Lettue datée du 20 février dans l'édit. de Paris 18i
Edit. d'Amsterdam 1~18, PAGEJ 5S-68.
LETTRE cm
A Monsieur Spox, docteur en médecine, a Lion.
Monsieur,
J'ay peur que vous ne vous mocquiez de moy, quand vous me dites que mes leltrcs sont pleines de termes obligeans. 11 est vrai que je ne manque pas de bonne volonté j'en suis tout plein ; mais en récompense, je n'ai guère de rhétorique, je dis les choses grossièrement et comme je les enteods, à la mode des soldats de Pompée, qui scapham vocabant scapham. Pour ma thèse, elle ne mérite pas toutes vos louanges, lesquelles j "attribue à votre bonne volonté, et amorl in me luo . Pour les points éclaircis, Dieu soit loué si vous en êtes content ; mais je veux croire que vous les sçaviez mieux que moy.
DepapuUs, modo crltice, modo symptomatlcè erumpentibus, idem leciim sentio. dum praviim... victum variolarum caiisis annamero, ncc ipsum aerem exchido, sed longe minus potentem agnosco. Je tiens la bouillie pour mauvais aliment, tant à cause de la farine, qui n'est pas souvent assez bonne, qu'à cause du lait de vache, qui n'approche que de loin de la bonté de celui de la mammelle, qui est tiré tout frais, tout nouveau, tout chaud et tout spiritueux par l'enfant, au lieu que celuy de vache est extrêmement foible en comparaison ; joint que c'est un aliment visqueux, grossier, qui fait de la colle dans l'estomach d'un enfant, et force obstruction dans son ventre. Les anciens Grecs n'ont pas connu la petite vérole. Hoc habeo indubidaliim Clique certissimum . Aussi les enfans ne mangeaientils pas de bouillie de leur temps : Etsola mamma uteban-
tur . Jacohiis de Partihiis, qui vivoit, il y a cent quatre vingts ans, a écrit que les femmes de son tems péchoient fort en léducation de leurs cnfans, pour la bouillie qu'elles leur faisoient prendre, faite de lait de vache et de farine, et reprend cette erreur comme toute nouvelle, et qui n'étoit pas en vogue du temps des anciens qui ne l'eussent jamais approuvée '. Galien a véritablement parlé de la bouillie ; mais il ne paroît pas que les enfans en ayant usé de son temps. Ipsa quoquepulticula constiluit diinilaxat partem victiis legis ipsonun infantiiloriim ; ciim qua licet inlerduin sufficienilssima, et alla plernque errata interdam conciirrunt. Tous les bons auteurs qui n'ont pas été médecins, et qui ont parlé de la nourriture des enfans, tels qu'ont été Aristote, Platon, Plutarque, Senèque, Aulu-Gellius, Erasme et tant d'autres, nusqiiàm piilticiilse memineriint , quasi novissent autattigissent, aut damnassent. Il vaudroit beaucoup mieux accoutumer les enfans à prendre du bouillon avec la cuiller ou humer petit à petit, y ajoutant quelque mie de pain à mesure qu'ils croistroient, que de les réduire à ce grossier et visqueux aliment dont les nourrices de deçà crèvent leurs enfans, et durant qu'ils sont à la mamelle, et après qu'ils sont sevrez. Mes
1. « ExposHio super capituUs, videlicet de regimine ejus quod comediliir et bibitur et regiinen aqiiœ et vint ». Venetiis,1o18, in-fol. — De Partibus [Jacobas] — Despars (Jacques) — , né à Tournay, a ers 1380, mort en 1438. Docteur de la Faculté de Paris en 1410. Fut chanoine de Tournay, et chancelier de l'Église de Paris, ce qui ne l'empêchait pas d'être médecin de Charles VU et de Philippe, duc de Bourgog-ne. L'École de médecine de la rue de la Bucherie qui subsista jusqu'à la Révolution fut due, en partie, à ses libéralités. Au xiv^ siècle, l'Ecole de médecine occupait rue du Fouarre un local en commun avec la Faculté des arts. Elle se mit chez elle en 13G9 et acheta une petite maison sise rue de la Bucherie, à l'angle de cette rue et de la rue des Rats (devenue, en 18â0, rue de l'Hôtel Colbert). Mais ce local fut vite insuffisant et le 26 novembre 1454, Jacques Despars offrit à la Faculté pour l'agrandir trois cents écus d'or, sa bibliothèque et même des meubles. « Offerebat 300 scuta aurea, magnam partem suorum librorum et plura ustensiiia ». Synopsis rerum meinorabiliain, f° W. — L'agrandissement projeté ne put avoir lieu qu'à partir des années 1472 et 1475 par l'acquisition de deux vieilles maisons de la rue de la Bucherie.
