Date en marge, de la main de Patin
2. La conjonction « que », omise par Patin dans le texte manuscrit, n'a pas été rétablie dans les éditions antérieures, en sorte que la phrase ainsi formulée dans ces éditions contient un contre-sens manifeste.».
La cour a ordonné que tout cela seroit enregistré et que copie seroit tirée du registre et envoyée par les quatorze députez à la Reine, afin qu'elle voye et connoisse quel crédit nous avons dedans et dehors le royaume.
Le prince d'Orange a aussi escript à M. de Longueville, luY offrant dix mil hollandois souldoiez pour trois mois. Le parlement d'Angleterre avoit aussi envoyé un député au Parlement, comme a fait l'archiduc Léopold, mais il a esté arresté et mené à Saint-Germain. Vous voyez par toutes ces offres comment nous ne manquons pas d'amis, et qu'il y a toute apparence qu a la fin nous en serons les maistres, en faisant subsister notre arrest. et chassant le Mazarin hors de la France, si pour mieux faire, nous ne le pouvons attraper. Ceux de Melun, se sentant trop pressez et incommodez de leur gouverneur, l'ont contraint de se retirer en son chasteau où, s'il fait le mauvais, ils mettront le feu, et ont coupé la gorge à toute leur garnison'.
?souvel]es sont icy arrivées d'Angleterre, que dans Londres s'est formé et élevé un nouveau party, scavoir des mariniers et bateliers, qui sont au nombre de douze mil hommes, lesquels ne veulent plus souffrir de Fairfax', ny de son armée, et veulent restablir le roy en son thrône : mais, il y en a bien une autre du mesme pays, sçavoir que le Roy Charles' y a eu la teste coupée, le mardy 9 de ce mois par deux bourreaux qui estoient masquez *.
L'archiduc Léopold a escript à Messieurs du Parlement et à M. le prince de Conty, par un espagnol député, qu'il a envoyé exprès; il a esté entendu en plein Parlement et y a proposé merveilles pour le bien des deux royaumes, pour avancer la paix et contre le Mazarin '. Sur les propositions
1. Les précédents éditeurs ont coupé ici, de nouveau, la lettre de Patin, et y ont ajouté la date du 20 février, quoiqu'elle porte en marge celle du 19 et los salutations d'usage. L'éditeur de 1846 a fait de ce fragment, la lellre CXCX.IX de son premier volume.
2. Fairfax {Thomas) né à Otlcy (.\nglelerre) en 1611, mort en 1671. Un des généraux de l'armée parlementaire anglaise.
3. (I Le roi ctiassé », au lieu du roi Charles, dans les édit. antér.
4. Il y a là une erreur de date. C'est le 30 janvier 1649 et non le 9. que fut exécuté le roi Charles l".
o. Phrase précédente supprimée dans les édit. ant.
de cet envoyé ' de l'archiduc Léopold, la cour, avant que d'en délibérer, a arresté d'en donner advis à la Reine, et a envoyé à Saint-Germain [un] exprès pour obtenir [un] passeport afin d'y pouvoir aller en seureté, et a esté arresté que les députez qui iroient à Saint-Germain, ne seroient plus Messieurs les gens du Roy, mais qu'ils seroient pris du Corps de la Cour, sçavoir, M.le premier président, avec un président au mortier, deux conseillers de la grand'chambre, un député de chaque chambre des cincq des enquestes. et deux des requestes, c'est-à-dire onze en tout.
La Reine, ou au moins son conseil, a fait difficulté d'accorder et d'envoyer ce passeport disant qu'elle vouloit sçavoir quels seroient ces députez : mais tout cela n'estoit que pour gagner temps, en attendant responce de deux députez qu'elle a envoyez à l'archiduc Léopold : on croit qu'elle ni eux ne gagneront rien, veu que le dit archiduc Léopold s'est trop fort déclaré pour nous et pour le Parlement par cet envoyé, et particulièrement contre le cardinal Mazarin, joint qu'il a près de soy une dame pleine de persuasion, qui est madame de Chevreuses, laquelle ce Mazarin a fait exiler hors de France, il y a plus de quatre ans, et qu'elle hait fortement sur toutes les choses du monde ; et néantmoins, les dits députez sont partis de cette ville, le mercredy 24 de février, avec les asseurances requises, et sont allez coucher à Saint-Germain en Laye pour y voir la Reine. Utinain féliciter ambulent, et que les remonstrances sérieuses que M. le premier président va faire à la Reine, puissent luy disposer l'esprit à faire la paix, et à ne rien porter à l'extrémité : veu que tout est perdu, si elle en vient là, parle mauvais conseil des meschans politiques, partisans, banqueroutiers et intéressez, du nombre infiny desquels elle est assiégée ; si la guerre s'eschauffe davantage, nous en aurons tant plus de mal, mais aussi les affaires s'irritans, il y aura beaucoup plus de danger pour la Reine et sa régence que le Parlement luy peut oster, aussi bien et à meilleur droit qu'il ne luy a autrefois donnée : car la bonne dame, à proprement parler, n'en fut jamais capable :