‹ Lettres de Gui Patin, 1630-1672Chapitre 123 sur 260 · Ranchin. Cf. note: Lettre du 3 décembre · texte numérisé non relu

Ranchin. Cf. note: Lettre du 3 décembre

voyons ses belles institutions : qiiid moratur ? Jamais livre de médecine n'eut un si bon et si beau débit. J'ai peur de mourir avant de le voir achevé, tant je le souhaite. Il n'y a rien ici de nouveau, horsmis le livre de M. A. Arnauld: « De la fréquente communion », duquel on a fait quatre éditions depuis la Saint-Jean '. Plusieurs ont éclaté contre lui, entre autres le père Petau, qui n'y a rien fait qui vaille '^ ; mais je ne vous en dirai pas davantage.

1. Arnauld (Antoine), surnomme le grand Arnauld, né à Paris le 6 février 1012, mort à Bruxelles le (! août 1604, un des hommes les plus illustres de Port-Royal. Converli dans le sens spécial que les Jansénistes attachaient à celle expression, par Saint-Gyran alors encore en prison à Vincennes, il avait publié, sous son inspiration, en août 1643, son livre de la Fréquente communion. Cet ouvrage remarquable par' la netteté et la clarté du style, la rectitude de la pensée, empreint d'une piété ardente quoique exagérée et dont le but était d'établir la nécessité du repentir avant l'absolution, et de la pénitence contrite pratiquée et accomplie avant la communion, produisit une profonde impression et apparut comme le premier manifeste du Port- Royal de Sainl-Cyran. Rappelons à quelle occasion il fut écrit. L'abbé de Saint-Cyran ^Cf. sa note, Lettre du 20 octobre IG'hi) dirigeait du fond de sa prison, entre autres pénitents et pénitentes illustres, Anne de Rohan, princesse de Guéménée, et lui axait interdit d'aller au bal les jours de communion. .Son amie. Madame de .Sal)lé, à qui elle avait, en causant, fait part de cette défense, l\ii en manifesta son étonnemcnt et Madame de Guéménée lui ayant confié le règlement de conduite qu'elle avait reçu de Saint-Cyran, elle le communiqua au P. de Sesmaisons, son directeur. Celui-ci rédigea un avis opposé. Et c'est pour réfuter cet avis qu'Antoine Arnauld publia son ouvrage : « De la fréquente communion» (Cf. .Sle-Beuve. Port-Royal. T. II, p. 1(56-8).

2. Le li\re d'Arnauld quoiqu'il évita de nommer le P. de Sesmaisons, qu'il réfutait, visait naturellement les jésuites et leur tolérance « cette dévotion aisée et facile » que Pascal devait h son tour leur reprocher. Atteints et blessés dans leur doctrine, autant que dans la personne du P. de Sesmaisons, les jésuites relevèrent aussitôt le gant. Le P. Nouet dénonça en chaire l'ouvrage d'Arnauld et les tentatives des nouveaux réformateurs auxquels il reprocha de rendre les Temples déserts et la Communion inaccessible. De part et d'autre, les esprits s'échauffèrent et dans certaines villes on fut sur le point d'en venir aux mains. Mais, quoiqu'en dise Patin, c'est surtout l'intervention du savant et respecté P. Petau, un des plus profonds théologiens de son temps, qui imprima à la controverse un caractère particulier de gravité. Son autorité était tellement considérable que lorsqu'on annonça à Mazarin la prochaine publication du livre dans lequel il réfutait les attaques d'Arnauld : De la pénitence publique et de la préparation à la communion : Paris, 1644, in-8, le Cardinal inscrivit sur ses carnets la note suivante: Le livre du P. Petau est sur le point de paraître. Madame de Guéménée m'écrit pour prôner l'évangile d'Arnaud et dit que c'est elle qui l'a informé, en lui révélant sa confession. Il faut y porter remède immédiatement (4' carnet de Mazarin p. 43. Cf. Gheruel. Histoire de la minorité de Louis XIV.

M. Moreau s'estant chargé de vous mander toute cette controverse. M. d'Angoulesme, vieux pescheur de soixante douze ans, a épousé une fort belle demoiselle de dix-huit ans, et le tout pour le salut de son âme : encore est-ce quelque chose quand un prince en vient là '.

