‹ Lettres de Gui Patin, 1630-1672Chapitre 33 sur 260 · LetTUE S.VNS D.'lTE D.VNS LES ÉD!T. ANTÉR · texte numérisé non relu

LetTUE S.VNS D.'lTE D.VNS LES ÉD!T. ANTÉR

A BELIN 6â

Mss. S35S. FOU 22.

LETTRE XVI A MoNSiEiiR Belin, docteur en médecine, a TaOYES.

Monsieur,

J'espère que m'excuserez si j'ay esté un long temps sans vous rescrîre, ce n'a point este par oubliance, ny négligence, mais seulement, fauste de subjet et d'occasion. Depuis ma dernière, il n'est icy rien arrivé de nouveau que la disgrasce de M. le garde des seaux de Chasteauncuf ', à la place duquel le Roy a mis M. le président Séguier^

On ne parle icy que de la tresve, et de l'incertitude si elle se fera ou non '. On vend icy le troisième tome de

1. Chàteauneuf (Charles de l'Aubespine, marquis de), ne à Paris on 1580, mort en 1653. Conseiller au Parlement en 1600, chancelier des ordres du Roi en 1620, garde des sceaux en 1630. Mêlé aux intrigues de la duchesse de Glievrcuse et des femmes de l'entourage de la reine, manquant, du reste, de docilité vis-à-vis de Richelieu, celuici voulant s'en débarrasser, l'avait fait arrêter le 25 février et emprisonner au château d'Angoulême.

2. Séguier (Pierre), duc de Villomor, comte de Gicn, né à Paris le 28 mai loS8, mort à Saint-Germain-cn-Laye le 16 janvier 1672. Maître des requêtes en 1620, président à mortier en 1624-, garde des sceaux en 1633, il fut fait chancelier en 163o. Il fut créé duc de Villcmor en 1650, par Anne d'Autriche, mais il n'en porta presque jamais le litre. De sa femme Madeleine l'abri, il n'eut que deux filles, Marie, née en 1618, morte en 1710, dont nous verrons le mariage avec le marquis de Coislin (Voir la note de celui-ci : Lettre du 6 février 163^), et qui, devenue veuve en 16tl, se remaria en 16'i4 avec le marquis de Laval, et Charlotte Seguier, née en 1623, morte en 1701-, qui épousa, en 1639, Maximilien-François de Béthune, second duc de Sully et se remaria après sa mort avec le duc de Verncuil, fils légitime de Henri IV et de Henriette d'Entraigues. Cf. Moreri. — Voir aussi A. de Boilislc, Mémoires de Sainl-Simon. T. ï, p. 1879.

3. On était, au contraire, à la veille de la guerre, et Richelieu travaillait à préparer la France à soutenir la lutte contre la double maison d'Autriche et d'Espagne, et à resserrer autour d'elle les

la pratique de Sennertus in quarto, impression de celle ville, et in-8% de Lyon ; dans quinze jours le qualrièmç. qui est de morbis miiUemm, sera achevé, avec le traité de consensu chymicorani ; une physique et le traité des fié vres, le tout in-4'' du mesme autheur. Je vous prie de me mander si en desirez quelque chose. Je voudrois bien avoir un livre, qui a esté imprimé à ïroyes, in-8'', l'an 1619, soubs ce titre: Meslanges historiques, ou recueil dt plusieurs actes, traitez, lettres missives et autres mémoires qui peuvent servir en la déduction de l'histoire depuis ian i390 jusques à l'an 1580 '. S'il se trouve en vostre ville, je vous prie de me l'achepter et me l'envoyer à vosire première commodité. Je vous prie pareillement, si vous recouvrez un livre intitulé : Carolus Magnus redivivus, comme aussi le livre latin de Papyrius Masson : Des vies des Papes % qui est in-i°, retenez les pour moy, j'en donacray ce que jugerez estre raisonnable. Il y a icy gros bruit entre les jésuites et les sorbonistes, pour deux livres in-4'' qu'un anonyme a fait soubs le nom de Petrus Aurelias contre les jésuites '. M. le Cardinal quitte sa maison de la rue Saint-Honoré, oîi on va bastir puissamment pour aller demeurer à l'Arsenal. Je vous prie de présenter mes très humbles [baise] mains à M. vostre frère, et de m'excuser de tant de peine que je vous donne, prcst d'en

forces de la coalition. Son envoyé, le marquis de Feuquières, offraitla protection de Louis XIII aux représentants de la ligue protestante d'Allemagne et signait à Heilbronn, quelques jours après la lettre de Patin, le 6 avril 1633, un traité d'alliance avec les confédérés à la tète desquels se trouvait le grand chancelier de Suède Axel Oxenstiern.

