LETTRE XC
A Monsieur Spon, docteur en médecine, rue de
LA PoULAILLERIE, A LyON.
Je vous envoyé deux livres pour l'Université, ensuite de V Apologie, que m'avez mandé avoir autrefois veueà Lyon ' ; ces deux derniers sont excellens, et de la même main que le premier, qui est de M. G. Hermant, etc., âgé de vingtsix ans, qiiem hic oinnes miranlnr et snspiciunt. Les plus sçavants de deçà admirent l'esprit de ce personnage, et même l'évêque de Belley, qui est inihi amicissimus ^ ne le peut assez louer '; j'espère que vous y prendrez plus de plaisir qu'aux kirielles de M. du VaP.
Il n'y a rien de nouveau à la Cour, que M. de Nemours, âgé de dix-neuf ans, a épousé Mademoiselle de Vendosme, qui en a plus de vingt cinq ; que Thionville est assiégée
1. Ces ouvrages étaient des répliques aux réponses qu'avaient faites les Jésuites aux u Observations importantes » publiées par G. Hermant. — Première apologie pour l'Université de Paris. — Deuxième apologie pour l'Université de Paris. — Troisième apologie ou réponse de l'Université de Paris à l'apologie pour les Jésuites, 16^i3.
2. Camus (Jean-Pierre), évoque de Belley, né li^ 3 novembre 1582, mort à l'hôpital des Incurables le 26 avril t6o3. Célèbre par sa liaison avec saint François de Sales, par son immense charité, sa piété, son désintéressement, sa profonde originalité et aussi par ses polémiques avec les ordres mendiants qu'il poursuivit de ses sar casmes. Cet infatigable prélat a laissé plus de deux cents volumes.
3. Alkision à l'ouvrage de du Val sur les Sanctis medicis et sans doute, aussi, aux litanies de la Sainte Vierge et des saints et des saintes ayant exercé la médecine, qu'il avait prescrit de réciter pendant son décanat.
et pressée par le duc dAnguien; et que M. de Guise est ici arrivé depuis trois jours, que l'on dit être marié*; qu'il y a bien du trouble en Angleterre, et que tous les princes d'Italie ont fait des protestations contre le pape, etc. Sapvit tolo Mars impius orbe. C'est le levain et la graine du Cardinal de Richelieu. On n'a pas encor ôté les seaux à M. le Chancelier : adhuc pendet diihius, sed nescio quandiu pendebit. M. de Bassompierre dit que Madame la chancelière est une femme bienheureuse, qu'il y a plus de six semaines que son mary branle, qui ncantmoins ne s'en lasse pas.
Depuis ce que dessus, j'ai receu votre belle lettre du 7 de ce mois, de quà in iinivcrsum gralias ago . C'est donc un chirurgien à qui j'ai donné vostre petit pacquet, qui n'est gucres gros ; je tâcheray d'en faire un meilleur une autre fois.
Nunc te nmrnioreum prp tempore fecinuis : at tu Si fœlura gregern suppleverit aureus esta.
Pour le livre du chanoine deMontpelier, il est bien chez celui qui l'a imprimé. Cet auteur s'est tard avisé ; il ressemble au président Gramond, de ïoulose. Ces Gascons orientaux ne sont pas assez fins; ils font provision de marée le vendredi-saint. Si ce Gariel s'appelle Pierre', il peut être [le] chanoine de Saint-Pierre à Montpelier, qui fait espérer aux curieux, il y a longtemps^ un livre des évêques de Montpelier, où il promet d'instruire le public d'un excellent évêque qui y vivoit, il y a 80 ans, nommé Giiillelmus Peliceriiis \ qui a été un homme incompara-
1. Il avait épousé à Bruxelles, le 11 novembre 1641, Honorine de Gllmes, fille de Geoffroy, comte de Grimberl et veuve de A Ibert Maximilien de Hennin, comte de Bossut.
2. C'était, en effet, Pierre Gariel, chanoine et liis(orien,né à Montpellier à la fin du seizième siècle, mort dans cette ville en 1670. Son livre fut publié sous le titre : « Séries episcoporum Magnlonensium et Montispeliensiiuiï, ab anno liât ad aimuni iOô'2 » ; Toulouse, 1652-1663, in-fol.
