En marge de la lettre
Bastille à M. du Tremblay', frère du père Joseph, capucin, et a este donné à M. de Saint Ange% maistre d'hoslel de la Heine. On a oslé la charge de surintendant des finances à M. Bouthilicr, et a esté donnée à MM. de Bailleul et d'Avaux ; ce premier estoit chancelier de la Reine et président au mortier ; ce second est frère du président de Mesmes ; il a esté, par cy-devant, ambassadeur à Venise, en Pologne et Suède, et depuis, à Hambourg, et qui est mesmes un des députez que la Reine envoyé pour traiter de la paix générale : c'est un excellent homme, plein d'honneur et de mérite. Tout le monde croioit icy que la Reine donneroit les seaux à M. le président de Bailleul, qu'elle aime fort, il y a longtemps : mais il y a apparence qu'il n'est pas resserve pour cela, puisqu'elle l'a fait estre surintendant; à cause de quoy, on croit icy que le chancelier qui bransle bien fort, sera un de ces premiers jours désappointé, et que les seaux seront rendus à M. de Chasteauneuf. qu'elle a tiré de prison d'Angoulesme, où il estoit, il y a dix ans passez. C'est un homme d'exécution, qui n'espargnera pas toute la séquelle et la troupe cardinalesque à laquelle les gens de bien espèrent que l'on fera bientost rendre gorge de tant dor et d'argent qu'ils ont pillé et YOLÉ per fas et ne/as , souhs la lyrannie de ce bourreau^ dont les poètes de ce temps faisoient rimer le nom àdemydieu. Ce n'est pas d'aujourd'huy qu'il est de ces flatteurs
1. De Bassompierre étant à la Bastille échangeait des confidences avec le gouverneur, du Tremblay. Celui-ci lui disait : Vous sortirez quand le Cardinal sera mort. — Et vous aussi, sans doute, repartit Bassompierre. — (Tallemant, Op. cit. T. 111, p. 43). Du Tremblay, Irère du P. Joseph, devait sa place, en effet, au crédit de celui-ci auprès de Richelieu et il y avait des présomptions pour qu'il la rendît après la mort du Cardinal. On voit que leurs prévisions réciproques se réalisèrent. Ils sortirent tous deux de la Bastille.
2. Charron (François), marquis de Saint-Ange, premier maître d'hôtel de la Reine Anne d'Autriche. 11 avait épousé la nièce de Servien.
'•i. Les éditions antérieures — y compris Re\eillc-Parise, l'éditeur de 18i() — ont modifié cette expression injurieuse, et ont écrit « de cet homme )), tandis que le manuscrit porte le mot « bourreau » ; de même sur l'original, les termes a pillé et volé » sont deux fois soulignés.
poélastrcs el tiinailleurs, qui pai' leurs llatterics gasteiit et corrompent les esprits de nos princes et de ceux f[ui nous gouvernent.- Vous en verrez une très belle renianjue dans l'histoire de M. leprésident de Thou, surla fin de Henri II, en ces mots : Nec inter postreina corruptl sseculi leslimonia recensebantar poetœ Galli, quorum proventii regnum Hen~ rici abundavU, qui ingenio suo abusl per fœdas adulationés ambiliosse feminœ blandiebantur, Juvenlule intérim corrupta, etc.
On dit que tous les princes sont en estât de traiter de la paix universelle horsmis l'Espagnol, qui n'y veut pas admettre les ambassadeurs du roi de Portugal, de qua contentione Deus ipse viderit. Nous avons une reine régente très libérale et qui ne refuse rien. On dit icy que depuis un mois, elle a donné la valeur de six millions. Je souhailte qu'il luy en prenne mieux qu'à la feu Reine-mère, laquelle, au commencement de sa régence, donna prodigieusement à tous les grands, la pluspart desquels l'abandonnèrent quand elle n'eut plus rien à leur fourrer. Elle a à faire à d'estranges gens, qui sont des courtisans. Uiinam bene illi cedat. et omnia ejus consilia sint fortunatissima et ex voto bonorum\
La Reine, en continuant son dessein, a pratiqué un proverbe grec, qui enseigne qu'il faut tuer les louveteaux après qu"on a tué les loups : Stultus qui, occiso pâtre, sinit vivere
1. C'était le moment où au début de sa Régence, dans Tenivrement de son pouvoir, Anne d'Autriche ne savait rien refuser aux courtisans avides, el où les finances et les grandes charges de l'État étaient au pillage, comme au temps de Marie de Médicis. La finesse de Patin ne pouvait manquer de signaler ce rapprochement. On colportait à la Cour les vers suivants :
La Reine doune tout, Monsieur joue tout, M. le Priucc preud tout, Le Cardinal fait tout.
Le Chancelier scelle tout.
qui peignent la faiblesse de la Reine, la passion pour le jeu du duc d'Orléans, l'avarice du prince de Condé et la constante obéissance de Seguier au pouvoir royal. Cf. Cheruel, op. cit.
libcros. Elle a osté la charge de sur-Intendant des finances, à M BoLitliilier, il y a plusieurs jours, et depuis deuxjours, elle a osté la charge de secrétaire d'EstatàM. de Chavigny, son fds '. On a aussy mandé' au sieur de la Meilleraye, grand maistre de l'artillerie, qu'il aye à venir en la cour. Je pense ([ue c'est pour luy oster le gouvernement de Bretagne^; il a outre cela de belles charges, et encore bien de l'argent caché, selon la doctrine de son cher prototype, qui ne faisoit la guerre et ne brouilloit tout que pour avoir de l'argent. Mais à propos de ce docteur à bonnet rouge, je veux vous faire part des vers latins qui me furent hier donnés sur sa mort :
Qui patribus populoque, et caniein rosit et ossa Qaàin incrito carnem rosns et ossa périt.
Je pense aussi que vous vous souvenez bien comme il revint de Tarascon à Paris dans une machine, avec laquelle, comme par le moyen d'un pont, il se faisoit entrée dans des maisons ' et comme on disoit aussi que
1. Chavigny n'avait pas attendu d'être relevé de ses fonctions. Dès que la disgrâce de son père avait été certaine, il s'était retiré et avait vendu sa charge de secrétaire d'État à Henri de Loménie de Brienne. Mazarin le fit cependant rentrer au Conseil comme secrétaire d'Etat, au mois de septembre 16i3.