Cf. note : Lettre du 2i décembre
3. Gontier (Pierre), médecin à Roanne, fut un ami de Palin qui en parle alTectueusement dans sa correspondance. Cf. Lettres des 19 septembre, l'J décembre 1662 et 15 juillet 1662.
Si6 LETTRES DE Gl 1 PATIN
en avoir un assez grand nombre pour en faire un juste volume ; il n'y a que cela de faitpour le présent. M. Spon, mon bon ami, vous les livrera.
Pour mes chers ennemis, les apoticaires de Paris, ils se sont plaints de ma dernière thèse à notre Faculté, laquelle s'est mocquéc d'eux ; ils en ont appelé au parlement oîi leur avocat ayant été ouï, je répondis moimême sur le champ, et ayant discouru une heure entière avec une très grande et très favorable audience, [comme j'avois eu, il y a cinq ans, contre le gazelier), les pauvres diables furent condamne/, sifflez, mocquez et bafouez par toute la cour, et par six mille personnes, qui étoient ravies de les avoir vus réfutez et rabatus comme j'avois fait. Je parlai contre leur bézoar, leur confection d'alkermès, leur (hériaque et leurs parties ; je leur fis voir que, organa pharmaciœ erant organafallaciœ, et le fis avouer à tous mes auditeurs. Les pauvres diables de pharmaciens furent mis en telle confusion, qu'ils ne scavoient où se cacher. Toute la ville l'ayant sçù, s'est pareillement mocquée d'eux, si bien que l'honneur m'en est demeuré de tous côlez ; jusques là même, que notre Faculté m'a rendu grâces de ce que je m'élois bien défendu de la pince de ces bonnes gens, en tant qu'il y alloit de l'honneur de notre compagnie ; les juges mêmes m'en ont caressé'. Voilà, monsieur, l'histoire des pharmaciens.
1. Il s'agit du procès iiiteiilé à Patin, le lo mars 1G47, par les apothicaires de Paris, épisode du conflit qui divisait deiiuis longtemps les médecins régents et les pharmaciens. Les premiers voulaient réformer la pharmacopée, mélange complexe de médicaments bizarres légués — à travers les âges — par l'arabisme. Les seconds, menacés dans leurs intérêts matériels, se défendaient par tous les moyens en leur pouvoir, et le procès de Renaudot leur paraissant une occasion favorable, ils prirent position dans la lutte et prêtèrent un énergique appui au fondateur du « bureau cliaiitable «. Cette intervention d'une corporation qu'elle considérait comme vassale, au profit d'un adversaire détesté, irrita profondément la Faculté cl la situation devint extrêmement tendue Patin, qui, dans toutes ces affaires, joua un rôle prépondérant, traduisit ce ressentiment dans un acte public, en faisant soutenir par son élève Monligny, aux écoles de la rue de la Bucherie, le 14 mars 1647, la fameuse thèse de la « Sobriété» : Est ne longœ acjiicundœ vitse tuta certaque jjarens sobrietûs ? Dans celte thèse, riiygiène, on le devine, n'était que le prétexte et, au fond, il s'agissait surtout d'une
A FALGONKT oil
Je vous baise les mains, et vous prie de croire que je serai toute ma vie,
Monsieur, Votre très humble et très obéissant serviteur.
Pacin.
De Paris, le iO avril 1G47 '.
GOLOGKE
ID
Paris
Cologne
La Haye
ID
Rottebdam
Paris
\éhémente attaque contre les apothicaires et d'une nouvelle critique de ces médicaments abhorrés qui reviennent si souvent sotis la plume de notre auteur; le tout, agrémenté, selon sa coutume, d'injurieuses épithètes latines. Les apothicaires ainsi visés par ce coup droit, inquiets pour leur industrie d'une manifestation aggressive que sa publicité, l'appareil dont elle était entourée, et l'autorité qui s'attachait encore aux actes de la Faculté, rendaient particulièrement redoutable, après avoir essayé inutilement de fléchir le doyen et d'empêcher la soutenance de la thèse, déférèrent son auteur aux tribunaux. Ce fut une mauvaise inspiration . Patin se défendit lui-même, et improvisa un de ses meillevirs discours. Jamais il ne fut mieux servi par sa verve redoutable, sa merveilleuse érudition et son esprit acéré. Les apothicaires furent déboutés de leurs plaintes, et sévèrement admonestés en plein tribunal par l'avocat du roi, Omer Talon. Quant à Patin, il reçut de lui les félicitations les plus flatteuses.
1. Lettre confondue — DA>is les vieilles éditions — ax-ec les LETTRES ADRESSÉES A SpoN, exccpté dans les éditions de Cologne et dans celle de Paris 18i6.
Mss. 9538, lOL. 110.
LETTRE CXLYII A Monsieur Belin, docteur en médecine a Troyes.
Monsieur,
Gardezle livre deM.deSaumaise,tantqivil vous plaira, et inesme si vous l'avez agréable, gardez-le pour tousjours; ce me sera honneur, si vous le voulez mettre dans vostre bibliothèque. Sinon, faites-en tout à loisir, et vous me le renvoyerez, quand il vous plaira, pourveu qu'il soit bien enveloppé et par voye seure. Pour vostre rheumatisme, nous allons entrer dans une saison qui en dissipera les restes. Dieu aidant; à quoy ma thèse est bien propre, veu que l'eau fait à ce mal tout autrement que le vin. Je sçay bien que M. Mégard est mort. Je vous félicite [sur] la charge d'Ancien de vostre collège et souhaitte que vous y soyez aussi long temps que M. Seguin a esté icy, qui a aujourd'huy 82 ans, et qui est nostre ancien, il y a quinze ans. Dieu vueille bien délivrer M™*^ Belin de sa jaunisse à laquelle, post sallem semel missiim sangmnem ex basllica dexlra, je ne scay point de meilleur remède que le séné et le sirop de roses pâlies, in decocto rad. kiraxac' cichorii Syla.'graminis, ealegeiit subinde repetatur. Mais, j'ay tort
1. Dent de Lion {Taraxacum minus, Dens leon'is laiiori folio, etc.). La racine et les feuilles étaient usitées dans les affections hépatiques. Cf. la PuARM.vcopÉE RAisos.NÉE DE ScHRODER. Commentée par Michel Ettmuller. Lto:«. M. DC. XGVIIl.