3. Pelicierus {Gudhelmus) — Guillaume Pellicier, — évèque de Montpellier. Se démit de son siège en lo27, on faveur de son neveu qui s'appelait comme lui Guillaume Pellicier et mourut en lo29.
ble en sçavoir, qui résigna son évêché à son neveu, quique, purioràm religionem amplexus^ fit un petit mariage de conscience avec une femme, de laquelle il eut plusieurs enfans, auxquels tous il avoit soin de faire donner de beaux et illustres noms, comme Phasbus, Hyacmtlie, Diane, Minerve, etc. Vous verrez son éloge in illustribus sancti Marthnni. C'est lui que M. de Thou. Hist. tome premier, fait auteur du livre. Histoire des Poissons, auquel Rondelet n'a prêté que son nom. 11 avoit été ambassadeur pour le Roi à Venise, du temps de François I«^ Si un malheureux apothicaire ne l'eut tué d'un qui pro f[uo', il nous eust donné un beau Pline, in quo eliicidando. il avoit travaillé longtemps avec de bons manuscrits qu'il avoit apportés de Venise ". Tous ses livres et ses écrits étoient dans la bibliothèque du Cardinal de Joyeuse ^ qui à peine sceut-il jamais lire et écrire. Depuis sa mort, tout a été dévolu aux jésuites, qui en feront leur profit quelque jour, et qui sont trop fins pour s'en' vanter *. Il y avoit, entre'autres, six grands Plines, tous annotez. Ce M. chanoine feroit bien mieux de louer dignement ce grand homme,
1. « Qnid pro qund », au IG*" siècle. « // y aura de terribles (juid pro quod ». (Calvin-. Instit. 492.) Cf. Littrc.
2. Pcllicier {Guillaume), né vers 1490 à Mauguio, près de Montpellier, mnrt au château de Montferrand, en ce diocèse, le 2o janvier 1S68. Neveu de Guillelmus Pellicerus, évêque de Montpellier, qui se démit de son siège en sa faveur. Prélat érudit et diplomate habile, il reçut de Franrois I" plusieurs importantes missions. Son orthodoxie et ses mœurs furent incriminées et il fut enfermé dans le château de Beaucaire, d'où il ne sortit que sur les instances du clergé de Narbonne. Si, comme le dit de Thou, Guillaume Pellicier n'a pas écrit lui-même l'histoire des poissons de Rondelet : « Piscibus mnrinis lihri XVIII, in quibus verse piscium imagines expressœ sunt ». LuGU>"Di, 1654, il l'aida du moins beaucoup, dans la composition de cet ouvrage. Pellicier mourut empoisonné par un pharmacien qui lui fil prendre des pilules do coloquinte.
3. François, duc de Joyeuse, fils de Guillaume II, vicomte de Joyeuse, Maréchal de France, et de ^larie de liartanay, fille du comte de Bouchage, né le 24 juin 1362, archevêque de Narbonne en 1582, Cardinal en 1383. Fait archevêque de Toulouse puis archevêque de Rouen en 1604. Mourut doyen des cardinaux à Avignon, le 27 août 1613. à rùge de 53 ans.
4. Moreri dit aussi que ses manuscrits sur Pline restèrent dans la bibliolhè([ue des Jésuites de Paris.
que de s'amuser à louer le cardinal ; mais Dieu soil loué, il est en plomb. On dit icy que M. de Noyers revient en grâce et à la cour, mullis prœsianlior iinus, tclqu'étoit le médecin d'Homère '.
Je vous baise les mains, et suis,
Monsieur, Votre très humble et très obéissant serviteur.
Patin
De Paris, ce 14 Juillet 1643.
Edit. d'Amsterdam 1718.
— DE La Haye 1718.
— DE Paris 1846.
