Cf. note : Lettre du 29 avril IGi'i
4. Le duc d'Orléans auquel Mazarin axait donné le commandement de l'armée de Flandre était arrive devant Gravelines dans les premiers jours de juin. Il fit capituler la ville le 28 juillet 16i-4.
o. Passage précédent supprimé en partie et modifié dans les édit. an 1er,
On a donné au Roy pour précepteur un nommé M de Beaumont, docteur en Sorbonne, qui avoit par cy-devant esté camérier du cardinal de Richelieu '. Les loyolistes prétendoient à celte place pour leur père de Lingendes ^ ; mais la chance a tourné ; car celuy-cy qui y est, les connoient fort bien, eosque odil egregie. La cour est toute mazarinesque. Le Roy et la Reyne s'en vont à Fontainebleau y passer une partie de l'esté '.
Je vous baise les mains de tout mon cœur et seray toute ma vie,
Monsieur,
De Paris, ce 13 de Juin 1644.
De Spon, AU REVERS : 1644. Edit. d'Amsterdam 1718 Paris, xm juin. Lyon, xix de La Haye 1718. DUDiT. RisposTA, ADi 26 AOUT. deParis 1846.
1. Péréfîxe (Hardouin de Beaumont de), né en 1605, à Ileaumont, près Châtellerault, mort à Paris en 1671. Mazarin, auquel la Reine avait confié la surintendance de l'éducation du jeune roi, nomma de Beaumont son précepteur. Docteur en Sorlionne, Péréfixe fut fait évêque de Rhodez, le 10 juin 161-8, chancelier et commandeur des ordres du roi, le 30 juillet 1661. Archevêque de Paris le 30 juillet 1665, il fut élu membre de l'Académie française, en 1654, au fauteuil de Balzac.
2. Lingendes {Claude de), né à Moulins le 2 septembre 1591, mort à Paris le 12 avril 1660, Un des prédicateurs célèbres de la Compagnie de Jésus. Successivement recteur à Tours et à Moulins et provincial de la province de France. Cf. Sommervotjel. IV. Col. 18^/5. 18^j8.
3. Les quatre dernières lignes supprimées dans les édit. antér.
4tO LETTRES DE GUI PATIN
Mss. 9358, FOL. S7.
LETTRE C\ A Monsieur Beli>", docteur ex médecine, a Tro\es.
Monsieur,
Jedoibs responceà vos deux lettres que j'ayreçeues bien près Tune de Tautre. Pour la première je vous diray que M. Bareton n'a pas encore contenté son apothiquaire. Je suis bien marry de vous donner tant de peine : mais néantmoins nisi grave sit, gratissimiim mihi faciès si iterum compelles hominem, meo nomine eâque de causa aiirem iterum ei vulseris. Vous m'avez fort obligé de donner de ma tlièse à M. Comper ; je vous prie de n'en pas manquer, afin de la bien distribuer comme vous faites. Un médecin de Dordrecht, en Hollande, nommé Beverovicius, multis aliis libris editis clarus. a mis en lumière un livre intitulé : Medicœ quœstiones epislolicse ', dans lequel il a fait insérer ma dite thèse, tant il l'a trouvée belle; mais il n'y a mis que la deuxième édition ; jay grand regret qu'il n'a eu la troisième, laquelle est tout autrement meilleure. Je reçois tous les jours des applaudissemens et des actions de grâces, et mesme de petits présents pour icelle. Je n'en ay pas encor un cent de reste de la troisième édition ; et si j'en fais une quatrième, j'ay quelque chose de fort bon à y adjouter. Si cela arrive, je vous en envoyeray aussitost. Le bonhomme La Framboisière m'a autrefois envoyé quelques thèses de Pieims, mais celuy-cy ne m'en envoyepoiat;j'auray pourtant soin d'avoir celles du fils de M. Comper par une autre voye.
1 . Epistolicœqu!esliones,cum doctorum responsM. Amsterdam, 16i4. In-8»,
Je ne sçay qui vous a dit que j'avois dessein de faire imprimer quelque chose, il est pourtant vray ; mais la misère du temps, d'une part, et de l'autre, la tyrannie du siècle m'en empeschent. En attendant un meilleur temps, mes escriptsmeuriront, nonumque premeiiUir in aniiiim etpeutestre que dans ce délay, ils amenderont.
Quant à votre seconde, nihil aliiid qiiidquam aiidivi de fllio illo Jiiqllivo : s'il vient jusques à moy à force de courir, je luy feray bien sa leçon, et tascheray de faire qu'il s'en retourne, sinon, je vous donneray advis de ce que j'auray apris de son petit fait. Donnez vous en attendant patience : c'estla coutume des bonspères, etpresques l'ordinaire, qu'ils ayent de mauvais enfans, tout au moins désobéissans.
