‹ Lettres de Gui Patin, 1630-1672Chapitre 111 sur 260 · LETTRE LXXXIX · texte numérisé non relu

LETTRE LXXXIX

A MOSIEUR BeLIN, DOCTEiR EN MÉDECINE, A TrOYES.

Je viens d'apprendre la mort delà pauvre Madame Langlois, dont je suis bien marry, je luy souhaitte plus de repos en l'autre vie qu'elle ne s'en est donné en celle-cy, et comme je croy qu'elle aura. Je pense qu'elle est cause de sa perte, par l'inquiétude de son esprit. Pour ce que je l'ay véiie icy, je vous prie de n'en point parler; elle ne me doibt rien ; il n'a tenu qu'à moy de prendre de son argent, puisqu'elle a eu le soin de m'en envoyer, je voudrois que pour plus grande somme la pauvre femme fut au monde, et à son aise, car elle avoit trois pièces bien engagées, sçavoir : son foye, son poumon et sa teste.

Thionville est assiégée, mais la prise en est fort incertaine. Chose certaine que le P. Caussin ' est de retour, je le scay d'homme qui l'a veu, et qui a parlé à luy. La bibliothèque de M. de Cordes n'est guères propre à un médecin, car c'est de son mestier dont il y a le moins de livres. J'ay veu M. vostre fils ; je vous conseille, sauf néantmoins vostre meilleur advis, de le faire médecin ; c'est à quoy il est le plus propre, et j'espère qu'il y réussira. Vous

1. Cet ancien confesseur de Louis \1II, jésuite crudil et austère qui avait été disgracié par Riclielieu (Cf. sa note : Lettre du 3 janvier 1638) ne put, en effet, rentrer à Paris qu'après la mort du cardinal. 11 publia une nouvelle édition de la Cour .Sainte et mourut le 2 j\iillet 1651, Cf. Sommervogel II. Coll. 'M-2-<J27,

A BELÎN 311

jugerez vous-mesme de sa disposition, quand vous le verrez ces vaccances.

Je vous baise très humblement les mains, et suis,

Monsieur, Vostre très humble et très obéissant serviteur.

Patin .

De Paris, ce 12 de Juillet 1643.

Il n'y a icy rien de nouveau, sinon que M. de Nemours' a espousé mademoiselle de Vendosme % laquelle a six ans plus que luy. M. de Guise est icy de retour '; rien autre chose, mais, plura imminent.

Je baise les mains à Madame Belin, et à MM. vos frères, avec vostre permission.

Edit de Rotterdam 1695.

iD. 1725.

— Paris 1846.

1. Nemours {Charles- Amédée de Savoie, duc de), fils de Henri de Savoie, duc de Nemours, et de Anne de Lorraine, fille du duc d'Aumale. Né en avril 1021, il n'avait, en effet, qvie dix-neuf ans lorsqu'il épousa Elisabeth de Vendôme, sœur du duc de Beaufort. 11 fut tué en duel par celui-ci, le 30 juillet IG.'iâ. Une de ses filles devint reine de Portugal et l'autre duchesse de Savoie.

2. Vendôme {Elisabeth de) née du mariage de César, duc de Vendôme, fils naturel de Henri IV, et de Gabrielle d'Eslrécs avec Françoise de Lorraine, duchesse de Mercœur. Elle mourut le 19 mai 1G64-.

3. Le duc de Guise, qui avait pris part à la révolte du comte de Soissons, avait été condamné à mort par le Parlement. Il avait vécu à l'étranger jusqu'à celte année 1043, qui fut si favorable aux exilés du règne précédent. Cf, sa note : Lettre du ;> mars 1G36,

Edit. d'Amsterdam 171S PAGES 28-31.

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