1. Partisan déclaré des droits de la Reine, Sublet de Noyers qui avait protesté contre l'acte de la déclaration qui limitait son pouvoir, n'avait pas été appelé, pour ce motif, à faire partie du conseil de régence et avait quitté la Cour; l'opinion et sans doute lui-même pensaient qu'après un témoignage aussi éclatant de fidélité et de dévouement, il serait rappelé par la Reine. C'est ce sentiment qu'interprète Patin. Il se trompait. Anne d'Autriche oublia ce vieux serviteur de l'Etat qui ne parut plus à la Cour. Voir ce que dit Michelet à son sujet. Il l'appelle « un sot fieffé, dangereux et haineux ", et l'accuse d'avoir fait détruire, « par un sentiment de pudeur », u la Léda B de Michel Ange du Palais de Fontainebleau. Bazin le qualifie (( d'ambitieux et dévot ».
Mss. 9358, FOL. 81.
LETTRE XCI A MoissiEUR Belin, docteur en médecine, a Troyes.
Monsieur,
Je ne vous le diray plus qu'une fois ; je ne souhaitte ny n'attends rien pour avoir traité feu madame Langlois, ny M. vostre frère. Je me contente de vostre amitié et de vos bonnes grâces, lesquelles, jusques icy m'ont bien obligé à davantage, en quoy je n'ay manqué que de pouvoir ou d'occasion, et jamais de bonne volonté. Si M. vostre fils veut tout de bon embrasser la médecine, j'espère qu'il y réussira. Dieu luy en face la grâce ; j'y feray ce que je pourray de mon costé, et s'il me croit, comme j'espère qu'il fera, je tascheray de contribuer afin qu'il s'en retourne d'icy chargé de bonnes despouilles ; j'y tiendray la main, si j'y suis, afin qu'il ne perde pas son temps et tascheray de le mettre dans un bon chemin s'il me veut croire. Quand vous prendrez la peine de luy escrire, exhortez-le qu'il me vienne voir souvent, je feray de mon costé afin que ces petits voyages ne luy soient point tout à fait infructueux.
Il n'y a rien icy de nouveau, sinon que la mort du pauvre marquis de Gèvres' devant Thionville, avec les
1. Gesvres {Louis Potior, marqui.s de). Maréchal de France, fils de René Potier, duc de Trèmes, pair de France et de Marie de Luxembourg, né en 1610, mort en l(ji3, au siège de Thionville où il se couvrit de gloire. 11 ne reçut pas moins de quarante et une blessures et fut lue par les éclats d'une niiiic,
blessures de MM. Gassion ' et Dandelot", mais on dit que la ville sera bientost à nous, et que les Espagnols ne la sçauroient secourir à temps. In republica lltlerarla • nihil novi: on achève icy les Opuscules de feu M. de Baillou, qui sont des traitez de Calculo adversiis Ferneliiim ; de rheumatismo ; de sedlmenlo iirlnariim, etc. On ne parle icy que de harangues funèbres, qui ne sont la pluspart que flatteries et impertinences. In hoc posila est infelicitas nostra, qu'il faut que nous soions toujours gouvernés par quelque près tre, ou moine ou estranger. M. le cardinal Mazarin est icy le grand des grands, et a près de la Reyne plus de crédit que pas un'. Combien, il pourra durer, je n'en sçay rien : metas nec tempora pono, car il y a icy beaucoup de gens qui disent qu'il veut imiter le marquis d'Ancre' : mais pour moy, je me contente du présent, non est nostriun scire momenla neque tempora. Le pape a fait quinze nouveaux cardinaux italiens, où il confisque des charges pour cincq cent mil escus, qui seront
1. Gassion avait élc grièvement blessé. Il fui nommé maréchal de France après la reddition de Tliionville. Cf. sa note : Lettre du 5 décembre 15il.
2. Coligny (Gaspard de), duc de Ctiatillon, marquis d'Andelot, pelit-fils de l'amiral ; fds de Gaspard de Coligny, marcclial de France, connu sous le nom du maréchal de Chatillon, et d'Anne de Polignac. Il était lieutenant général des armées et mourut en 16i'.).