Les Jésuites sont icy en très mauvais prédicament '; ils ont augmenté le nombre de leurs ennemis et de leurs malveillans, pour avoir si scandaleusement et si malignement impugné le livre de M. Arnauld ", qui triomphe par dessus tout le loyolitisme. Le P. Caussin^ a fait une apologie pour eux, mais ce n'est que du jargon ; il n'entre point dans les difficultéz. Celuy qui fit l'an passé quatre livres pour l'Université, et qui n'est qu'un jeune homme de vingt cinq ans bachelier de Sorbonne *, les a convaincus sans ressource et les a réduits à de simples paroles, et rien de plus ; un autre carabin du P. Ignace, nommé le Père Le Moine % a aussi escript pour eux, mais il a fait encore pis que le P. Caussin ; iilerqne merafecerunt mapalia.
1. Etre en mauvais prédicament : se disait familièrement, pour ((être en mauvaise réputation ». Oui, l'on sait toutes ses fredaines ; il est à présent dans Athènes, dans un joli prédicament. (Dakcourt, Céphale et Proin, IIP. Cf. Lillré.
2. Arnauld. « La fréquente communion y>, 1643. — Cf. la note d'Arnauld: Lettre du 8 mars 16^i^.
3. Caussin (Le Père). (( Apologie pour les religieux de la compagnie de Jésus » ; Kiii.
4. Hermant. Cf. la note de G. Hcrmant : Lettre du 23 mai 16^/3.
5. Le Moine. (( Mémoire apologétique sur In doctrine des Jésuites » ; 1644. — Le P. Pierre Le Moine, jésuite né en 1602, mort en 1671. S'occupait d'érudition et do poésie. C'est de lui dont Boileau disait: (( Il est trop poète pour que j'en dise du mal ; il est trop fou pour quo j'en dise du bien ». — Sommervogcl, V, 1366-1371.
Les Espagnols tiennent Lérida estroitement assiégée en Catalogne ' ; mais on dit icy qu'en récompense nous prendrons G ra véline ; ainsi soit-il. Les trois tomes des Commentaires de M. Grotius, in Vêtus Testamentum, sont achevez d'imprimer in-folio, ils seront en vente dans quinze jours, comme aussy un nouveau volume in-folio, contenant divers opuscules de M. de Balzac ; il n'y a rien autre chose que je sache icy de nouveau.
Je vous baise les mains, à madame vostre femme et à MM. vos frères, et suis,
Monsieur, Vostre très humble et très obéissant serviteur.
De Paris, ce 21 de Juillet 1644.
Edit. de Rotterdam 1695.
— iD. 1725.
— Paris 1846.
1. Lérida. Ville forte d'Espagne (Catalogne), sur la Sègre, à 380 kilomètres E.-N.-E. de Madrid. Prise sous Louis XIII, elle était assiégée par les Espagnols. Le Maréclial La Molhc-Houdancourt, qui avait tenté de la secourir, se fit battre le lo mai par Philippe de Silvas. Dès lors on pouvait présumer la fin de la résistance de la place qui se rendit le 30 juillet 1644.
Mss. 9358, FOL. S8.
LETTRE CXI A Monsieur Belin, docteur en médecine, a Troyes.
Monsieur,
Je vous diray que nous avons perdu le bon M. de Bourbon ; il est mort d'une fièvre continue le 7 de ce mois, ex supressa arthritide, anno aetatis 10. J'en ay tel regret que je ne me sens point ; je ne connus jamais un si bon et un si sçavant homme. M. vostre iîls* m'est veneu voir deux fois depuis peu ; j'ay grand peur qu'il nait par cy-devant guère bien employé son temps parce que je ne le trouve guères avancé par l'examen que je luy en ay fait. Sur quoy je prendray la hardiesse de vous proposer un advis, qui me sembleroit fort bon en celte occasion, qui seroit que vous le rappelassiez devers vous à Troyes au plus tost, puis que toutes les leçons sont finies, où le tenant court près de vous, ilestudieroittout autrement et profiteroit bien davantage qu'il ne fera icy, où j'ay peur qu'il ne se desbauche. Nos leçons et les actes de noslre eschole ne recommencent qu'à la Saint iNIartin d'hyver ; vous le pouvez tenir près de vous près de trois mois entiers ; veu que c'est assez qu'il soit icy le lo de novembre. Voilà mon opinion qui ne sera peut estre pas la vostre : cam iamen qualiscumque sit, œqul boniqiie consiililo. Au moins, s'il estoit auprès de vous, il pourroit aprendre beaucoup de bien, et s'exempter de la desbauche mieux qu'il ne fera icy.
M. Bareton ne satisfait pas à son apothiquaire ; je voy bien qu'il faudra enfin queje le paye, car je luy en ay respondu.
1. Proljablcmcnt Claude Bdin, inscrit aux Archives municipales de Troyes, comme docteur en médecine, en 16o'i- (F. de M. Le Clert.)
