Lettre confondue — Dans les vieilles iîditions — avec les
LETTRES ADRESSÉES A SpOS EXCEPTÉ DANS LES ÉDITIONS DE COLOGNE, 1691
Et de Paris 18i6.
Mss. 9358, FOL. 111.
LETTRE CXLIX A Monsieur Belin, docteur en médecine, a Trotes.
Monsieur,
11 y a long temps que je vous doibs responce; mes leçons publiques m'en ont empesché jusques à présent ; maintenant je m'en acquitte, et le tout, s'il vous plaît, soubs vos bonnes grâces. J'ay reçeii des mains de M. Gallien, conseiller de vostre ville, le Satmasius fort bien conditionné, dont je vous remercie ; vous pouviez le garder plus long temps. Quand M. de Blampignon s'en retournera, je luy donneray de mes dernières thèses à vous rendre. Mon plaidoyer contre le gazettier n'est pas escript depuis cinq ans passés ; je n'en ay ai eu aucun loisir ; je le fis, sur le champ, sans l'avoir médité et sans en avoir jamais escript une ligne. Deux advocats qui venoient de plaider contre moy, l'un, au nom du gazettier et lautre, au nom de la Brosse, me mirent en humeur de faire mieux qu'eux et de dire de meilleures choses. L'un ny l'autre ne purent prouver que nebiilo et blatero fussent termes injurieux; ils me donnèrent si beau champ, que leurs foibles raisons servirent à me justifier aussi bien que toute l'éloquence du monde, et mon innocence me fit obtenir si favorable audience, que j'eus tout l'auditoire et tous les juges pour moy : et censorem, et curiam, et quirites. Depuis ce tems-là, j'avois commencé à le descrire et en suis environ à la moitié; j'ay bonne envie de l'achever, mais le loisir me manque. Je m'en vay travailler à quelque chose contre la cabale des apothiquaires; afin de l'avoir tout prestpour le faire imprimer, si jamais ils m'attaquent, et puis je
travailleray à une méthode particulière, in gratiam neophytorum, en laquelle seront refutei.'. le bézoar, les eaux cordiales, la corne de licorne, la tériaque, les confections de hyacinthe et d'alkermès, les fragmens prétieux, et autres bagatelles arabesques, qux siint merœ nagse, solis ditandis pharmacopœis idoneœ ; et pour cela, il me faut trois ou quatre ans de loisir, outre que je prends soin particulier des estudes de mon fils aisné, que je veux présenter à l'examen, le caresme prochain, de quihus singiiUs Javentem Deum expectamus .
Quelqu'un avoit escript un livret du party de M. Arnauld, sur saint Pierre et saint Paul. Après beaucoup de bruit et grande poursuite des loyolites, on a veu icy produite, sourdement néantmoins, une censure de l'inquisition de Rome contre ledit livre. Les juges de Pinquisition sont des moines ignorans et des jésuites passionnez pour leur cabale; il a icy couru, contre cette censure, des remarques par lesquelles est fort bien prouvé et démonstré que ce décret de l'Inquisition n'est de nulle valeur en France. Ces notes furent condamnées au Chalelet par le lieutenant civil, sur le mémoire et l'ordre qui luy fut envoyé par M. le chancelier qui fait ce que veulent lesjésuites. Le nonce, là- dessus, fit publier en quelques églises, où les curez étoient loyolitiques, ce prétendu décret de l'inquisition. La cour, advertie de ce désordre, après avoir ouy M. Talon pour le procureur général, a cassé tout ce qui s'estoit fait au Chastelet, a fait défence au nonce de rien faire imprimer ny publier icy de linquisition romaine, qu'il n'ait auparavant esté vérifié en parlement, etc. On dit que la remonstrance de M. ïalon et l'arrest aussy s'imprimeront ; si cela est, je tascheray de vous en envoyer.
