorace ; de generatione « hominis ; de formarwn origine ; de ichoribus ; de usu « cerebri et lienis ; varias lectiones ; adversus Erastum et « comitem Montanum de morbis ; de locis affectis, etc. Sola « est palhologia quam non vidi. Est quidem vir magnus, « sed nimio laborat conlradicendi studio, Galeno prœser- « tim, viro incomparabili, et supra omnem laudem posito, (( nimia quoque cacoethia et maligno quodam livore, nimium « invehitur in nostrum Fernelium , cujus umbram non « assequitar quamvis omnes pêne recenliores supercilio « quodam pœdagogico valde despiciat. Fernelium ipsum « magnifacio, ut par est, non quod fuerit popularis meus (( aut medicus parisiensis, sed eum veneror iisdem de cau- « sis, propter quas etiam ab ipso Hofmanno coleretur, nisi « stgro animo esset ipse Ilo/mannus in Fernelium : qaem

1. Prevoliiis (Jean), en français Prévost, médecin suisse né à Dispcrg le 4- .juillet lo8o, mort à Padoue le 13 août 1631. Docteur de l'Université de Padoue en 1G07, il succéda à Alpini comme professeur de botanique et directeur du jardin botanique, en 1(517. Il laissa plusieurs ouvrages réimprimés plusieurs fois. On peut citer : « De remedionim materia ». Venise, 1011, in-12. « De Lithomia ». Ulm, 1628, in-40, « Medicina paaperum». Francfort, lO'tl, in-12,

■ 2. Cet ouvrage ne parut qu'en 164-0 : Inslilulionuin mcdicaram libri sex. LuGDUNi, 164-5, in-4°.

« ideo monitore pulo indigcre ut in posleruin saplal. quetn « aiite hœc sœpiiis délirasse constat; nullo meo iinquam (( indigebit patrocinio inimoiialis fatura Fernelii gloria « adversiis similes oblrectatores. Si qui tamen sinl in pos- « ternm, imo si Hofmanniis ipse monilus perscveret, ncc a (( convicio ahslineat in Fernelianos mânes, non deeriinl ex « schola nostra eximii et egregii patroni Ferneliœ doclri- « n;v, non solum rivales, sed etiani vindices acerrimi, qui, « omnium bonorum plausu, Hofmanno suam lepram et « pervicacem scabiem pulchre defricabunt . Si quid pecca- « vit Fernelius, hom.o fuit ; ubi tamen peccavit, ibi quoque « amplissimâ venià dignissimuni sese exhibuil ; hoc ultro (( fatentibus omnibus etiani oplimis et clegantissimis medi- « cis, quibus matellam prœstare nunquam dignus erit iste « Hofmannus ; quem tamen amo ex animo, semperque « colam, quamdià intra pellem suam manebit, et a Galeno, « Fernelioj aliisque eruditis scriptoribus, quorum laboribus (( féliciter fruimur, acutos ungues abslinebit. «

J'ay céans, il y a plus de six mois, le nouveau livre de J. F. j\ierenbergius\ que vous m'indiquez : ut et alla omnia quœ scripsit. C'est un Espagnol qui a fait mal à propos renchérir le papier, aussi bien que beaucoup d'autres ; tantôt il écrit superficiellement, comme quand il parle {unumsit exemplum pro jnulfis^^ in Historia sua naturœ^, page 389. de la poule et des œufs : tantôt fort obscurément, comme il a fait par tout : ejusmodi laboribus Jacile semper carebit respublica literaria. Il faut dire de lui ce qu'un ancien père de l'Eglise a dit autre fois de Perse, tenebricoso scriptore : Si non vis intelligi, debes negligi. Il semble avoir affecté cette obscurité, particulièrement en trois volumes in-S" que j'ai de lui. sravoir 1° de Adoratione in spi-

1. 'SierL'inhcTfx (Jean-Euxl'hr). en latin, Xicrcnliergerins, lliéolof,Men espagnol, appartenant à Torclre des Jésuites, ne à Madrid en 1593, mort en lGo8.

2. Historia nalurœ maxiina pcregrina lihri tV. Anvers, 1635, in-fol. fig.

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rilii et veritate ', 2^ de Arte', et 3° en son Theopolitlcus\ J'ai pareillement céans la Bihliotheca poniificia. Il est de grand travail, mais il y a là-dedans horriblement de fautes, que je n'ay remarquées qu'en passant, comme quand il dit que le cardinal d'Ossat a été maître des requestes ; quand il confond Philippe Mornay ' avec Philippe de Sainte-Aldegonde% et plusieurs autres, magmis erit quos numerare labor.

Je vous baise les mains, et suis,

Monsieur, " Yostre très humble serviteur, etc.

Pati> .

De Paris, ce 9 Mav 1643.

Edit. d'Amsterdam 171S.

— DE L.v IIave 1718.

— DE Pauis 1846.

1. De adnratione in spirilu et veritate libri IV. A>vers, 1G31.

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