Ce n'est pas que je face fort grand estât de la somme ; je suis seulement en peine s'il m'en sçaura gré, et s'il voudra bien que je face cela pour luv. La Reine d'Angleterre est en Bretagne, et vient icy à la cour pour retraite durant la persécution du parlement d'Angleterre contre son mary'. Il y a icy un livre nouveau et fort curieux, c'est un traité de toutes les bibliothèques du monde, en deux volumes in-8° et principalement de celles de France, oii il y a de grandes particularitez '. Les trois tomes de commentaires, in Velus Testamentiim, de M. Grotius sont achevez ; on les vendra dans huit jours. On rimprime icy, in-4'' en latin, la morale et la poliliqiie d'Augustinus Niphus, qui a esté un excellent homme : cela avoit autrefois esté imprimé en italien, mais il estoit très rare, combien que très bon '. Il y a icy de nouveau une apologie pour la doctrine de feu M. l'abbé de Saint-Cyran contre les libelles diffamatoires que les Jésuites ont fait courir depuis quelques mois contre luy. La cause de leur haine est double contre ce grand homme : la première est qu'il estoit plus sçavant et plus homme de bien qu'eux ; ladeuxième est qu'il est le vray , légitime et seul Petrus Aurelius, qui les a si bien estrillés sans qu'ils pussent descouvrir qui en estoit l'autheur*. Inde
1. Parvenuo à s'échapper d'Angleterre sur un bâtiment de la flotte Hollandaise, la Reine Henriette avait débarqné à Brest. Anne d'Au^ triche envoya le commandeur de Souvré à sa rencontre.
2. Jacob (Louis). « Traité des pins belles bibliothèques du monde, divisé en deux parties ». P.\ris, IGii, in-8°.
3. Opuscula moralia et politica. Paris, 1645, in-4". En français dans le texte. Reveillé-Parise a substitué au titre en français le titre latinde l'ouvrage. Mphus (Augustinus) — Xifo — philosophe italien, né vers 1473, à Zopoli (Calabre), mort vers le milieu du xvi^ siècle.
4. On sait combien cet ouvrage était aggrcssif contre les Jésuites Cf. la note du Petrus Aurelius : Lettre du 20 mars 1633.
A BËLIN 4ig
patet execrandam illam Loyolx genlem, irœ capacissimam et ultionis avidissimam adque appelentisslinam esse. Du meliora !
Je vous baise les mains, à madame Belin et à MM. vos frères, à MM. Camusat et Allen, et suis,
Monsieur, Vostre très humble et très obéissant serviteur
Pati;v.
De Paris, ce 8 d'Aoust 1644.
Edit. de Rotterdam 1695.
— iD. 1725.
— Paris 1816.
Mss. 0358, FOL. 89.
LETTRE CXII A MoNSiEUB Belin, docteur em médeciae a Troyes.
Monsieur,
Je sçay bien que vostre fils vous met en peine, il m'y met aussi. Vous avez peur qu'il ne perde son temps à Troyes ; s'il n'a envie de le bien employer, il le perdra icy tout autrement. Il m'a veu depuis peu ; je Tay fort exhortéà bien faire, et me l'a promis, comme je croy qu'il fera ; mais il me semble que vos exhortations seroient bien plus puissantes que les miennes ; votre présence seroit très capable de le retenir; vous pourriez le mener avec vous tant aux champs qu'à la ville, et cela luy aideroit fort à le dépaïser, car il ne l'est pas encore tout-à-fait. Pour moy, je suis encore dans mon premier advis, qui est qu'il s'en aille à Troyes pour y demeurer près de vous et y estudier tout ce temps là ; vous en estes le maistre et le père, c'est à vous a conclure sur ce que je vous ay proposé.
Pour votre quatrain latin qui commence par ces mots : DicUe quidfaciam, je vous prie de me mander qui en est l'autheur et où je le pourray trouver.
Quand M. vostre fils sera icy de retour pour la Saint- Martin d'hyver, il y sera encore assez tost ; et ne devez pas craindre, ce me semble, que son jeune frère le desbauche; au contraire, il me semble que cela les pourra tous deux retenir davantage à cause de vostre présence, et les porter à bien. Néanmoins pensez-y deux fois, et n'en faites que ce que vous en pensez le meilleur ; pour moy jetiendray celuy-là le meilleur des advis, que vous choisirez en cette matière qui est douteuse, et qui n'est pas hors de soubçon tant de part que d'autre. Pour le livre
que citez de Scaliger, De uiilitate ex adversis capienda, il n'est pas de luy, mais de Cardan ' mesme, qui le fit pour se consoler de la mort de son fils qui avoit esté pendu à Milan pour avoir empoisonné sa femme. S'il se fait icy quelque chose sur la mort du bon M. de Bourbon, je vous en feray part. L'apologie de M. deSaint-Cyran est en lumière, qui est une pièce bien faite et fort hautement louée. Toute la médisance loyolitique ne peut que mordre sur la mémoire de ce grand personnage, mais elle ne la peut entamer. Petrus Aurelius vivra à jamais et quamdiu erunt hommes, il fera honneur à ce grand homme, ne tanti lahoris mercedcm acciperet in vita sua^ qui de sola seterna cogitabat. Pour M. Bareton, je vous remercie de votre bon advis, je parleray à son apothiquaire.
Je vous donne le bonjour, et suis,
Monsieur, Vostre très humble et très obéissant serviteur.
Patin.
De Paris, ce 21 d'Aoust 1644.
EniT. DE Rotterdam 1695.
— iD. 1725.
— Paris 1846