LETTRE CXXV
A Monsieur Svoy, docteur en médecine, a Lion.
Monsieur,
Ces jours passez, fut enterré ici un nommé François Cocquet controlleur de la maison de la Reine. Il avoit les cheveux tous blancs, et n'avoit que quarante quatre ans. Il étoit le plus beau dîneur et le plus grand buveur de Paris : bon compagnon et fort friand. Il a été plusieurs fois malade de fièvres et de rhumatismes ; ensuite, il étoit tombé dans une jaunisse, de laquelle il est mort sans fièvre et sans pouvoir être secouru, quoiqu'il eut les meilleurs médecins du monde à sa dévotion. Voyant que la dogmatique ne lui servoit de rien, il prit trois fois de l'antimoine de trois divers charlatans, qui tous trois ne firent rien du tout, ni par haut ni par bas. et ce venin acre et violent ne put passer à cause du feu qui étoit dans les viscères. Enfin il est mort avec grand jugement et grand regret de sa vie passée. On luy a trouvé la partie convexe du foye toute verte comme un pré, et la concave toute pleine de pus, dont il y en avoit environ deux livres; la vessie du fiel extrêmement pleine de bile épaissie, et le poumon sanieux et purulent. Le vin pur qu'il a bu a fait tout cela. Hippocrate nomme cette cause de maladie ol-joù fhyir,y, vini ingurgitalionem , lib. de morbis internis. Fernel a fait merveille (L. 6. cil. 4) en parlant de ce mal en sa pathologie.
Nos apothicaires ne se servent point de notre Codex medicamentariiis : aussi ne font-ils tantôt plus de compositions. Pour le livre, nous l'avons désavoué la plupart que nous sommes, tant pour le vin émétique, que nous tenons
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pour une méchante drogue, et pour une sotte préface qui y est, que pour plusieurs fautes qui y sont dans les compositions en divers endroits.
Nous avons dans nos registres un insigne décret de la Faculté de l'an I06G, contie l'antimoine, que vous pouvez lire dans le deuxième tome des Eloges de Papyre Masson •, dans l'éloge du vieux Simon Piètre", qui étoit alors doyen. Si quelqu'un se peut servir de ce remède, qui est de sa nature pernicieux et très dangereux, ce doit être un bon médecin dogmatique, fort judicieux et expérimenté, et qui ne soit ni ignorant, ni étourdi; ce n'est pas une drogue propre à des coureurs. On ne parle ici que de morts, pour en avoir pris de quelque barbier ignorant, ou de quelque charlatan suivant la cour. Nous ne le voulons point authoriser, parce que l'abus en est trop grand, même entre les mains de plusieurs médecins, à qui elles démangent d'en donner.
Le gazettier n'est pas mort. Il est vrai u'il a été longtems malade et enfermé sans être vu de personne. On dit qu'il a sué la vérole trois fois depuis deux ans, et je scai de bonne part qu'il est fort paillard, Depuis notre arrêt contre lui, il n'a dit mot contre nous. Le pauvre diable a le nez cassé ; ses enfans ne sont pas reçus dans notre faculté de médecine, et peut-estre ne le seront jamais.
Pour vostre M. Meysonnier, je scai bien qu'il est fou, il y a long temps, je n'ai point besoin de nouvelle preuve. Quand il parle de Rome, c'est qu'il s'imagine qu'on feroit grand état de lui en ce pais là. -Je serois d'avis qu'il y allât lui-même montrer son nez, sa femme et ses livres. Il y pourroit paroitre comme un âne entre des singes, car ils sont bien plus fins que lui dans ces quartiers là.
1. Eloyia; Paris, 1(538, â vol. iri-8o. Recueil de biographies. Cf la note de Papyre Masson : Lettre du W mars 1633.
2. C'est le premier du nom de l'illustre famille médicale des Piètre, le beau-père de Jean h' Riolau, qui avait épousé sa fille Anne le père de .Simon Piètre, surnommé le Grand. Cf. la note des Piètre • Lettre du 18 janvier 1633.
Je viens de recevoir une lettre pour vous, que M. Cousinot vous envoyé, en attendant quelque autre chose qu'il fera expédier dans quelque tems, qui sont, comme je croi, des lettres de médecin consultant du roy, à ce que j'ai pu comprendre, bien qu'il ne m'ait pas donné charge de vous le dire; mais aussi pouvez-vous l'aire semblant de n'en rien sçavoir. Je vous baise très humblement les mains, et serai toute ma vie,
Monsieur, Votre très humble et très obéissant serviteur.
De Paris, le 2 Juin 1645.
LETTUli REPIlODUriK DAISS TOUTES LES ÉDIT. DES LETTRES
DE Patin a Spon, sauf dans l'éuit. d'Amsterdam 1718.
Mss. 9358, FOL. 91.
LETTRE CXXVl A Mo?«siEUR Belo, docteur e>- médecine, a Troyes.
Monsieur,
Je vous remercie bien fort du soin que vous voulez prendre de la distribution de mes thèses, et de l'estime que vous en faites; ce que je n'attribue pas tant à leur mérite, qu'à mon bonheur et au bien que vous me voulez. Pour le Spéculum Jesaltlcum, je ne prétends pas vous en faire de tort: j espère de vous le rendre, quand nous en aurons tiré quelque chose qui pourra servir à la défense de l'Université contre ces gens-là, qui ont esté si bien chapitrez depuis deux ans par les livres qui ont esté faits contre eux : et entre autres, par la dernière responce qui a esté faite à l'apologie du P. Caussin, de laquelle est autlieiir un de nos Beauvoisins, nommé Mr Hermant, bachelier et Prieur de Sorbonne ; qui a fait aussi les autres pièces. Si vous n'avez veii cette dernière responce à l'apologie du P. Caussin, je vous en offre une; c'est un livre de deux petits doigts, oii est aussi contenue une 3"»^ requeste de l'Université contr'eux, etc. Elle est de bonne trempe, et m'asseure que la lecture de tout le livre ne vous pourra jamais ennuyer. 11 nous est venu deux livres depuis peu, de Mrde Saumaise : l'un, Ohseroaliones ad jus Atticum'; l'autre De mutao '. On dit que nous aurons de luy deux beaux livres nouveaux dans un mois, scavoir de primatu Pétri ^ ;
1. Le litre est : Miscellw Defensiones de variis obscrvationibus ad jus atticum et roinanum. Lugdlm Ba.tavorlm, apud Maire, 16lo, in-12.
2. De miilno, adversas Joli. Tahor. Lugdlm B\tavoulm, apud Maire, 164o.