‹ Lettres de Gui Patin, 1630-1672Chapitre 16 sur 260 · Avicenne. Cf. Sa note : Lettre du 27 avril · texte numérisé non relu

Avicenne. Cf. Sa note : Lettre du 27 avril

20 LETTRES DEiGUI PATIN

vanité, disant que proprietates illœ occultas sunt fig mentis persimiles, et comrnentum hominam ab innumeris guœstionibus sese illarum prœsidio relevantium. En nostre religion chrestienne, je croy comme tous devons croire, beaucoup de choses que nous ne voyons point, quseque sub sensuin non cadant, mais c'est par le moyen de la foy, qui nous y oblige, et quœ est reram non apparentiam, mais en fait de médecine, je ne croy que ce que je voy, et ut ait ille Plautinus,

Manus nostras sant ocalatas, credunt quod vident.

Fernel estoit un grand homme, mais ses argumens pour telles qualitez ne sont point des démonstrations mathématiques. Je l'estime le plus sçavant et le plus poly des modernes, mais comme il n'a pas tout dit, aussi n'a t'il pis dit vray en tout ce qu'il a escript, et si le bonhomme qui est mort trop tost, à nostre grand détriment, eût vescu davantage, il eût bien changé des choses à ses œuvres, et principalement en ce point là ; ce que je ne dis pas de moy, mais de sa vie propre que j'ay céans manuscripte, qui m'apprend beaucoup de choses de cet excellent homme, qui et in aliis non leviter lapsus est. Quant à ce que me mandez que vous me priez de croire que, sus nunquani Minervam docebit, je vous reconnois en cela passionne, qui en venez jusques aux injures ; ce n'a point esté mon intention de vous offenser, et sçay bien que je ne l'ay point fait ; combien que je ne me souvienne qu'à peine de ce que j'ay mis dans ma lettre, en ayant escript quantité d'autres depuis, et me l'estant dictée, currente calamo. Je vous ay respondu brièvement et librement à la vostre, absque ullo convicio ; je n'y ay taxé personne, si ce n'est quelque ignorant barbier ou charlatan, tant s'en faut que vous ayez occasion de vous en fascher. Je fais bien un autre estât de vous, et ne vous puis encor assez priser pour vostre mérite : si liber ius forte loquutus sim. adversus iinpostores qui artis nostrse veritatl et dignitati imponunt.detur guœso hsec licencia philosop/iicœ lihcrtali et animo veritatis studioso. Ne croyez pas pour cela

A BELIN 2i

que je vous mesprise, je vous tiens pour Minerve et au delà; mais j'ayde quoy monstver (absque jaclantiadixerinï) que je ne suis point du tout despourveu de ses faveurs, après l'huile que j'y ay usée, et une bonne partie de ma santé que j'y ay prodiguée. Je vous tiendray néantmoins tousjours pour mon maistre, et réputeray à grande faveur d'apprendre de vous, pourveu que ce soit sans ces mots odieux, Sa5 Minervam, qui sont tout à fait indignes, à mon jugement d'estre proférez entre deux amys de l'un à l'autre. Quant à ces autres mots que ce qu'en avez escript, ça esté : discendi potius quam disputandi animo ; je vous asseure que je me soubmets tout à fait à vostre censure, et, tant s'en faut que je vueille disputer, que je ne désire qu'apprendre. Je ne me suis point meslé de faire le maistre envers vous, mais j'ay peur que n'ayez bien conçeu le sens de ma lettre, la lisant avec passion et en colère. Je ne croy pris vous avoir offensé, et si je l'ay fait, ça esté par imprudence, c'est pourquoy, je vous prie de m'en excuser. J'ay reçeu la thèse et vous en remercie ; si celuy de qui elle vient la vouloit changer contre d'autres, des meilleures qui se soient faites depuis vingt ans, j'en donneray quatre à choisir, contre une vieille que je n'auray pas, encore que les vieilles ne soient si bonnes, ny si bien faites que les modernes. S'il veut les vendre, je les achepteray à l'argent ou en donneray quelques livres ; sinon, je [les] luy renvoyeray. M. Seguyn le jeune vous baise les mains et vous remercie. Je voudrois bien sçavoir Tautheur de vostre livre : De variolis et movbillis, pour sçavoir si je ne l'ay point. Il n'y a rien icy de nouveau, sinon : Insliliilionum medicinse D. Sennerti, Germant doctiss., lib. V, ' depuis

1. Jnstilutiones medicx et de origine animariim in brutis, Witteberce, 1611, 1620, in4»; 1624, in-S"; 1633, 1644, 1667, in-4"; Parisiis, 1631, in-4''. — Sennerl (Daniel), né à Brcslau, le 25 novembre 1572, mort à Willembergle 21 juillet 1637, fut un des médecins les plus érudits du xviie siècle. Docteur à Wittemberg en 1601, il succéda, en 1602, à un maître célèbre, Jean Jesscn qui se démit de sa charge de médecine en sa faveur. Sennert illustra cette chaire qu'il garda jusqu'à sa mort. C'est à lui que l'on doit l'Introduction de la chimie dans les études médicales, II n'acceptait cependant pas toutes les exagérations de

peu icy imprime pour la qualricsme fois, qui est du prix de quatre livres. Nous ne sommes pas icy en trop bonne intelligence avec les chirurgiens ny les apothiquaires. Ceux là estant trop glorieux et ceux-cy trop avides de gaigner et faire des parties de prix excessif. Néantmoins ceux là sont plus paisibles, heneficio fréquentions phlebotomise quant hic exercemus, quse lucrum et laudem cis conciliât. Mais ceux-cy enragent contre le Médecin charitable ' et ses sectaires ' qui font préparer les remèdes à la maison à peu de frais, d"où leurs finesses sont descousues, longe valere j assis fictitio illo lapide hezoardico^ cornu unicornis, confcct. de hyacintho et alkermes similibusque nugis, decipiendse dumtaxat plebeculse idoneis. Néantmoins, ils ont depuis peu présentez à nostre Doyen quelques articles de paix, lesquels s'imprimeront, si nostre Faculté les admet, et en ce cas, je ne manqueray de vous en envoyer une copie. Si vous trouvez en vostre ville un Cardan latin : De utilitate ex adversis capienda \ ou bien quelque tome de Thomas Erastus *, quel qu'il soit, je vous prie de me l'achepter, comme aussi des vieilles thèses de médecine. Je vous envoyé une thèse de médecine, non pas pour dire comme vous, ut sus Minervain doceat, mais pour vous faire connoistre ce que je pense de la maladie de

Paracelse, quoiqu'il admît, comme un grand nombre de médecins de son temps, la possibilité de la transmutation des métaux. Sennert mourut de la peste, au cours d'une de ces grandes épidémies qui, pendant la première moitié du xviie siècle, désolèrent l'Europe centrale et l'Orient. Il a laissé de nombreux ouvrages qui curent au xvii« siècle une grande vogue. C'est dans ses Institutions qu'il s'efforça de concilier les doctrines de Galien et celles de Paracelse. Ses œuvres complètes furent réunies par Patin en un gros volume in-folio qui parut, en 16il. Cf. la Bibliographia Paliniana, de Cliereau, p. 14.

1. Le Médecin charitable. Cf. sa note: Lettre du 18 janvier 1633.

2. Sectaire. Pouvait se dire de « quelqu'un qui est ente?té de l'opinion de quelque Docteur ou de quelque Maître » (Furetièrc).

Page 1