On a rimprimé icy ma thèse pour la 3" fois ; tout le parlement et tout Paris se mocquent des apolhiquaires et de leur imprudente impudence avec laquelle ils m'ont voulu attaquer; il n'est pas jusqu'à nostre doyen', qui
1. Le Doyen en exercice était alors Jacques Perreau. Cf. sa note ; Lettre du 2 août 16'i9.
n'ait voulu mettre trois grandes pages de mon plaidové dans son doyenné, in Commentariis Facaltalis ', comme M. du Val y mit, il y a cincq ans mon affaire contre le gazettier °. On n'a rien fait contre le livre de M. de Saumaise, de Primalii Pétri, qui est autant que condamné, quia aiithorem habet calvinislam, ny contre deux autres livres que nous avons de luy, in-8% contre feu M. Grotius : De Eucharislia et transsubstantiatione \ On ne les censure point, d'autant qu'ils sont autant et pis que censurez, puisqu'ils sont huguenots ; mais personne n'en attaque l'autheur, qui se défend si bien, que mesme le père Petau, doctissimus Loyolitaram, ne produit rien contre luy, combien qu'il y ait longtemps qu'on l'attende. M. Blondel, ministre de Charenton, a mis en lumière, il y a environ dix ans, un gros in-folio: De la primauté de r Église *, contre Baronius, du Perron^ et autres. Ce livre est admiré icy comme im grand et horrible travail, mais on n'y a pas respondu : un évesque m'a dit autrefois qu'en ne respondoit point à ces livres là, parce qu'ils ne se pouvoient réfuter. Le mesme Blondel a misau jour depuis trois mois, imprimé en Hollande un petit livret in 8, de dix fueilles d'impression contre la Papesse Jeanne", où il montre
1. C'est un résumé du plaidoyer de Patin que Perreau inséra in Reg. conimentariis XIII, fol. 3'23 v°, et sqq.
2. Ueg. Comm. XIII, fol. lUI u» et sqq. C'est le compte rendu du plaidoyer de Patin dans le procès du 14 août 16i2 qui lui fut intenté par Renaudot et la sœur de Guy do la Brosse au sujet de la préface et de la dédicace du Sennert.
3. De transsubstanlialione Liber. Simplicio Verino auctore ad Justum Paciiim contra H. Grotium. Leyde, Jean Maire, 16i6, in-S».
4. De la primauté dons Tisgih'se, 1641, in-fol. Cet ouvrage fut refuté par Véron dans son livre : De la primauté dans l'Eglise, ou de la hiérarchie en icclle. Paris, 1641, in-S".
5. Duperron {Jacques Davy) né à Saint-Lô le 15 novembre loo6, mort à Paris le 5 septembre 1618. D'abord lecteur du roi Henri III, évèque d'Evreux en 1591, cardinal en 1604, puis archevêque de Sens et grand aumônier.
6. La Papesse Jeanne. Légende répandue longtemps dans le monde chrétien, admettant qu'au ixe siècle, une femme parvenue à dissimuler son sexe aurait occupé le siège de Saint-Pierre. Cette fable a été particulièrement soutenue par Barthélémy Sacchi iPlatina), dans son livre : In vitas summoriim ponlificiim opus. Venise, 1479, in-fol. La papesse Jeanne aurait été, d'après lui. le Pape Jean VIII. On sait que cette imposture, qui a donné lieu à de nombreuses controverses, n'avait pu se produire qu'à la faveur d'erreurs chronologiques, et que la rectification de celles-ci l'anéantit facilement,
qu'elle ne fut jamais'; je ne sçay pas ce que diront les directeurs de Charenton, qui luy paient sa pension de ministre ; mais il est certain que ce Blondel est un homme qui cerche maistre ou party en matière de religion, qu'il n'est pas si fort huguenot que les autres ministres, qu'il est papiste en quelque chose; il hante fort en Sorbonne; il est historiographe de France, et est suspect aux siens propres. Feu M. M. Gasaubon et Grotius ont autrefois esté de mesme.
