LETTRE CXLI
A Monsieur Belin. le père, docteur en médecine, A Trotes.
Monsieur,
Je vous remercie de la vostre dernière, etde vostrebonne volonté. Je suis bien aise qu'ayez receu le livre de M. HofFman dans lequel il y a quantité de bonnes choses. Je ne vous respons rien sur ce que vous m'alléguez de Montpellier ; il y en a trop à dire ; ce qui a esté imprimé par cy-devanty a satisfait. Ceux de Montpellier ne laissent point d'être malcontans, en quoy ils ressemblent à ceux qui ont perdu leur procez, à qui on permet de pester et de jurer contre leurs juges et leurs parties. Je m'estonne qu'ils aient tant de droit et si peu de raison ; ils devroient choisir un autre advocat que M. Courtaud, qui estalàt mieux leur fait, sans injure et sans solécisme : pour moy, je les luy pardonne, croyant qu'il n'avoit autre chose à dire. Nous ne craignons pas ce qu'ils pourront faire par cyaprès ; les rieurs ne sont pas de leur costé. Son escript est si chétif, qu'il s'est rendu ridicule, comme la cause qu'il a entrepris de défendre. Ceux de Montpellier ressemblent à ceux qui pensent à estre nobles, et ne le sont point : ils ne peuvent prouver leur prétendu droit, faute de bons titres; ils n'ont rien, en leur escholc, que de belles prétensions comme les gentilhommes du Maine quand ils marient leurs filles. Nous scavons bien le fond et le tréfond de leur pouvoir, siiam quoqiie infirmilalem oplime intelligunt ;
mais ce qu'ils en font est pour entretenir clialandise, et continuer de débiter perfas modo, modo etiam per ne/as, leur parchemin : neqiiid dlcam gravius. La pluspart des docteurs de Montpellier qui font bien dans la campagne doivent leur institution à nos escholes et aux bons livres qui en sont sortis, et ne doivent rien à Montpellier, où ils ont laissé leur argent. Mais c'est assez pour ce coup : Diertus esse possem , si contra ista dicerem. Nous avons copie de leurs privilèges tels qu'ils les ont produits au procez; c'est une fort belle chose. Nous ne craignons non plus M. Vautler que la lune craint les loups ; il ne nous sçauroit faire de mal ; nous le connoissons trop bien. Ostez deux médecins du roi, il n'y en a point icy de iNlontpcllier qui y pratiquent. Il est vray qu'il y a quelques charlatans qui en prennent le titre, qui tuent, à force d'antimoine et de thériaque, ceux qui sont si malheureux de tomber entre leurs mains, et font opprobre à l'eschole de ^lontpellier, laquelle se vante de tant de miracles que l'expérience rend invisibles. Mais je me retiens; si on fait contre nous quelque chose qui mérite, vous verrez un livre plein de raisons, et dont mesmes nous avons le privilège de M. le chancelier; et jusques là je ne vous enlretiendray plus de cette affaire. Je respondrois fort aisément à tous les points de vostre lettre, mais il faudroit un livre tout entier; il vaut mieux attendre qu'il soit imprimé. Cette controverse n'empeschera pas, si vous voulez, que nous soyons bons amis ; mais nous ne céderons jamais à Montpellier en aucun point, ny d'antiquité, ny de célébrité, ny de grands personnages, de bons autheurs, ou bonne méthode. M. vostre fils, qui en vient fraischement, sçait bien comment tout y est chétif et délabré. L'arrest contre Renaudot n'est pas le premier que nous avons eu de cette nature ; et quand ils oseront comparoistre, nous en aurons encore d'autres. Nous ne craignons ny les guenillons de la fortune, ny les haillons de la faveur. Nostre Faculté dit hardiment de soy-mesme ce que la vertu dans Claudien :
DivUiis animosa suis '. Nous sommes fondez sur le Saint- Esprit et la nécessité.
Je vous baise les mains, et suis,
Monsieur, Vostre très humble et obéissant serviteur.
Patin.
De Paris, ce 24 d'Octobre 1646.
EUIT. DE RoTTlilU.AM 1695.
— iD. 1725.
— Pabis 18-16.
