LETTRE CXL
A Monsieur Beli\, le père, docteur en médecine a Troyes.
Depuis que j'escrivis la sepmaine passée à M. vostrefils, pour responce à celle qu'il m'avoit envoyée après son retour de Montpellier, par laquelle voye je vous envoiay aussi le livre nouveau de Gaspar Hofmannus mon bon amy : De Medlcamentis officinalihiis , j'ay receu céans, en mon absence, un pacquet de la poste qui vient de Catalogne, du camp de Lérida; c'est M, vostre second fils qui m'escript, et qui me prie d'intercéder pour luy envers vous. Je vous envoyé ses deux lettres, afin que vous sachiez par icelles Testât entier de ses affaires, et que vous en en fassiez ce qu'il vous plaira. Le roy, la reine, leMazarin et toute la cour sont icy de retour de Fontainebleau. On n'attend plus, pour couronner les exploits militaires de cette année, que de bonnes nouvelles de Lérida et de Donquerque', encore dit-on queM. le duc d'Anguien entra hier dans ce dernier, et que nous aurons l'autre, le mois qui vient. Je ne scay si par cy-devant, je vous ay envoyé les trois pièces qui ont esté faites à l'occasion de M. Courtaud : la
1. La campagne de Flandre de 16lrt, dont le siège et la prise de Mardyk avaient été les préludes, se poursuivait par le siège de Dunkerque conduit avec son ardeur accoutumée par le duc d'Enghien. Arrivé devant cette place forte le 19 septembre, il l'enlevait l)rillammcnt, malgré la bravoure de sa garnison et l'habile défense de son gouverneur le marquis de Leyde, le 11 octobre suivant.
première et la troisièsme sont d'une mesme main, et ne sont pas assez sérieuses pour estre pièces de défence et démonstratives ; mais celle qui porte le titte de Dijfibalation vaut quelque chose de bon ; M. Courtaud en dira ce qu'il pourra, mais il y a là-dedans quelques articles qu'il ne peut réfuter. S'il respond quelque autre chose que des injures ou des solécismes ; on parlera à luy, sinon son libelle sera mesprisé. Je pense bien que ceux de Montpellier tascheront de faire autre chose, mais ils ressemblent à la France durant la Ligue, nonhabent hominem, ils n'ont pour le présent personne chez eux. Si feu M. Ranchin eût encore vescu, ils n'eussent point donné cette vilaine et honteuse intervention au gazettier ; ils ont tenté la voye du privé conseil pour y faire revoir noslre arrest : M. le chancelier a cassé leur requeste, et leur a dit que tels arresls d'audience et de police n'estoient point subjels à revision, que ce n'estoit qu'une confirmation de nos anciens- privilèges, etc. Ils disent pour s'excuser qu'ils n'ont pas donné d'intervention au gazettier, qu'ils agissent contre luy comme contre un faussaire. Ils auroient besoin d'avoir un Joubert'parmy eux encore, ou quelqueautre habile homme. Il y en a de leur eschole dans les provinces, mais ils n'entreprendront point leur défence. Ceux de Rouen disent dans un grand/ac/om imprimé, il y a deux ans, contre un docteur de Montpellier, qu'ils ont l'obligation à ceux de Paris de leur avoir enseigné leur art, idque gratis, mais qu'ils n'en ont aucune à ceux de Montpellier qui, pour toute marchandise, leur ont donné du parchemin, et ont pris leur argent. Mais c'est assez de cette querelle : si quelque chose s'en imprime par cy-après, je pourray bien a ous en faire part. Pour la harangue de M. Courtaud, on n'en peut
1. Joubcrt (Laurent), né à Valence en Dauphiné en 1529. mort à Lombers, en 1583. Inscrit à la Faculté de Montpellier en 1550, bachelier en 1551, docteur en 1558, il fut nommé à la chaire d'anatomic qu'avait occupée son maître Rondelet, en 1566 et chancelier de l'Université^ à la mort de Saporta, en 1574. — Homme d'esprit et médecin érudit qui a laissé de nombreux travaux.
8io LETTRES DE GUI PATIN
avoir icy pour del'argent; j'en espère quelques exemplaires par vostre moyen, et vous en seray obligé toute ma vie.
Je vous baise les mains, à madame vostre femme, à M. vostre fils, à MM. vos frères, à M. Sorel, M. Allen, M. Camusat, et suis,
Monsieur, Vostre très humble et très obéissant serviteur.
Patin.
De Paris, ce 12 d'Octobre 1646.
Nous avons perdu le pauvre M. du Val, nostre collègue, âgé de soixante-sept ans.
Edit. de RoTT^;aDA^I 1695.
— iD. 1725.
— DE Paris 1846.
A BËLIN SU
Mss. 935^, FOL. 105.