‹ Lettres de Gui Patin, 1630-1672Chapitre 157 sur 260 · De primulu papa'. Leyde, IGio, in-i · texte numérisé non relu

De primulu papa'. Leyde, IGio, in-i

46i LETTRES DE GUI PATIN

et l'autre de mililia veteram ', tous deux in- 4. Il est délibéré de ne pas quitter la Hollande, et de ne venir à Paris, pour quelque offre qu'on Iny face. Et de fait, il vaut mieux qu'il ne bouge de là, et quil y face imprimer tant de beaux livres qu'il a tous parfaits : et entre autres, son Dioscoride. Grec Latin, avec annotations : ses observations sur Pline, etc. Il nous esticy arrivé de Lyon un très excellent et très beau livre, in-4, qui n'est pas si gros que le Perdulcls, intitulé, Gasp. Ilofmanni Institut. Medicaruin libri sex. Ce livre est plein de doctrine, de belles recherches, et dune hardie censure contre la pluspart des modernes, et entre autres Sennerlas ei Fuchsias ', sans mesmes espargner quelquefois Galien et Fcrnel, quos etiain acerbe mordet perjas et ne/as. Son plus grand vice n'est pas l'ignorance (car il est très sçavant), mais plustost une envie de reprendre tout le monde, bons et mauvais, et comme dit Pline en sa belle préface, ex aliéna oblrectatione scientiœ faniam sibi aucupari. Mais néanlmoins, la lecture du livre n'en peut estre que très bonne, à tout homme qui peut profiter in studio Medicina. De rébus -spi rî -cyj~s.-^y.y.-:o vix habeo qaod dicani. Je me recommande à vos bonnes grâces, de Messieurs vos frères, de Mr Allen et Mr Camusat : et suis,

Monsieur, Vostre très humble et très obéissant serviteur.

Pati.\.

De Paris, ce 16 de Juin 1645.

Edit. de Rotterdam 1695.

1. Coniinentariiis de inilitia Ronumoniin, ou De re iiiilUari Romaiiorum. Leyde, 1657, in 4".

2. Fuschiiis ou Fusch (Léonard). Nô en loOl à Wernbilingon, en Bavière, mort à Tubinguc en lofc>6. Erudil médecin du xyi"^ siècle, surnommé l'Eginète de l'Allemagne. Contribua à renverser l'arabisme en Allemagne et à remettre la médecine grecque en honneur.

Mss. 933S, FOL, 95.

LETTRE CXXVIl A MoNSiEun Belin, docteur en médecine a Troyes.

Monsieur,

Pour responce à la vostre, je vous diray que je soiihaitte fort que M. voslre fils vous donne tout contentement, comme j'espère qu'il fera. Pour vostre second, il semble estre fort mortifié, et a beaucoup d'esprit; ce qui me fait en bien espérer : j'y apporteray ce que je pourray par mes exhortations. Comme il est éveillé, il sera bien propre à estre médecin : je l'en entretiendray ànostre première entreveue, et tascheray de découvrir quelle intention il peut avoir en l'àme, de siimma vitœ. et alors je vous en donneray advis. Je feray par mesme moyen responce à celle que Mr vostre fils aisné m'a fait l'honneur de m'cscrire : je le remercie de l'honneur qu'il m'a fait de m'estre veneu dire adieu, et ay grand regret que je ne l'ay veu à ce dernier voyage. 11 faut qu'il employé son temps à la Méthode générale de Fernel, et à la générale et particulière du bonhomme Riolan, avec les traitez de Galien de saiigiiinis misslone, et sa Méthode : mais j'ay tort de me mesler de luy donner conseil puisqu'il est auprès de vous. Je luy souhaittc bon voyage à Montpellier, et qu'il en revienne fort sçavant et bon praticien, comme j'espère qu'il fera, afin de ne rien commettre indigne du nom qu'il porte.

11 y a du tumulte à Montpellier, où ont esté tuez 22 personnes : il y a eu aussi arrest contre eux, mais de peur de pis, on ne l'a pas envoyé exécuter ; au contraire, on y a envoyé abolition. Les affaires du Roy d'Angleterre sont en

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fort mauvais estât. Mr le Duc d'Orléans a pris Bourbour ' ville de Flandre; mais on ne sçait pas s'il attaquera cette année Donquerque'. Le Roy et la Reine sont icy en bonne santé. M. Gousinot, premier Médecin du Roy, est fort mai en sa santé; j'ay peur que l'hyver prochain, il n'aille cercher M. son père qui mourut icy le 4, du mois de may passé. Je vous baise les mains, et à Mademoiselle Belin, et suis de tout cœur,

Monsieur, Vostre très humble et très obéissant serviteur.