1. Claudien (Cldudius Claudianiis), né à Alexandrie en Egypte, vêts 3t)o. Ses œuvres ont été traduites en français par de la Tour ; P.vris^ 1798, 2 vol. in-8°.
oii li-:ttbes de gci patin
Mss. 9358, FOL. 106
LETTRE CXLII A Monsieur Belin, le fjls, docteur en médecine,
DEMEURANT CHEZ MONSIEUR SON PERE, DOCTEUR EN MÉDECINE A TrOYES.
Monsieur,
Je VOUS remercie de VOS thèses etdevos livres ;j'ai veuvos cardinales et les ay données à imprimer ; on y travaille à présent. Maintenant que vous estes de retour, gardez bien de perdre vostre temps ; ne laissez passer aucun jour sans estudier pour le moins huit heures ; lisez sO%neusement la Pathologie de Fernel et les quatre premiers livres de sa méthode générale ; adjoutez-y la pratique de J. Holher, avec les Enarrations de M. Duret, et mesmes, lisez les Coaques dHipocrate, avec les commentaires du mesme Duret, et les Aphorisraes d'Ilippocrate. avec les commentaires de Galien, de Hollieret deHeurnius'. Les meilleures chirurgies sont celles de Tagault' et de Gourmelen, et [il] faut qu'un médecin sache ces deux livres, ne obstrepentem sibl habeat, et rébus suis parwnfaventein, maleferialam et superbe ignoram chirurgoruin genteni. Il va trois traitez dans Galien que vous devez chérir, et y lire souvent
1. Hippocralis Coï Aphorismi grœce et latine, brevi enarratione, fidaque interprelatione ita illustrati, ut ab oiimibus facile intelligi pjossint. Leïde. 1601,10-4". — Cet ouvrage a été édité ou réimprimé un grand nombre de fois.
2. De chirurgica institulione libri quinque. Pviusiis. I'6't3. Vexetus, loti. LuGDusi, 1547. On ajouta à lédition de Lyon, le De materia chirurgica de Jacques Hollier. En français. Lyon, 1o80, sous le litre suivant : Chirurgie de M. Tagault docteur en médecine, avec plusieurs figures des instruments nécessaires pour l'opération manuelle, in-8". Tagault (Jean), né à Amiens ou au Vimeu en Picardie, mort à Paris en 1545. Docteur de la Faculté de Paris en 1322, et doyen pendant quatre ans, de 1534 à 1537. Un des premiers chirurgiens q»ii aient écrit des ouvrages de chirurgie en langue latine. Aussi, sa chirurgie futellc éditée un grand nombre de fois et traduite en plusieurs langues.
A BELIN 5io
quelque chose, scavoir: De loris affeclis ; de morborum et symptomatiim causis et dijfcrentiis, et ses livres de la Méthode. Vous ferez fort bien d'y adjouter ce qu'il a escript de commentaires sur les épidémies d'Hippocrate. Si vous desirez [une] autre pharmacie que la métliode de Fernel, lisez Renodeus ; mais ne vous laissez point emporter au courant de tant de promesses que font les antidotaires qui sont destituez de l'expérience. Neantmoins, il faut savoir quelque chose des compositions, de peur que les apothiquaires, artis nostrœ scandala et opprobria, ne puissent prendre barrre sur vous. Suinnmin artis nostrœ praesidium est venx sectio cajus vires insignes et penh divinas facilitâtes perdiscere ooteris, ex Fernelii Methodi generalis lib. 2, integro, et des trois petits traitez qu'en a escripts Galien. Ne perdez point de temps à lire tant de modernes qui n'ont fait des livres de notre art que faute de pratique et pour avoir trop de loisir; surtout fuyez les livres de chymie, in quorum lectione oleum et operam perdes. Excusez le zèle avec lequel je vous parle si franchement ; il est vray que j'ay tort, puisque vous avez M. vostre jière qui peut, en tout temps, vous donner de meilleurs conseils que moi. Quand il se fera icy de bonnes thèses, je vous en feray part en récompense de celles que m'avez envoyées, desquelles derechef je vous rends grâces, avec dessein d'estre toute ma vie,
Monsieur, Vostre très humble et très obéissant serviteur.
Patin.
De Paris, ce 24 d'Octobre 1040.
Edit. de Rotterdam 1693.