2. Les éditeurs antérieurs ont lu « Sylva » et, « ex lege » au lieu de « ea lege ». La racine du Silarum ou Cher\y {Rapuncuhis horlensis, Silaram gernianoruin. etc.), passait pour diuréticpic et lithonptritiquc. Cf. Schroder, op. cit.
A BELIX 529
de me meslcr de vous indiquer des remèdes. Je me rends -semblable à celuy qui noctuas Athenas; dlcani tamen hoc iinum : la rhubarbe m'y semble trop chaude.
M. le Président de Gourberon vous peut asseurer du favorable jugement que j'obtins, le XV de mars, contre les apothiquaires, au parquet de Messieurs les gens du Roy où les compagnons furent estrillez tout du long. Tout le palais les baffouaet semocqua d'eux. Ils prétendoientdes réparations contre moy, pour ce que j'avois dit de leurs bouëtes, de leur thériaque et confection d'alkermés quam Campegius ' dœmoniacam nuncupaoU, Rondeletius perniclosam et venenatam \ Leur bézoar y fut si bien secoué, qu'il ne demeura que poudre et cendre, comme l'a dit M. llofman m suis Paralipom. cap. 36. Je ne pris point d'advocat; je me défendis moy même, fort au gré de mes juges, aussi bien que de mes auditeurs. /)mîi!>5i et rejecti fuere, tanquam ignari nebulones, boni illl viri pharniacopsel Parisienses. Ce procez ne m'a fait qu'honneur, et a fait connoistre ma thèse que tout le monde demande \ Ces coyons* d'apothicaires
1. Les anciens éditeurs ont fait un nônî cômiliun de Canipegiusi Campegius — Champicr (Symphorien) — né en 1472, à S'-Saphorinele-Cliàteau (Lyonnais) mort dans cette localité en lo3o. Fondateur du collège des médecins de Lyon. L'ouvrage dans lequel il stigmatise la thériaque, l'alkermès et les apothicaires porte le titre suivant : Le inyronel des appothicaires et pharinacopoles...., Lugduni, 1533.
2. Methodus de materia medicinaii et compositioiie medicainentoruin. Patavii, 1556, in-8. Cf. la noie de Rondelet : Lettre du h Janvier 1633.
3. Ce plaidoyer de Patin ne fut pas imprimé ; mais il se trouve longuement analysé, par le doyen Perreau, dans les Registres commentaires {Tome XIÏI, fol. 323 Ro et suiv.).
4. Ce terme rayé, aujourd'hui, du Dictionnaire de l'Académie, était encore alors usité dans la langue écrite. Provenant du latin quietus, il s'entendait de a personnes fesant profession de lascheté, de poltronerie ». Les Capitans qui font tant les braves sont toujours de parfaits coyons (Furetière).
b30 LETTRES DE GLl PATIN
ont trop pris de pouvoir sur l'honneur de la médecine; il est grand temps de les rabbattre, ou jamais on n'en viendra à bout.
Je vous baise les mains, à M. vostre fils, à Messieurs vos frères, à M. Sorel et suis, de tout mon cœur,
Monsieur, Vostre très humble et très obéissant serviteur.
Patin.
De Paris, ce 24 d'avril 1647.
EuiT. DE Rotterdam 1695.
— iD. 1725.
— Paris 1846.
A FALCONET Sâl
Edit. de Rotterdam 1725, T. 1 PAGES 30-31.
LETTRE GXLVIIl
A André Falconet.
Monsieur,
Enfin je vous répons, après un long tems, espérant de votre bonté que vous me pardonnerez, si je ne m'en suis plutôt aquitté ; mes leçons publiques et mes occupations particulières m'ont tellement dérobé mon tems, depuis un an, qu'à peineai-je eu le loisir décrire, en deux mois, un mot de réponse à mon cher ami M. Spon. Je suis bien aise que vous ayez trouvé belles les thèses que je vous ai envoyées, et que vous fassiez état de notre Faculté ; et comme inter bonos bene agere oportct, je vous puis assurer que tant que mes leçons ont duré, j'ai pris plaisir de dire du bien des médecins de Montpelier : ex qiiibus polissimiim colo Joiibertum et Varandxiim', sans offenser, en aucune manière, les lionnêtes gens qui, tous les ans, y prennent leurs degrez, au nombre desquels je ne puis comprendre, en aucune façon, deux vivans aujourd'hui, qui sont MM. Courtaud et Rivière; qaos vere dixerim dehonestamenta'^ siiœ artis et siii ordinis. La harangue du premier et les observations du second en font pleine foi à tout homme qui ne sera pas préoccupé : je vous en fais juge vous-même.
Pour le fait des apoticaires, tout le monde en juge ici comme vous ; on dit qu'ils ne m'attaqueront plus. J'espère que le carême prochain, ou environ, je commencerai de tra-
1. Varandaeus (Varandal Jean) né à Nîmes, mort k Montpellier en 1617. Un des professeurs le plus cslimé de la F'aculté de Montpellier au commencement du dix-septième siècle. — Bachelier de cette Faculté, le 3 juin lo8o, docteur le 11 avril lo87, professeur en lo97, doyen en 1609,