Il n'y a rien de nouveau en nos escholes, sinon que nous avons perdu, cette année, deux de nos docteurs, sçavoir : M, Béraut % âgé de 63 ans, et M. Erbaud, vieux huguenot âgé de 83 ans. M. Thévart s'en va faire imprimer un 3« tome des Conseils de M. de Baillou'; M. l\\o\an, ad multa se accingit, sçavoir, à la rimpression de son Anthropographie latine, in folio, quarta parte adaiiciam ; à mettre tout en un tome in quarto, comme le Perdulcis, les œuvres de feu M. son père, augmentées de divers traitez ; à faire un autre tome d'Opuscules françois, dont il est l'autheur, où il y en aura un qui fera bien du bruit * ; on commencera l'hyver prochain à imprimer. Nous attendons, le mois prochain, un nouveau livre de M. de Saumaise qui sera, de Ajvio climaclerico, adversus vanilales aslrologorum \ Ses amis
1. Familiers éclaircissements sur la question, si une femme a été assise au siège papal de Rome. Amsterdam, 16i7, 16i9, in-8. Depuis longtemps, les critiques catholiques avaient dén^ontré l'imposture historique de la papesse Jeanne et le P. Sirmond put appeler, avec justesse Blondel « un enfonceur de portes ouvertes. »
2. Béraut (Jean), médecin, littérateur français, vivait dans la première moitié du dix-septième siècle. Les époques de sa naissance, de sa mort, les détails de sa vie sont inconnus. On a de lui, entre autres travaux, une traduction de « l'Euphormio » de Jean Barklay, avec d'excellentes noies, 16i0, in-8°.
3. Consiliorum medicinalium liber tertius et postremus. F'aris, 16i9. Thévart (Jocryucs), né à Paris le 22 octobre KiOO, mort le 8 septembre 1670 (Georges Mathias) ou le 14 septembre 167i (Moreri). Bachelier de la Faculté de Paris en 162o-1626, docteur, le 7 septembre 1027. Fut médecin ordinaire de Marie de Médicis, d'Anne d'Autriche et de Louis XIV. On lui doit l'édition des ouvrages posthumes de Baillou, son grand oncle, qui lui avait légué ses manuscrits.
4. Sans doute les u Curieuses recherches » que Riolan composa en réponse au pamphlet de 1644 de Courtaud, et qui ne parurent qu'en
5. De annis climactericis et antiqua aslrologia, Diatribœ. Lugd. B\ta- VORUM, ex ofjicina Elzcv. 16^8,
l'attendent icy à la S' Remy ; on dit qu'il y doibt passer l'hyver, et qu'après avoir veu ses amis, il veut consulter des messieurs de la Bibliothèque du Roy pour travailler sur le Nouveau Testament après Heinsius et Grotius. Il est plus mal que jamais avec D. Heinsius et c'est pourquoy il veut nous donner ce livre, comme il l'a promis en son traité de Calciilo, pag. 62. Je voudrois qu'il nous eut donné cela, son Pline et son Dioscoride, et 60 observations qu'il a faites sur Pline, et ipse mlhi relalU. Mais, tout est à craindre, d'autant qu'il est usé, cassé, sec et goutteux, et prope sexagenarius : opto tainen illl nestoreos aniios in reipublicse literarise commodurn. Mon second fils', âgé de quatorze ans et trois mois, respondit le mois passé de toute la philosophie grecque et latine, publiquement, où nous eusmes pour auditeurs un nombre infini d'honnestes gens. A la fin de son acte, il passa maislre èsartz, magna exullatione lotius Academise. Je le remets dans ses humanitez pour un an, et puis je le feray estudier en droit ; afin qu'il puisse quelque jour me défendre, si les apothiquaires, aul sunlles aliïnebulones, entreprennent encore de m'attaquer. J'ay bien cy des amis qui veulent me faire croire qu'ils luy donneront de l'employ et de l'audience. Mes deux autres petits estudient, et omnes educabo in eam spem ut tibi tuisque pro virili inserviant.
M. de lîalzac nous a icy donné tout de nouveau deux volumes de lettres choisies, qui font en tout six tomes de lettres % outre son Prince et ses Œuvres diverses, in-4'^ \ Pour vostre autre lettre que m'a délivrée M. de Blampiguon, je vous promets que je le seT\\ray,luosiiorjiie nomine pro virili. Il m'a donné un mémoire de livres que desirez recouvrer icy ; je vous promets que j'en auray soin. Les Consultations de Solenander * sont fort rares : je n'ay