cinq petits garçons n'ont point mangé de bouillie et n'ont été que peu ou point du tout attaquez de ce mal, et je n'en vois point de plus mal traitez en cela que ceux qu'on rapporte ici, qui ont été nourris aux champs, où les nourrices leur en fourrent jusques à la gorge ; aussi leurs véroles sont elles cruelles et horribles, et la plupart mortelles. Pour ceux qui n'ont pas mangé de bouillie, et qui ont beaucoup de petite vérole, elle leur est venue de quelque autre cause, comme il y en a dix mille. Il y a de malheureuses femmes qui donnent du vin à leurs enfans encore tout petits ou de la soupe au vin : in quo mihi peccare videntar gravissimè ; joiuct que vix uUus est hominum in cujiis educatione muUis eliani niodis non deliquerint ipsse nialres et ancillse diversis etiam infantiœ monienlis alque temporibas. Les nourrices ne font jamais la bouillie assez claire, et ne la peuvent faire à cause de la farine : tantilliwi salis nil quideni oberit neqiie tantillam sacchari, sed ad saporem iantiun. Le sel ne peut ni doit y être mis qu'en petite quantité ; pour le sucre, si on y en met trop, il tire quant à soi merveilleuse conséquence, et toujours mauvaise, à cause d'une chaleur fixe qu'il contient, hepati et intesLinis ininiicam. J'avoue bien qu'étant fort bien faite, elle nuit moins; mais à tout prendre, omnia reducta ratione, elle n'est pas assez pour la tendresse d'un enfant auquel un tetin doit suffire, jusques à ce qu'il soit capable de bouillons et d'œufs frais. Oiiod spécial ad Avicenam, parvi facio homineni. Il n'a guère rien dit de bon qu'il n'ait pris aux Grecs, mais il a bien dit des choses frivoles et nous a gâté la médecine par ses fatras de remèdes. Quand on me parle de lui, idem fere senlio ciun qaodam Halo, qui scripsit Avicenam potias esse carnificem qaam medicam. Son opinion de ne saigner les malades que quand lés signes de coction apparoissent, seroit un bel échantillon de sa preuve que J. Fernel a réfutée, lib. 2 meth. med. cap. 15. Nous ne sçavons ce que c'est que cet auteur ni son livre, si la traduction en est bonne ou non, s'il a été médecin consommé dans la pratique (ce qui ne paroît pas), ou plutôt s'il a été jeune homme sçavant qui ait traduit cette médecine en arabe du latin d'Isidoriis Ilispa
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lensis, comme lont écrit les Espagnols; at ut sit, il y a des plus de vingt ans, qu'un des grands hommes que j"ai connu jamais, m'a détrompé de cet arabe, in quo non nego esse quœdain hona, sed pauca. Je n'ay pas de temps à lire un si mauvais livre.
Je croi que l'ébullition de la masse du sang est un pur effet de la pourriture qui y est, sans s'amuser à la qualité de la cause d'icelle. Voilà ce que je vous puis dire sur tous ces sujets ; qaod, spero, œqui bonique consules. si vous daignez prendre la peine d'aider un peu à la lettre et à ma foiblesse, et peut-être aussi à la difficulté qui m'est naturelle comme à beaucoup d'autres, de pénétrer jusque dans le dernier point de la vérité en toutes ces choses, où les apparences et les conjectures tiennent bien souvent lieu de vérité et de preuves certaines. Pour le mot d'egelidiun, non nego esse œqaivocani^ et interdum, quamvis rarlas, slgnificarc frigidam, sœpias tanien tepidum slgnificat.
