Cf. sur Séguier, sa note: Lettre du 20 mars
5. Bullion (Claude de), sieur de Bonnelle, marquis de Gallardon. Maître des requêtes sous Henri IV, en 1605, commissaire de Marie de Médicis à l'.Vsscmblée des Calvinistes à Saumur, en 1611, surintendant de Navarre, en 1612, délégué aux conférences de Soissons en 1614, chancelier de la Rcynccnl61o, conseiller d'Etat en 1629, et surintendant des finances en 1632, il fut nommé Garde des Sceaux des ordres en 1G33, etprésident à morlier en 1636.11 mourut le 22 décembre 1640. Jouit de la constante faveur de Richelieu. Tallemant des Réaux lui a consacré une de ses historiettes. Op. cit. T. II, p. 19 et suivantes.
6. De Nclz (Mcolas), né le 18 février 1592. Mort à Orléans, le 20 janvier 1646. Nommé évèque d'Orléans en 1630.
le milieu dudit livre vous trouverez le portrait de M. François',aulheur du Pantagruélisme que M, vostre petit frère m'a demandé pour vous. Je vous prie de recevoir l'un et l'autre de bonne part, comme venant d'un de vos plus fidels amys. Hier au matin, le Premier président trouva sur son siège, y prenant place, un petit sac de cuir dans lequel estoit contenu un nouveau manifeste de Monsieur *, lequel messieurs de la cour jugèrent qu'il falloit envoyer au Roy, ce qui fut exécuté. Hier au soir un honneste homme m'apporta céans en mon absence vostre Gummi hedcrœ, duquel ie \ous remercie. J'ay bien du regret que je n'aye veu cet honneste homme qui a pris la peine de me l'apporter. Le jeudy gras, M. Bouvard ' premier
1. Rabelais (Franfo/s)j né àChiiionvers 1495, mort à Paris vers 1553.
2. Orléans {Gaston-Jean-Bapliste, duc de Cliarlres, de Valois, d'Alençon et d'), troisième fils do Henri iV et de Marie de ^Icdicis, né à Fontainebleau, le 2ù avril 1C08, mort à Blois, le 2 février 16G0. II avait épousé en premières noces, le 6 août 162(3, Marie de Bourbon, lille du duc de Montpcnsier et de Henriette-Catherine de Joyeuse, dont il eut (( Mademoiselle ■>, et en secondes noces, le 31 janvier 1632, Marguerite de Lorraine do Vaudemont dont la note suit (Lellre du 27 octobre yC54). Ce second mariage, contracté à l'iiisu, et malgré la volontéde Louis XIII qui en poursuivait l'annulation, était, au moment où Patin écrivait sa lettre, déféré au Parlement. Il est probal)le que le manifeste du Prince trouvé par le Premier Président sur son siège se rapportait à cette affaire.
3. Bouvard (Charles), né à Montoire (Loir-et-Cher) en 1572, mort à Paris le 22 octobre 1658. Bachelier le 16 décembre 160"j, après avoir soutenu ses trois thèses, dont la suivante — dans laquelle il concluait affirmativement — « An muUeri quain viro Venus apdor? » Licencié avec le « premier lieu », le 10 mai 1606 ; docteur le 27 juillet de la même année, il fut nommé régent le 2 janvier 1607, après les actes paslillaires dans lesquels on avait disserté sur la question : « An malieri procuranda sieriUlas(vel) procurandus abortus? » Professeur au Collège de France on 1(J25 (Goujet), il succéda en 1628 à Iléroard en qualité de médecin de Louis XIII, fonction qui lui conféra la place de surintendant du Jardin des Plantes, après la mort de son directeur Guy de la Brosse (16'il). D'un caractère orgueilleux et absolu, Bouvard abusa de l'autorité que lui donnait sa situation auprès du Roi et vécut en assez mauvais termes avec les membres de la Faculté. L'affaire des thèses qu'évoque Patin dans la lettre ci-dessus est curieuse et met en lumière ses procédés autoritaires. En sa qualité de premier médecin du Roi ; il a\ ait la surintendance des eaux minérales du royaume. Or, en 1633, il avait prescrit à Louis XIII les eaux de Forges. Les Piètre, dont la situation professionnelle était considérable, combattirent cette prescription et voulurent faire imprimer une thèse sur l'action des eaux minérales dans les inllammations des viscères 11 Anvisceribus », dont Bouvard avait obtenu la suppression du Conseil d"Etat. Le premier médecin l'apprit et fit suspendre rimx)rcssion. Le