3. Jules Mazarin, dont l'autorité s'affirmait de plus en plus dans les conseils de la Reine, était né à Pescina (Abruzzes) le 14- juillet 1602. Capitaine dans l'armée papale en 1622, entré dans l'état ecclésiastique en 1632, venu en France en 1634 il est remarqué par Richelieu qui l'emploie à des missions difficiles, le fait naturaliser Français en 1639 et obtient pour lui le chapeau de Cardinal en 1641. Fut i^remier ministre de Louis XIII et de Louis XIY depuis 1643, jusqu'à sa mort, survenue le 9 mars 1661, à Vincennes. Il avait un frère et trois sœurs. Le premier, Michel Mazarin, fut cardinal-archevêque d'Aix et moiu-ut à Rome en 1648. Sa sœur aînée épovisa un gentilhomme romain Martinozzi et en eut deux filles : l'une mariée au duc de Modène, la seconde à Armand de Bourbon, prince de Conti. La seconde épousa Michel Mancini et eut trois fils et cinq filles. Les deux premiers moururent jeunes, le troisième fut le duc de Nevers. Les cinq filles furent: la duchesse de Mercœur, la comtesse de Soissons, la connétable Colonna, la duchesse Mazarin, et la duchesse de Bouillon.
4. Concini, marquis d'Ancre, gouverneur de la Normandie et maréchal de France. Tué, avec l'assentiment du roi, par Vitry, dans la cour du Lou\re, le 24 avril 1617.
318 LETTRES DE GLI PATlN
employez à faire la guerre au duc de Parme ; la pluspart de ces nouveaux élus estoientde ses valets et ses domestiques; et les voilà aujourd'huy Romani proceres, rerum domini : ou plustost, comme dit Scaligeren ses Epistres : unâ Vaticanâ pluvià tanqaam fnngi natl. On a icy imprimé, et se vend publiquement en deux volumes in-8°, le recueil des pièces de Saint-Germain contre la défunte Emiuence ; on l'a aussi imprimé à Rouen in-i" ; nous l'aurons dans huit jours.
Je vous baise très humblement les mains, à Madame Belin et à MM. vos frères, et suis,
Monsieur, Vostre très humble et très obéissant serviteur.
Patin.
De Paris, ce 12 d'Aoust 16i3.
Edit. de Rotterdam 1695.
— iD. 1725.
— Paris 1S16.
Mss. 9358, FOL. 82.
LEïTUE XCII A Monsieur Belin, docteur es médecine, a Troyes.
Monsieur,
Je viens de trouver une des vostres, escripte il y a neuf mois, à laquelle je ne pense pas avoir fait responce ; cette seconde vous en servira, puisqu'ainsi est qu'elle n'a pas esté tout-à-fait perdue. Pour le Capucin que vous y demandiez ; je croys que lavez leçeu. Pour le gazettier, jamais son nez ne fut accommodé comme je luy accornmoday, le 14 d'aoust de l'an passé, aux requestes de l'hostel en présence de quatre mil personnes. Ce qui m'en fasche, c'est que habet frontem meretricis, nescit erubescere. On n'a jamais veu une application si heureuse que celle de S. Hierosme, — epistola 100 ad Bonosiim\ — contre ce iiebalo et blatero : car, voilà les deux mots dont il me fit procez, qui est néantmoins une qualité qu'il s'est acquise par arrest solennellement donné en l'audience. Je n'avois rien escript démon plaidoyé, etparlay, sur-le-champ, par cœur près de sept quart d'heures : j'avois, depuis, commencé à leresduire par escript, mais tant d'autres empeschements me sont intervenus que j'ay esté obligé de l'abandonner ; je n'en ay que trois pages d'escriptes, et il y en aura plus de quinze \
1. Patin a écrit Bonasiuni. Mais c'est Bonosum, d'après l'épitrc dO saint Jérôme. (Patrologie latine de Migiie. T. 22. P. 4-75; Epistola 40.)
2. L'histoire est des plus connues et se trouve dans tous les ouvrages et dans toutes les notices consacrées à Patin. Je ne puis cependant me dispenser de la rappeler ici. La situation s'était aggravée entre la
Pour l'épistre qui est au commencement du Sennerlus, je vous en cnvoverai à part ; je l'av fait imprimer in-quarto pour en donner à une infinité de gens qui m'en demandoient. Le bonhomme de Bourbon m"a aussi régalé de six vers sur ce subjct, dont je vous feray part.