Depuis tout ce que dessus écrit, il y a plusieurs jours, je vous dirai quenlîn le gazettier, après avoir été condamné au Chàtelet, l'a été aussi à la Cour, mais fort solenellement par un arrêt d'audience publique prononcé par M. le premier président °". Cinq advocats ont été ouïs, savoir celui du gazettier, celui de ses enfans, celui qui a playdé pour les médecins de Montpellier, qui étoient ici ses adhérans. celui qui plaidoit pour nostre Faculté, et celui qui est intervenu en notre cause, de la part du recteur de l'Université \ Notre doyen a aussi harangué en latin, en présence du plus beau monde de

1. Valois (Charles de), duc d'AngouIèmo, né en lo73, mort en Uj'ôO. II était fils naturel de Charles IX et de Marie Touchet. Il avait éjjousé en premières noces la fille du connétable de Montmorency. La jeune fille avec laquelle il se mariait en secondes noces, à l'àgc de soixantedouze ans, était Françoise de Xargonne. Elle mourut à près de quatre-vingt-douze ans, en 1715, par conséquent cent quarante un ans après le père de son mari, Charles IX.

2. Le célèbre procès du 14 août 1642, soutenu par Renaudot contre Patin, (voir noie, Lettre du 72 août 16'43), et perdu par lui, n'avait été qu'une escarmouche, et sa situation, quoique menacée, n'était pas encore atteinte . ^lais Richelieu étant mort, la Faculté attaqua à son tour le gazetier. Elle le cita devant le Chàtelet pour exercice illégal de la médecine. Il fut condamné lui et, avec lui, ses adhérents et adjoinis n'appartenant pas à la Faculté de Paris. Il en appela au Parlement. Le procès fut jugé le 1" mars 16i4. \ous avons tout au long dans la lettre de Patin le compte-rendu de cette séance solennelle, fameuse dans les annales de la Faculté, et le dénouement du procès. Renaudot fut condamné sur tous les points avec les médecins de Montpellier. Il ne lui resta que le droit de continuer la gazette et de tenir le bureau d'adresses. Il ne fut pas ruiné comme le prétendent ses biographes, mais il ne put continuer à grossir sa fortune.

3. Renaudot et les siens furent défendus par Bataille, et la Faculté de Paris par Clienvot, célèbre avocat du barreau de Paris.

Paris'. Enfin, M. ravocat général Talon ' donna ses conclusions par un plaidoyer de trois quarts d'heure, plein d'éloquence, de beaux passages bien triez, et de bonnes raisons, et conclug que le Gazettier ni ses adhérans n'avoient nul droit de faire la médecine à Paris, de quelque université qu'ils fussent docteurs, s'ils n'étoient approuvez de nostre Faculté, ou des médecins du Roi, ou de quelque prince du sang servans actuellement. Puis après, il demanda justice à la Cour pour les usures du Gazettier, et pour tant d'autres mestiers dont il se mêle, qui sont déffendus. La Cour, suivant ses conclusions, confirma la sentence du Chàtelet, ordonna que le gazettier cesseroit toutes ses conférences et consultations charitables, tous ses prêts sur gages et autres vilains négoces, et même sa chimie, de peur, ce dit M. Talon, que cet homme qui a tant d'envie d'en avoir par droit et sans droit, n'ait enfin envie d'y faire la fausse monnoye. L'arrêt sera imprimé avec les plaidoyers ; dès aussitôt, je vous en ferai tenir quelques exemplaires ; j'espère que cela sera beau à voir. Il y avoit ici (juelques médecins étrangers des diverses universitez, mais de Montpellier moins que de nulle part, qui eussent volontiers espéré que le gazettier eut gagné son procès, (à quoi néantmoins il n'y avoit nulle apparence), et ce qui ne se pourroit faire jamais sans un horrible désordre ; mais voyant qu'il l'a perdu, et qu'il est tout à plat décheu de toutes ses prétentions, et mêmes que M. le Procureur général entreprend d'en faire lui même l'exécution, tant envers le gazettier qu'iceux siens adhérans, quelques uns colligunt vasa atqiie sarciniilas, et de mutando solo cogilanl ; quelques autres disent qu'ils

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