Patin.

De Paris, ce 14 d'Aoust 1045.

Edit. de Rotterdam 1695.

— lu. 1125.

1. Le duc d'Orléans, ayant sous ses ordres Gassiou et Uantzau, commandait l'armée de Flandre pendant la campagne de IGlo. 11 s'était emparé des places de Mardick (10 juillet) et de Hourhourg (9 août).

2. La prise de Mardick et de liouibourg ouvrait, en olTet, la route de Dunkerque, mais Piccoloaiini retranché, dans une forte position, couvrait la place et le duc d'Orléans dut renoncer à son projet.

Edit. de Rotterdam 1725

PAGES 13-16

LETTRE CXW III

A Monsieur Spon, docteur e.\ médecine, a Lion.

Monsieur,

J"ai reçu voslre belle lettre, dans laquelle j'ai trouvé les articles de nos plénipotentiaires, et les dispositions des témoins contre votre docteur nouvellement métamorphosé, qui maltraite sa femme. Quand je voi tant de désordres dans la vie humaine, j'ai pitié de l'homme qui, faute de devenir maître de ses passions, tombe dans de telles brutalitez. N'est-ce pas une chose honteuse qu'un homme qui croit être si sage et si scavant, soit si fou de battre sa femme et la laisser mourir de faim ? Vous diriez qu'il veut la tuer et l'assommer, afin qu'elle soit sainte et martyre par les maux qu'il lui aura fait souffrir. Vous verrez qu'il aura encore assez d'ambition de prétendre par là du crédit en paradis ; mais il se trompe. Je voudrois que, pour son bien et pour son amendement, quelqu'un lui dit à l'oreille le sens mystique de ces deux vers de Virgile :

Non tibi regnandi veniat tam dira libido, Quamvis Elysios miretur Grsecia campos.

Cette pauvre belle-mère qui lui a donné sa fille en mariage Yoid trop tard qu'on n'a jamais bon marché de mauvaise marchandise. Des gens qui sont autant capricieux que C3 docteur ne devroient point se marier, pour n'avoir pas tant de témoins de leur folie. Cette pauvre infortunée

peut dire de soi-même, ce que la femme d'un certain jaloux d'Italie dit dans Vives ' :

Discite ab exemplo Justin.v, discile maires, Ne nahat fatuo filia vestra viro.

Pour le sieur Stella, je ne sçai pas véritablement d'oi"! il étoit ; mais en un certain panégyrique qu'il fit au cardinal de Richelieu, l'an 1634, il s'y nomme Tiletnanus Stella Bipontinus '. Ne vous étonnez pas si Duval en a parlé froidement dans son livre ^ Cet homme ne sçait presque rien de la vraye histoire, et il seroit même bien malaisé de la lui apprendre, tant il y est mal-propre. Je lui ai donné plusieurs fois divers bons mémoires, mais le dessein et le stile sont de lui tout seul. 11 devroit avoir parlé d'Erasme, lorsqu'il parle de l'institution des professeurs du Hoy, mais comme il est cagot et trop scrupuleux pour un philosophe, il ne l'aime pas, et n'a jamais lu de ses ouvrages. Je lui ai même une fois ouï dire à table, qu'Erasme ne sçavoit rien, dont il fut bien relevé. Dans le premier livre des épitres d'Esrame, il est parlé de ce noble dessein du roy François I"' *, et même il y a une belle épitre de Budé ^ à Erasme, avec la réponse d'Erasme à Budé, où il

1. Vives. Eruclit espagnol, une des grandes réputations du seizième siècle, aujourd'hui bien oubliée. Né à ^■alence en 149â, mort à Bruges en lo40.

2. Stella {Jean Tilleman), lecteur et professeur du roi pour les mathématiques et pour l'histoire, le 24 mai 1G37- Le panégyrique qu'il fit de Riclielieu et que signale Patin est une sorte de biographie du cardinal. Du Val dit dans son ouvrage qu'il était allemand. Comme le fait remarquer plus loin Patin, Stella nous apprend lui-même qu'il était originaire^ du rojaume des Deux-Ponts. (Slella Bipontinus).

.3. Le Collège Royal de France, ou Institution, estoblissenient et catalogue des Lecteurs et Professeurs ordinaires du Roy, fondez à Paris par le grand Roy François I", Père des Lettres et autres Roys, ses successeurs, jusiiuù Louis XIV, Dieu-Donné, etc. P.\kis 1G juillet lG4i. Cf. la note de Guillaume du Val. Lettre du 2't novembre JG'i2.

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