M. Naudé a fait imprimer icy, il y a environ quinze ans, un livret intitulé : Advis pour dresser une bibliothèque, et rien plus. Il est, aujourd'huy, bibliothéquaire du Mazarin, qui a acheplé vingt deux mil livres la bibliothèque de M. des Cordes, qui se monstre à ceux qui la veulent voir '. Pour les lentilles, ad promovemlam eruplio-
Facullé et Renaudot. Les consultations cliaritables prenaient tous les jours un plus grand développement. Quinze docteurs de ^lontpellier auxquels la Faculté contestait, en vertu d'une ordonnance de Blois 1479, le droit d'exercer à Paris, assistaient Renaudot et ses fils dans les consultations de la rue de la Calandre. La Faculté frémissante, contenue par Richelieu et ne pou\ant faire fermer le bureau d'adresses, en était réduite, comme on l'a \\\ {note de la lettre du 15 mai 16Ui), à une guerre de pamphlets. Cependant Renaudot, poussé à bout par les violentes attaques de Patin dans la préface des 4 Opéra omnia » de Sennert, commit rimprudcnce d'attaquer lui-même son redoutable adversaire. L'affaire fut portée devant le maître des requêtes, Aubry. Patin s'en lira par une petite lâcheté que l'histoire lui reproche justement. 11 déclara que les termes injurieux de nebulo et de blalero dont il s'était servi ne visaient pas Renaudot^ mais Guy de la Brosse, le médecin de Louis XIII, fondateur « du Jardin du Roi », qui avait outragé la Faculté dans son ouvrage de Plantis, et les parties furent renvoyées dos à dos. Mais Renaudot ne se tint pas pour battu. Guy delà Brosse étant mort, il fut trouver sa sœur, l'intéressa à son procès et poursuivit cette fois Gui Patin devant les Juges de requêtes de l'Hôtel. Notre auteur se défendit luimême, parlant d'abondance pendant cinq heures d'horloge avec une éloquence, une érudition et un esprit qui émerveillèrent ses juges. Ceux-ci le mirent hors de cause. En sortant de l'audience, il rencontra le malheureux Renaudot : « Monsieur, lui dit l'implacable railleur en l'abordant, vous pouvez vous consoler, car vous avez gagné en perdant. — Comment donc ? répondit le gazetier ! — C'est que vous étiez camus lorsque vous êtes entré et que vous en sortez avec un pied de nez ». — Les registres de l'Ecole contiennent une analyse de cettecélèbre audience du 14 août lGi-2, qui a été rédigée par Guillaume du Val, alors doyen de la Faculté. T. \lll, fol. Itl et suiv.
1. Gabriel Naudé pul)lia aussi le catalogue de celle bibliollièMpie. à la suite de l'Eloge de Cordes : « Joannis Cordesii eccleslee Lemovirensis Canonici clogium. — Bibliothecœ Cordesiants Catrilogus, 1G4-3. in-4".
iiein varlolariim, je leur baise les mains, comme aussi à tous les modernes qui l'ont escript; je ne croy pas mesme que le gayac soit sudorifique, à proprement parler, veu qu'il ne fait pas suer qu'autant que l'on couvre fort et que l'on chauffe les malades. Syj'ay jamais du loisir, je renverray ces diffîcultez au traité que j'en ay commencé, mais il n'est guère avancé.
Je vous baise très humblement les mains et suis,
Monsieur, Vostre très obéissant et très affectionné serviteur,
Patin .
De Paris, ce 12 d'Aoust 1643.
Kdit. de Rotti'Rdam 1695.
- iD. 172-1.
— Paris 1846.
Edit. d'Amsterdam 1718 PAGES 31-32.
LETTRE XCIll
A Monsieur Spon, docteur en médecine, rue de LA Poulaillerie, A Lton.
