Michel df! la Vigne
2. Talon (Orner), né en lo9,j, mort on 1652. Premier avocat général au Parlement où il avait succédé à Bignon dès lf>31. Ses conclusions rénélaienl l'esprit du Parlement (lui était en général favorable à l'Université de Paris et qui en toute occasion appuyait ses privilèges. Cf. sur lui, les Ilistor. de Tallement des Réaux, les Mémoires de Madame de Molteville, de Retz, d'Ormcsson et surtout ses propres Mémoires.
lâcheront de se mettre du premier examen, que nous allons faire incontinent, qui sera chose assez mal aisée à plusieurs d'entre eux. Le^ apothiquaires eussent pareillement bien désiré que ce gazettier eut gagné, pour tâcher de remettre en crédit leur bézoard et autres forfanteries de leurs boutiques ; mais ils sont aussi connus que le gazettier même. Son avocat parla fort contre nos fréquentes saignées, selon les mémoires qui lui en avoient été fournis ; mais outre qu'il en fut siflé et mocqué de tout l'auditoire, il en fut aussi tancé et rudement repris par M. l'avocat général, lorsqu'il donna ses conclusions. Le gazettier dit maintenant qu'il ne soucie point de faire la médecine, veu qu'il y épargnera deux mille livres qu'il y coutoit par an à faire des cbaritez : credat Judœiis Apella, non ego, mais que l'arrêt le blesse particulièrement, en ce qu'il lui défend de plus rien faire de tous ces autres trafics dont il se mêloit, et qu'il tâchera de s'en faire relever par la faveur de la Reine ou du cardinal Mazarin, in quo sudabit plus salis, nec quidqiiam projecturum piilo. Les rieurs ne sont plus pour lui, le temps est changé : versa est aléa.
M. le Prince s'en va plaider contre Madame d'Aiguillon, afin de faire casser le testament du cardinal son oncle, au nom de sa bru, la duchesse d'Anguien *. La duchesse d'Aiguillon a cherché la paix, et tâchant d'avoir composition, a offert douze cent mille livres audit prince, qui ne veut pas boire à si petit gué : il dit qu'il veut en faire venir davantage ^ .
1. De Maillé-Brézé {Claire-Clémence), fille de Nicole du Plessis, sœur du Cardinal de Richelieu, mariée avec le duc d'Enghien. Cf. sur celte princesse une intéressante élude récemment publiée par MM. Hombert et Joussclin, 1 vol., in-18. Paris, Pion, 1905.
2. Aiguillon (Marie-Madeleine de Vignerot, dame de Combalet, duchesse d'), fille de René Vignerot et de Françoise Duplcssis, sœur de Richelieu, née au commencement du xvii" siècle, morte en 1075. Elle avait hérité d'une partie des biens du Cardinal, entre autres, du château de Rueil et du petit Luxembourg. Condé, dont l'avidité était inlassable, réclamait, au nom de sa belle-fille, la duchesse d'Enghien, le partage de la succession. Le procès fut plaidé devant le Parlement de Paris. Mais les espérances de Condé furent
Je veux vous faire part de quatre vers qu'on me vient de donner siu- le procès et l'arrêt du gazettier, à l'imitation des quatrains qui sont dans les tenliiries de Nostradamus :
> Quand le grand Pan quittera l'escarlate ;
Four Zapire venu du côté d'Aquilon Pensera vaincre en bataille Esculape ; Mais il sera navré par le Talon '.
Bataille est le nom de l'avocat du gazettier qui a perdu contre nous. Talon est le nom de l'avocat général qui a donné de rudes conclusions contre Renaudot et tous ses adhérans, soi-disant docteurs en médecine de la Faculté de Montpellier, et autres universitez fameuses, desquels M. Talon dit que tous ces degrés se conféroient si aisément hors de Paris, que toutes ces universitez étrangères auroient besoin de réformation en ce point, et que ce spécieux titre de médecin de Montpellier n'étoit à Paris qu'un prétexe qui couvroit ordinairement un charlatan ou un ignorant, qui même n'avoit peut être jamais été à Montpellier : rjiiod honorum virorum et vere doctoriim salva pace dictiim vellin.
11 \ a ici en cette ville un honnête homme médecin de Xaintes nommé M. Murend. qui est tibi f rater in Christo.
déçues. La Régente prit parti pour la duchesse d'Aiguillon et le procureur général conclut contre lui. Cf. pour celte alTaire, le journal d'Olivier d'Ormesson. (T. l. p. 175 et suivantes). Caloniniée par Balzac, qui l'appelait la Princesse au teint de safran, par Patin, par Tallemant, la Duchesse d'Aiguillon à qui on reprocha son avarice, fut au contraire une des femmes les plus généreuses de son siècle, et elle employa presque toute son immense fortune à fonder des établissements charitables. Voir Fléchier : Oraisons funèbres, la Bibliographie universelle, et Tamizey de la Roque, Op. cit.
1. Le grand Pan était le cardinal Richelieu; Pyre, un abrégé de Zapire qui s'était fait couper le nez pour livrer Rabylone à Darius, signifie Renaudot. Ce quatrain qui est de Patin (Cf. Esprit de Gui Patin, in-8% Amsterd.4.m^ 1713) parut sous le titre suivant:
QUATRAI>" XVIII
« Extrait de la 22« centurie de Michel Nostradamus, mathématicien et médecin provençal, prédisant la perte du procès du gazetier, soi disant médecin de Montpellier, contre les médecins de Paris^ par un arrêt solennel prononcé en robbes rouges, après cinq audiences par MessireMolé premier président^ le premier jour de mars de l'an 1644. »
Il est ici pour un procès ; je lui ay fait récit de vous comme vous méritez. Il a bien envie de faire amitié avec vous, et d'avoir quelque petit commerce de livres et de la médecine par votre moyen : il vous en écrira. Il dit qu'il connoit M; Gras : rogo te ut habeas illam per me tihl commendatissimum ; je le trouve honnête homme sage et fort bon. Je vous demande pardon d'une si longue et si mauvaise lettre ; excusez-moi de tout en tout, et croyez que je serai en récompense, toute ma vie,
Monsieur, Votre très humble et très obéissant serviteur.
Patin.
De Paris, ce 8 Mars 1644.
Edit. d'Amsterdam 1718.
— DE La Haye 1718.
— DE Pakis 1846.
JoH. Beteretocii QL.ïS-
TIONES, CtU DOCTORtM RES-
poNsis. Rotterdam 1641, PAGE 230.