BELIN
Mss. 9358, FOL. 98.
LETTRE CXXXIY A Monsieur Belin, docteur en médecine, a Troyes.
Monsieur,
Je vous remercie de vostre Ihèse de Basle, et en contreschange, vous envoyé deux de nos arrests, avec les harangues de M. de la Vigne : on n'en trouve plus de fin papier, il se faut passer à celuy qui nous reste. On le rimprimera quelque jour, en plus beau papier; peut estre que M. Courtaut nous en donnera occasion. Pour moy, je ne feray rien contre luy ; ce que j'ay lu de son livre m'a fait plus de pitié que d'envie. Si je luy avois respondu, il croiroit l'avoir mérité ; de quo longe aliter sentio. 11 m'a fait honneur d'y parler de moy : j'ay seulement regret d'y estre placé dans et parmy tant de mauvais latin. Le mesme M. Courtaut a fait aussi imprimer à Montpellier, une harangue en l'honneur de feu M. Ranchin, intitulé Ranchinographia. Je vous prie de mandera M. vostre frère qu'il en apporte une couple, dont je vous en demande une.
Le clergé qui est icy assemblé, se dispose de faire quelque chose contre le livre de M. de Saumaise : si la censure s'en imprime, je vous en feray part : il eschappera belle, s'il n'est brûlé comme un beau petit fagot de bois sec, ou tout au moins déclaré brûlable. Je ne sçay encore personne qui ait entrepris d'y respondre ; si (Quelqu'un s'en mêle, je voudrois que ce fut le P. Petau ; veu qu'ils se connoissent déjà tous deux delongue main. Je vous envoyé une tlièse contre l'antimoine, laquelle n'est pas mal faite. M. de Nets, Kvesque d'Orléans, et docteur de Sorbonne, est icy mort
depuis trois jours, d'une suppression de goûte ' ; le docteur Casaubon appelle cela divergiam seri podagrlci. Louis Duret a dit de cela surHoUier', en parlant au mareschal de Brissac ^ : Quand vous avez la goutte, vous estes à plaindre ; Quand vous ne l'avez point, vous estes à craindre.
Avec la thèse de l'antimoine, vous en trouverez une de hydrope, laquelle est aussi bien faite qu'elle est vraye, M. vostre fils continue de ne pas aller en classe : vous y donnerez tel ordre qu'il vous plaira. Je vous souhaitte bon an, à Madame Belin. et à tous nos amis de delà, et suis,
Monsieur, Votre très humble et obéissant serviteur.
Patln.
De Paris, ce 2 de Janvier 1646.
Edit. de Rotterdam 1695.
— iD. 1725.
1. En marge de la lettre, de la main de Patin : « Il n'est point mort, la nouvelle est fausse «.
2. HouUier (Jacques), d'Etampes, doyen de la Faculté en 1546-47, Un des plus habiles praticiens du xvi' siècle. Fut le maître de Louis Duret qui rédigea « le Traité des maladies d'Houllier » mis au jour, après sa mort, par René Ghartier, le laborieux éditeur d'Hippocrale et de Galion. Mourut en 1562 ; a laisse de nombreux ouvrages qui furent publiés après sa mort.
3. Brissac {Charles de Gossé, comte de), dit le maréchal de Brissac. né en 1503, mort en 15G4. Un des plus grands capitaines du siècle, mourut, en eOet, de la goutte.
Mss. 9358, FûL. 99.