1. In-8o. Camuzat. Troyes, Jean Moreau, 1619. C'est un recueil de pièces sur la France écrites pour la plupart en français.

2. Libri de Episcopis urbis, seu Romanis ponlificibas. Paris, 1586, in-4o. Papyrius Masson (Jcan-Papire Masson), historien et biographe, né à Saint-Germain-Laval (Forez) en 1.34i, mort à Paris, en 1611. D'abord jésuite, puis professeur au collège du Plessy, avocat au Parlement, il fut nommé substitut du procureur général. Il a beaucoup écrit. Parmi ses œuvres, il faut citer ses « Elogia », biographie des hommes illuslres ou marquants du xvn" siècle.

3. Pseudonyme adopté par l'abbé de Saint-Cyran (Jean du Verger de Hauranne) dans la publication d'un livre théologique très célèbre au xvii« siècle, et qui garda le nom sous lequel il avait été publié. Le l'elras Aurelius, gros in-folio latin, est un recueil de diverses brochures détachées qui eurent un prodigieux succès en Sorbonne. Dans

A BËLiN 6S

prendre autant et davantage pour vous, avec asseurance que je seray toute ma vie,

Monsieur, Vostre très humble et affectionné sei'viteur.

Patin.

De Paris, ce 20 Mars 1633.

Mandez-moy si desirez que je vous envoyé un « soldat suédois » qui nous est venu de Genève *.

Edit. de Rotterdam 1695.

— iD. 1725.

— Pahis 1846.

cel ouvrage, le futur docteur de Port-Royal saisissait le prétexte d'un désaccord entre les fidèles catholiques anglais et leur évèque Richard Smith, pour soutenir les droits de la discipline ecclésiastique et de l'épiscopat contre les moines. La première édition parut de 1632 à 1633, sous le nom énigmatique de Petrus Aurelius emprunte à un des noms de saint Augustin {Aurelius Aiujustinus). L'Asseml)lée générale du Clergé de 1661 en adopta les doctrines et le fit réimprimer à ses frais « Jussa et impensis cleri gallicani. » Il y eut, en 1640, une troisième édition publiée également par le clergé, avec un éloge de l'auteur par Godeau, évoque de Grasse. Saint-Cyran n'avoua jamais qu'il ait été le véritable Aurelius; mais personne n'éprouva le moindre doute à ce sujet. Sainte-Beuve émet la conjecture qu'il le dicta en se gardant de l'écrire, afin de pouvoir dire en l'occurrence qu'il 'ne l'avait pas écrit {Pnrt-Royal, 3° edit. 1867). Il est probable que le neveu de Saint-Cyran, Barcos, l'écrivit sous sa direction et le traduisit en latin.

1 . Le soldat suédois, ou histoire de ce qui s'est passé depuis la venue du Roi de Suède en Allemagne jusqu'à sa mort. Genève, 1633; 1634, sans indication de lieu: Rouen, 1634; Paris, chez de Varennes, 16o2, in-8°; Paris, 1652, chez Caillou, in-8°. L'auteur, Spanheim {Frédéric) né à Amberg (Palalinat) le 1" janvier 1600, mort à Leyde, le 30 avril 1649. Professeur de Théologie à Genève (1631).

LETTRE XVn

A Md:«SiEUR BelWj dogteur kx médecine, a Troyes.