Quant aux cardiaques ca sola propic roborant cor, qaœ ad illad perveniunt ; atqui soïl sp'iriius et sanguis ad cor perveniunt; ergo. qiiid enini conjectioni decocto baphico? cum corde? Habet itlud medicamentani vaporeni et odoreni; pr.'ctereà caloreni insigniter devorantem, nullam prorsus vim adversus nialignitatem ; quid ergo prsestabit ut et alla falso dicta cardlaca In tanta putredlne / Asperslo frlglda roborat quldeni per accidens, duni cohibet efjluxum spirltuu?n ; en quoi elle fait mieux que toutes les confections chaudes, quœ calorls nallvl robur et substanllam dissolvant intensa sua calidltaie. Les eaux nouvelles cordiales, combien que mal à propos, ne peuvent être nommées diaphorétiques, ne faisant rien qui en approche : CAini nll taie prœslent, habent empyreuma a distlllalione, prœtereà nihil, nlsl caloreni nocivum ? Prœsentis nialignilalis in niorbis haberi velini rationeni per remédia quœ évacuant et educunt, quse réfrigérant, quœ partes libérant ab humore putri in eoruin substantiani pénétrante atque sese inipihgente : qualia sunl enemata quœ alvum deplent; venœ sectio, quœ putredinem coercet duni pulreni hamoreni e venis educit, per quas tanquani per tubulos in singulas coi^poris
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partes ejferlar, in qivbas sxpe laheni imprimU alqae inuril insuperahilem atqaeullis artis nostrœ prœsidiis indelebilem. Prœserli/n in pulmone et teniiibiis inlestinis, qaœ nlhll accipiiinl nisi per venas, qmeqiie ainbœ sola saurjuinis inlssione possunl deplerl atqae levari. Eneinala non perveniunt ad tenuia intestina, neque inflictani nialitiam passent delere ; qui dicuntur bechici syrupi ornnes calent nec perveniunt ad pulmoneni, nec jiivarenl si pervenirent. Hœc omnia inedicanienta sunt arabum nugœ, qnas pharniacopolx, callidissinium et versulissitnani honiinuni geniis, foverunt, ac cretinaerant ad emungendos œgroruin loculos. indeque sanctissimam arteni nostrain natura sua saluberrimani atqae salvatricem nefandis suis artibus prœdatricem effecerunt, et l'ont rendue telle qu'elle n'est plus que pour les riches, et que les pauvres n y peuvent plus atteindre. Neque aquie illœ, neque confecliones islœ possunt j avare niotum naturx coeffundendo ; qain polias, nalurx conatuni impediunt alque cohibent sua intempérie, nec possunt a centra ad circumferentiam quidquam depellere. Vous me dites : Urgentioris malignitatis indicatio prœpollet febrili incendia : transeat ; sed hoc pnestat venœ seclio, non isla cardiaca ; venas deplet. nalurani levât, partes vindicat, putredinem emendal, copiani luinwrum minuit, qui naturam gravant atque lacessunt, œgros denique mille beat commodis tempore et loco celebrala : et quod in rébus mortalium prœstat Jortuna, illud idem prœstat venœ sectio in variolarum curatione utramque faciendo paginàm accepti et expensi.
Voilà ce que j'en ai appris autrefois de mes bons maîtres (quorum manibus bene precorr, et que j'ai pratiqué depuis vingt jans] sur une infinité, nec pœnilet frementibus etiam et frendenlibus pharmacopolis, quorum Iriscurria ne quidem pilijacio ? veris tamen cedam. si meliora docere volueris, neque tamen omissum velim victus legem e^quisitissimam esse servandam ex juscuUs optimis, carnibus saporatis, herbis refrigerantibus medicatis, ovis aliquot sorbilibus. gelât ina. aquœ, vcl ptisaniv. vel limonacii malo citrio polu : plus cnim tribuo, in hoc morbo. quam loti Ara-
hiœ, ciim ejus depiilslo pendeal nb iinica piilredinis expugnatione.
Je vous prie de prendre en bonne part tout ce que dessus, et d'excuser ma foiblesse, ou plutôt mon ignorance ; et finissant là ce discours que vous trouverez trop importun, je vous dirai ici avec le bon Virgile sur cette matière :
Hic landein restas artcmque repono. {Liber V. /Eneidos).
Passons à d'autres matières plus divertissantes, avec votre permission.
M. Merlet, huit jours avant la mort de M. Richer, fit un faux pas sur une montée, dont il pensoit s'être rompu la jambe, mais il n'y avoit que le péroné un peu luxé. Les rieurs disent quil eut mieux fait de se rompre le col ; ce sera pour une autre fois, quand il plaira à Dieu de délivrer nostre échoie d'un terrible patelin, qui vere est inala merx, malus animas '.
Je vous remercie de tous les livres que m'adressez ; j'aurai soin de les retirer selon votre enseignement. J'ai céans, il y a déjà longtemps, le livre de M. Servius : Juvéniles fer iœ "', c'est fort peu de chose, mcra sunt mapalia ; il a mieux fait in suis institutionibus Medicinve, in-douze \ Il a fait aussi depuis deux ans un autre livre fort impertinent, de Unguento Armario \ je ne lai que veu et jugé par là du personnage. Il est si sot et si crédule, qu'il ajoute foi à ces bagatelles paracelsiques et galéniennes. J'honnore la mémoire de M. Ranchin ', mais jai bien de la passion pour Gaspar Hofmannus et ses écrits de gaibus magnifiée senlio. Hélas ! quand plaira-t-il à M. Huguetan que nous