LETTRE CXLV
A Monsieur Belin le fils, docteuh en médeciine, A Troïes.
Monsieur,
Vostre lettre m'a fort réjouy, et suis bien aise qu'ayez reçeu ma dernière de laquelle j'estois en peine. Je vous envoyé donc, puisque vous l'avez agréable, un livre, De morbis hereditarils, de M. Lyonnet', avec un petit libelle, que l'on a fait icy courir pour censure ; et pour responce à ce premier, j'y ajoute aussi un livre nouveau de feu M. du Yal, touchant les plantes \ dans lequel vous trouverez de fort bonnes choses, et principalement dans le traité des plantes purgatives ; vous y trouverez aussi quelques thèses de médecine, et entre autres, la cardinale, à laquelle je présideray jeudy prochain, Dieu aidant : je la soumets à vostre censure, et seray bien aise d'en avoir vostre jugement'.
1. Lyonnet (Robert) né au Pu>, en Velay ; vivait au dix-septième siècle. Docteur de Montpellier, fut doyen de la Faculté de Valence et devint, grâce à la protection de Bouvard, un des médecins consultants de Louis XIII. Le livre signalé par Patin porte le titre suivant : Brevis dissertalio de morbis hœreditariis, auctore Boberto Lyonnet, Aniciensi, doclorc medico et nlmœ Facultatis medicx Valentinœ Dccano, consiliario et medico Begio,— qua probatiir affectas morbosos quihusciim LudovicusXIIIBex Galliœ et Navarrœ christianissimus conflictatus est fuisse adventitios, non profectitios, non hereditarios. — Parisiis, apud Gasparum Meturas, v!â Jacobœd , sub signo SS. Trinilatis, prope Maliirinenses, MDCLv'ir, cum privilegio Begis christianissimi. Cet ouvrage — écrit sous l'inspiration de Bouvard dont il fait l'apologie — et dont <( Vapprobatur d porte les signatures de De la Vigne, de René Moreau, de Fr. Guénaut, et de Patin, contient un journal assez intéressant de la santé et de la dernière maladie de Louis XIII. Lyonnet, dans le but^ de rassurer Anne d'Autriche sur l'avenir du dauphin, conteste l'hérédité des maladies.
2. Cf. note : Lettre du 2 juin I6'i3. 8. Cf. Lettre et note du 10 avril 16^i7.
Pour responce à celle de M. vostre père, que j'ay différée jusques à présent pour les divers empeschements que j'ay eus, et entre autres, de mes leçons et de mon anatomie, je vous prie de luy dire que pour le livre d'Erastus, je l'en remercie, j'ay tout ce qu'il a fait en médecine, j'ay aussi ce petit traité qui est huguenot. Cet autheur a esté un très grand personnage, et le premier homme de son tems : faites estât de tout ce que vous trouverez de luy, et lisez particulièrement les quatre tomes qu'il a escripts contre Paracelse. Un jeune médecin ne sçauroit mieux employer ses heures de loisir : liber est aureus et optimœ f rugis plenissimus. Je luy envoyé aussi le Salmasius, de Primatii Pétri, pour luy et pour ses amis; je le prie de le bien envelopper, afin qu'il ne soit pasgasté,etquandlui et eux en auront fait usage, il me le renvoiera par voye seure, s'il luy plait. Pour M. vostre frère, le soldat, je ne pense pas qu'il me vienne voir ; il m'a trompé trop fort pour m'y fier autrefois ; mais s'il y vient, je luy feray un sermon, puisque nous sommes en caresme. Au reste, je vous prie de dire à M. vostre père que, malgré Paris et Montpelier et toutes leurs prétensions, de qiiibiis nihil mihi curœ, je seray, toute ma vie, et de toute mon affection, son serviteur et son amy, quand mesme il ne le voudroit point.
Je vous baise les mains, à Madame Belin, à M. Sorel, M. Allen, et suis de tout mon cœur,
Monsieur, Vostre très humble et obéissant serviteur.
Patin.
De Paris, ce 9 de mars 1647,
Edit. de Rotterdam 1695.
— iD. 1725.
— Paris 1846.
A FALGONET fJ2o
Edit. de Rotterdam 1725, T. 1 PAGES 28-30.
LETTRE CXLVI A André Falconet '.
Monsieur,
Je vous ai grande obligation de votre belle lettre et de l'affeclion que yous m'y témoignez. Je n'ai point d'assez belles paroles pour vous en remercier. Dieu soit loué qui, par deux légères thèses, m'a procuré la connoissance de tant d'honnêtes gens qui m'ont donné leur affection et m'ont fait offre de leur amitié. 11 est vrai que je me souviens bien que, ci-devant, j'ai eu l'honneur d'entendre parler de vous, et que vous aprouviez ma thèse, Estne totiis homo à natura morbus'?'' et, si je ne me trompe, ça été à M. Gontier \ aujourd'hui médecin à Roanne, in agro vestro Lugdunensi. De l'un et de l'autre, je vous ai très grande obligation et vous en remercie de toute mon affection ; et, en échange de mes bonnes grâces que vous témoignez de désirer, je vous demande instamment votre amitié ; et, pour commencer de mon côté, je vous envoie six feuilles imprimées, dans lesquelles vous trouverez quelques bonnes thèses rimprimées ici depuis peu. Si cet imprimeur continue dans le dessein qu'il a, nous pourrons, quelque jour,
1. Le texle original de toutes les lettres de Patin à Falconet manquant et étant resté introuvable, malgré nos recherches en France et à l'étranger, nous sommes obligé de les publier — comme certaines des lettres à Spon — d'après les meilleures éditions antérieures. Pour la biographie de Falconet, Cf. note : Lettre du 2/ avril 16^i3.