Monsieur»

C'est avec beaucoup de regret et do ressentiment de voslre perte que je vous escrbîa présente, ce que j'eusse fait plus tost, si In nouvelle que j'en ay apprise ne m*eut tellement estonné que j'ay esté plus de huit jours sans me pouvoir résoudre d'en mettre la main la à plume, sachant bien que mon style n'est guère consolatif, et vous prie de n'en attendre de moy aucune, veu que moy-mesme, à cause de vous, en aurois besoin, et ne m'en veux mesler, de peur de ressembler à ces anciens ambassadeurs grecs qui, aprè; le deuil passé de la mort du fils de Tybère', vinrent pour consoler le père qui se mocqua d'eux, et prie Dieu que n'en ayez plus guère besoin quand vous recevrez la présente. La mauvaise disposition de ses entrailles, son mauvais foye et sa triste et palle couleur ont esté capables de vous advertir du malheur qui le suivoit de près; et croyant bien que vous l'avez preveu, cela vous doibt servir à modérer vostre douleur,ayant reconnu qu'il n'yavoit point de remède: Prava diathésis jamdudamfixa in hepate summam vilse brevem polUcebatui\ spemqiie velabat inchoare longam. Pour vous le dire en un mot, j'en porte le deuil comme vous, et en ay un grandissime regret et vous puis asseurer que ma femme mesme en a esté fort touchée. Je voudrois bien avoir ou sçavoir quelque chose qui fut capable de vous consoler. Il n'y a rien icy de nouveau ; le

1. Tibère, deuxième empereur romain, fils do Tiberius Ncro et de Li\ io, niî en 42 avant J .C, mort en 37 après J.-C.

A BELIN 6l

marquis de Coislin ', lils aisnc de M. de Pont-Chasleau * parent de M. le Cardinal ', cspoiisa avant hier la fdle aisnée de M. le garde des Seaux *, moyennant un dot de cent mil escus. M. de Bullion ", est en mauvaise posture aux finances et a reçeu de gros mots qui sont les précurseurs d'une grande disgrasce qui s'en va luy venir. L'Evesque d'Orléans' est icy fort malade d'une pierre dans le rein, quœ ischariam jam tridiio perscverantem inliilU. Je vous envoyé un livre nouveau plein de paradoxes assez gentils, et souhaitte qu'en sa lecture il vous donne du divertissement ; j'attendois toujours à l'avoir pour vous escrire, mais le privilège nous a retardé. Dans

1. Coislin (Pierre-César de Cambout, marquis de), lieutenant génédl des armées du Roi et colonel général des Suisses, venait, en effet,

d'épouser, le 3 février 1G34-, Marie Séguier, née le 10 août 1618, fille de Pierre Séguier, duc de V'illemor, comte de Gien et garde des sceaux (il ne devait être chancelier que l'année suivante). La mariée était âgée de seize ans et le marié, de vingt et un. Le marquis de Coislin mourut le 28 juillet IGM, des suites de blessures reçues au siège d'Aire. Sa femme se remaria en 1644, avec le marquis de Laval, frère puisné de Philippe Emmanuel de Montmorency Laval, marquis de Sablé, seigneur de Bois-Dauphin. Cf. Saint-Simon. Mémoires, ^ouvellc édit. Annot. de Boilislc. T. I, p. 82.

2. Pont-Château (Charles de Cambout, marquis de Coislin, baron de), chevalier des ordres du Roi, gouverneur de la Basse-Bretagne, etc. Sa mère était Louise du Plessis, da^me de Béçay, fille aînée de Louis du Plessis, seigneur de Richelieu et de Françoise de Rochechouart, tant^" du cardinal de Richelieu. Il mourut en 16i:8.

3. Richelieu (Armand-Jean du Plessis, cardinal de), troisième fils de François du Plessis, seigneur de Richelieu, et de Suzanne de la Porte. Né — selon toutes probabilités — à Paris rue du Bouloi, le 9 septembre l.o85, baptisé à l'église Saint-Eustache, le 5 mai 1586, mort dans la môme ville le 4- décembre 1642. Evoque de Luçon à l'âge de 2i. ans, en 1607, grand aumônier et secrétaire d'Etat en 1616, cardinal le 5 septembre 1622, et principal ministre d'Etat de Louis XIII, en 1624. Celui-ci érigea pour lui la terre de Richelieu en duché et pairie, en 1632.

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