— iD. 1723.
— DE Paris 1846.
Mss. 9358, FOL. 107.
LETTRE CXLIII A MoNSiEUK Belin, le fils, chez Monsieur Belin
SON PÈRE, DOCTEUR EN MÉDECINE, A TrOYES.
Monsieur,
Je doibs response à quatre des vostres, que j'ay attendu de vous faire, quand je vous envoierois les thèses que vous avez désiré que je fisse imprimer de deçà pour vous, lesquelles enfin j'ay délivrées toutes reliées à M, Tartel, le samedy 15 de décembre. J'ay grand regret de la mort de M. Missole ; mais il n'y a point de remesde :
Contra v'un niortis non est medicamen in hortis.
Je me console de la mort d'autruy en m'accoustumant à mourir, puisqu'enfin, il faudra que nous y passions tous :
Omnia transibunt, nos ibinms, ibitis, ibunt, Ignari, gnari, conditione pari.
Je prie Dieu qu'il renvoyé la santé à M. vostre père, que je liens un des meilleurs amis que j'aye en ce monde, et je vous prie de l'en asseurer ; afin que par cy-après, il n'y ait entre nous deux aucun refroidissement, dites luy, s'il vous plaît, que j'abandonne entièrement tout l'intérest de la cause du gazettier et des professeurs de Montpellier, et que je donne tout cela à son amitié, ayant dessein de ne luy en parler jamais. Je vous remercie de l'honneur que m'avez fait de me vouloir dédier vostre thèse ; combien (jue je ne mérite rien de pareil, je l'ay néantmoins acceptée à cause de vous etde vostre bonne volonté etafin que M. vostre père sache que je veux estre son amy (mesme quand il ne le voudroit point) à cause de sa \crtu et de sa générosité ; quo solo nomine, je l'en prie derechef. J'ay fait imprimer
répistrc depuis l'impression des thèses, etj'ay fait accommoder le tout au inoins mal que j'ay peu. Les armes en taille douce n'eussent fait qu'embarrasser et enchérir l'impression. Je ne veux d'autres armes que la grâce de Dieu et vostre bonne affection. .46^;^ mihi gloriari nisi cruce Donnai. Je cherris ' singulièrement l'honneur de la connoissance et de l'amitié de M. vostre père, et la vostre aussi ; je vous prie de me les conserver toutes deux, et je vous promets que je feray, de mon costé, tout ce que je pourray pour les mériter.
J'ay grand regret que je n'ay eu l'honneur de voir M. Maillet; ses afTaires l'ont empesché de venir céans. J'ay cerché le logis où il estoit caché, mais je ne l'ay peu trouver : je vous prie de lui tesmoigaer que je suis bien marry que je ne 1 ay veu et entretenu. Maudits soient les partisans et les maltôtiers qui m'ont privé du bonheur et du contentement que j'eusse eu de leconnoistre. Vous m'obligerez particulièrement de luy faire mes très humbles recommandations. J'ay par la mesme voye de M, Maillet reçeu une affiche d'un médecin de Lyon, nommé Meissonnier ; j'ay céans cette affiche, il y a long-temps, et il y a encore plus long-temps que je connois le compagnon : vix dicam verbo : c'est un fou glorieux et presque maniaque. Il a icy demeuré quelque temps; je l'ay veu et ay lu de ses livres ; je sçay bien de quel bois il se chauflc à Lyon. Ne perdez point vostre temps à rien lire de luy. Ne lisez qu'Hippocrate, Galien, Aristote, Fernel, Hollier, Duret, Sylvius, Riolan, Tagault, Joubert, et fort peu d'autres, m quibiis Hofmannus ipsedux régit examen, ie fais icy imprimer un autre livre de luy, dont je vous feray présent dans un mois ou environ, comme l'aulheur luy-mesme me l'a envoyé. Lisez les bonnes thèses de nostre eschole ; voyez ce que vousen avez, afin que je vous envoyé des meilleures si vous n'en avez point. Tandis que vous avez un peu de loisir, lisez tout ce qu'a escript Thomas Erastus, et principalement, De occiiltis pharmacorum potestatibus , et ses 4 tomes Adversiis novam niedicinam Paracelsi. Lisez aussi