A DE SALINS
moins par cy après ce que je pourray pour le mériter, tant envers vous, si j'en descouvre le moyen, qu'envers luy, dans les occasions qui s'en présenteront, afin que je me puisse acquitter de l'obligation que j'ay d'estre toute ma vie, au père et au fils, et à toute la famille que j'honore de tout mon cœur,
Vostre très humble et très obéissant serviteur.
PatiiV.
De Paris, ce M de Nov. 1648.
Lettre n'ayant pas été
PUBLIÉE dans les ÉDITIONS ANTÉRIEURES.
Edit. d'Amsterdam 1718, T 1 PAGES 166-172.
LETTRE CLXVI
A Monsieur Spon, docteur en médecine, a la place DE lHekberie, a Lyon.
Monsieur,
Depuis ma dernière, que je vous envoyai le mardi iO de novembre, veille de la Saint-Martin, il y a icy un livre nouveau de M. David Blondel, ministre du saint évangile, intitulé Des Sibylles célèbres, tant par Vantiquité païenne que par les saints Pères', etc. Il est là-dedans fort parlé de la vanité des oracles sibyllins, et de ce qu'en croyent les moines en eux-mesmes et en particulier, mais non pas ce qu'ils veulent qu'on en croye, ains plutôt que le monde soit toujours bête, afin qu'ils puissent s'enrichir et continuer de profiter de la sottise et bêtise du peuple, qui est animal quod vult decipl. Misérable humanité, que tu es sujette à erreurs ! Calamiteux et foible animal, que tu t'es donné de peines à chercher, à songer et à inventer tant de bourdes et de fourberies, pour l'occuper l'esprit et te l'entretenir en bagatelles ! Mais c'est assez de ces plaintes, puisqu'il n'y a point de remède.
Nous avons perdu tout fraîchement un de nos compagnons, homme résolu et bien intentionné, nommé M. Nie. fléliot, âgé de quarante-sept ans' : il est mort d'une hydropisiede poumons, après avoir langui deux mois, llavoitprié par son testament toute la Faculté, que plusieurs docteurs assistassent à son enterrement, et dans le pkis grand nom-
1. Des Sybilles célèbres. Paius, 164-9, in-i", « célébrées » dans le Icxte.
2. nôliot {Mrolas). Bacc. 1627-1628. Vesper. 16 mai 1629. Doct. 1629. Pastil. 1629.
brc que l'on pourroit. Pour cet effet, il avoit ordonné que chaque docteur qui y viendroit en robe rouge eut deux quarts d'ccu pour son assistance, et la moitié, à ceux qui y viendroient en robe noire, avec le bonnet quarré. Il a été enterré en très grande cérémonie et grande pompe, accompagné de soixante docteurs, dont il y en avoit quarante en robes rouges et vingt en robes noires; et ncantmoins, la Faculté a ordonné qu'on ne prendroit point son argent, et que ladite somme de cent livres qu'il eut fallu pour accomplir sa dernière volonté seroit laissée et remise à sa veuve. Il est mort sans enfans ; son frère est échevin de la ville de Paris. Il étoit d'une bonne famille fort riche, mais il aimoit extrêmement les cérémonies et les pompes qui font du bruit. Dieu garde de mal ceux qui sont d'un sentiment tout contraire ! Pour moi, je suis content et désire fort que l'on m'enterre à quatre heures au matin, ou à neuf heures au soir, et que tout ce manège, qui ne semble avoir été inventé que pour le gain des prestres et des sonneurs, ou pour le soulagement des \'i\ans,fiat et pereal sine sonitu; mais je souhaite que cela n'arrive pas si-tôt.
Si post fata venit gloria, non propero.
Enfin, Dieu a exaucé mes vœux, et m'a fait recevoir votre lettre, datée du 27 de novembre, avec celle de M. Garnier. Je vous assure que la flotte d'Espagne n'arrive pas avec plus de souhaits à bon port qu'a fait votre lettre. Ne faites point de delà tant d'honneur à mon portrait, que l'original en pâtisse de deçà ; je me contenterai seulement d'être aimé de vous, sans que vous me mettiez avec ces illustres qui me feroient rougir. J'ai grand regret que vous n'ayez veu l'incomparable M. Gassendi : c'est un digne personnage, est silenus Alcibiadis. Vous eussiez veu un grand homme en petite taille ; c'est un abbrégé de vertu morale et de toutes les belles sciences, mais entre autres, d'une grande humilité et bonté, et d'une connoissance très sublime dans les mathématiques. La harangue de M. Talon a couru ici aussi bien qu à Lion ; mais on dit que ce grand homme l'a désavouée : constat tamen qu'il en fit une fort belle devant le roi. à la reine sa mère, que tous les auditeurs louèrent
fort. M. Talon et M, Bignon ' avocats généraux au Parlement de Paris, sont deux hommes incomparables, supra omnem virlutem, et supra omnes tilulos positi.
M. Guénaut le jeune '^ est mort, commeje vous ai mandé, ex propria narratlone patrui. Il dit, ' pour s'excuser de l'antimoine qu'aussi bien son neveu étoit-il mort, et qu'il n'y attendoit plus rien : mais si cela étoit, pourquoi d()nc lui donner de l'antimoine ? Son neveu, un beau garçon, sçavant, délibéré et bon esprit, qui eut le second lieu de la licence. M. Guénaut l'aisné est celui qui s'est servi le plus d'antimoine, et qui presque seul l'a mis en usage de deçà ; mais le médecin en a été souventefois bien blâmé, et le remède est ici plus que décrié. M. Guénaut le jeune avoit de bons livres bien curieux ; ils n'ont pas été vendus ici. Deux MM. de ses beaux-frères, médecins à Gien, savoir, MM. Odry et Amiot, sont ici venus, qui ont tout fait emballer et empaqueter, puis l'ont envoyé à Gien, où ils partageront à loisir. Cet emballage m'a fait pitié et m'a renouvelé la douleur que j'avois conçeuede ce beau garçon.
M . le premier médecin du roi *, qui n'avoit de bonne réputation que ce qui lui en falloit pour soutenir la charge qu'il possède, par les raisons du temps présent, lesquelles ne seront jamais guères bonnes en un autre, a ici tout fraîchement receu un grand esclandre en la mort du chancellier Garnier, qui étoit un vaillant homme, chevalier de Malle, et frère servant (il n'étoit que le fils d'un marchand de la rue Saint-Denis), mais gouverneur de Toulon en Provence. Il étoit ici fort bien apparenté ; ses frères sont
1. Bignon {Jérôme), né à Paris en lo89, mort dans la même ville le 7 avril 165lj. Avocat général au grand Conseil, dès 1620. Avocat général, en 1G26, au Parlement où il succéda à Sernin. L'éloge que fait Patin de Jérôme Bignon n'est pas exagéré et tous ses contemporains ont rendu justice à la prodigieuse érudition de ce magistrat et à l'intégrité de son caractère. Cf. Omer Talon, Mémoires. Niceron, Mémoires. Perau, Vie de Bignon, etc.
2. Guénaut {Pétri} neveu de François Guénaut. — Bacc. 1G26, 1628, avec deux thèses, l'une sous la présidence de Barralis : An pesti sola manifesta ? et la seconde, sous Bazin : An ex carie piidendi callosa cicatrix, syphilidis signum certissimum ? Aff. — V'esp. 13 septembre 1628. Doct. 28 octobre 1628. Pastill. 2 janvier 1629.