Monsieur,
Le petit pacquet qu'avez reçeu ne mérite pas vos remerciemens, je suis bien marri qu'il ne vaut mieux. Des Considérations sur la Sagesse de Charron, le vrai autheur, qui n'aime pas d'être connu, est M. P. Chanet, médecin de la Rochelle. J'ai eu le livre manuscrit entre mes mains fort longtemps pour en avoir le privilège. Les imprimeurs au lieu de P. C. (pii seroit Pierre Chanet, ont failli, en mettant P. G. 11 est âgé d'environ quarante ans ; il est fort sçavant, sanguin, mélancholique, qui a fort voyagé ; il est fils d'un ministre de Marans, qui est encore vivant. 11 est de la religion de son père, qui médite autre chose; il est ici fort loué ; on dit qu'il escrit presque aussi bien que Balzac'.
On a mis ici au jour deux petits livrets, qui sont rares et prétieux en leur sorte, dont l'un est la Rome ridicule, du sieur de Saint-Amant", et l'autre est Clarissiniorum viro-
1. L'impression de cet ouvrage était due aux soins de Patin qui nous dit qu'il en garda longtemps le manuscrit. {Voir sa lettre à Spon du 19 juin précédent). 11 fait remarquer lui-même que les imprimeurs se sont trompés en mettant P. G. D en M. pour P. CD. en M. (Pierre Chanet, docteur en médecine). Voir sur Ctianel la lettre à Spon du 3 mars 1656, dans laquelle Patin parle de sa mort. — Pierre Chanet était un médecin, philosophe et écrivain, fixé à La Rochelle. Dans son livre sur « la Sagesse de Charron » il attaqua l'auteur et son maître Montaigne et s'attira une vive réplique de Sorbicres (V. sa biographie dans Arccre : lliMoire de La Rochelle.)
2. Saint-Amant (Marc-Antoine (îérard, sieur de), poète né à Rouen on lo9i, admis à l'Académie française en 1634, mort en 1661. Ses pièces
runi Anlonii, et Loiselloriim patris acfilii vita'. Le cardinal de Richelieu est étrangement sanglé dans ce petit livre. L'un étoit advocat en parlement, et l'autre étoit conseiller de la grande chambre. On fait ici plusieurs harangues funèbres, mais tout cela est indigne de vous. Quand je vois ce galimatias si laudatif de diverses personnes mortes, je me souviens de ce beau passage de saint Augustin : Cruciantiir uhi sunt, laadantur iibi non sunt. Les livres qui furent faits l'an 1606 et l'an 1607 contre le pape Paul V pour la défense des Vénitiens ont fait plus de tort à la papauté que les armes des Vénitiens n'eussent pu y faire, si notre grand roy Henry IV ne s'en fût heureusement mêlé et n'en eut fait faire l'accord par son autorité. Voyez ce qu'en dit Barclay" en son Enphormion, parte 2 .'
Je ne puis attendre de nos imprimeurs rien de bon. Sant enim mera aiicapia ci'iinienarum, et impiiri lacriones, solo rdpiibllcse literariœ inconimodo natl. Les bons
de poésie sont médiocres. « La Rome ridicule » est une des moins mauvaises. Comme il récitait très bien ses vers, Combaud composa sur lui cet épigramme :
Tes vers sont beaux quand tu les dis.
Mais ce n'est rien quand je les lis.
Tu ne peux pas toujours en dire ; Fais donc que je puisse les lire.
1. Clarissiinoruni viroruin Anlonii et Loiselloruin patris ac filii. vita. Ce « petit livret » contient les biographies d'Antoine et de Charles Loisel. Loisel (/l/i/ome), jurisconsulte et écrivain, né à Bcauvais en lo36, mort le 28 avril 1G17. On a de lui: Institates coutuini'eres, ou manuel de diverses et plusieurs règles, sentences et proverbes du droit coutuinier et le plus ordinaire de France. Paris, 1607, I606. — Son fils Charles, conseiller de la grande chambre, vivait au commencement du x\ii» siècle et est moins connu. Il a écrit : Trésor de l'histoire générale de notre temps, depuis 1010, jusqu'à l(]-28. Paris, 163G, in-8°.