médecin, présidera icy à une thèse, de aquaruin niineralium facuUatibiis , opposée à celle qu'avez emportée de M. Piètre; nous verrons si elle sera aussi bien faite que la première " je ne manqueray de vous en envoyer ,une dés l'heure mesmc, cl me ferez la faveur de m'en dire vostre jugement. Le bonhomme Piso*, aulheur du livre de serosa colluuie, est mort cet esté passé à Nancy en Lorraine. On commence à imprimer icy les >< Conseils de médecine » de feu M. Baillou % qui mourut en 1616, l'ancien de
doyen, qui était Charles Gnillemcau, intervint alors et se plaignit au Parlement de la violation des droits de la Faculté. Mais Bouvard Dl évoquer l'affaire en Conseil du Roi et celui-ci interdit à la Faculté de traiter aucune question qui eut trait aux eaux minérales. Cependant quelques mois après, le tour de Bouvard de présider une thèse étant arrivé, il obtint pour les docteurs une autorisation de « disputer ». pour une fois seulement, sur les Eaux minérales et leur fit donner l'ordre impératif d'inscrire sur le registre de la Faculté les conclusions de la thèse. La Faculté fut contrainte d'obéir et la thèse « An calidis... y, fut soutenue le 25 février 1634-. C'est celte thèse dont pai'le Patin. Bouvard était le beau-frère de Riolan. Une de ses filles avfil épousé Jacques Covisinot qui fui premier médecin do Louis X.IV, Il fu*. anobli par Louis XllI en récompense des services q\ril lui avail rendus. M. Paul Guillon a publié l'acte de cet anoblissement [Biblin- Ihbque Nationale^ fonds français, Mss. 4139, folio 231). En dehors d'un ouvrage en vers sur la vie, la maladie et la mort de ia duchesse de Mercœur (P.\.ris, 1024) on ne connaît de Bouvard qu'un seul travail, assez médiocre, mais, deveiui si rare, que d'après Paul Sue, il n'en existait de son temps que deux exemplaires (P. Sue, Paris, 1807). Ce livre sans nom d'auteur, sans date, ni lieu d'impression, mais q\ii est de 1635, a pour litre : « llistoriœ hodicrnœ medicinx rationali!: veritalis Idyoi Tipo'jpzTx-r/.bi {discours exhortatoirc) ad rationales medicas. — Cf. La leilre de Patin du 23 mars 1663, dans laquelle celui-ci parle do cet ouvrage. Cf. aussi Paul Guillon : La mort de Louis XIIL Paris, 1797.
1. Piso {Carolus). Charles Lepois. Cf. sa note : Lettre dul7 août 1632. Il mourut à Nancy du typhus qui ravageait cette ville au secoure de laquelle il voulut se porter malgré son âge avancé.
2. Consilioriim medicinalium liber prinuis ». Parisiis, 163o, in-4". Ce fut là la première édition de l'ouvrage de ce médecin célèbre. Baillou {Guillaume de), né à Paris en 1538, bachelier en 1568, doctetir en 1570, élu doyen en 1580 et en 1581, personnifia à un haut degré le médecin de talent, le praticien consciencieux attaché à ses études, à ses fonctions et à la Faculté dont il fut l'orgueil. Il refusa, pour ne pas nuire à ses travaux, la charge de médecin du Dauphin que lui offrait Henri IV. Il prit lUie part considérable à la restauration des doctrines hippocraliques et contribua à l'abandon do l'arabisnw. Dans les luttes soutenues sous son décanat par les médecins contre les chirurgiens qui voulaient iniroduire un cinquième corps académique — le leur — dans l'Université, il se déclara contre les prétentions de ces derniers et prépara leur échec définitif sous ses successeurs. Ce savant homme mourut en 1G16 ne laissant
noslre Faculté'. Je croy que ce sera une fort bonne pièce, car il estoit fort sçavant. et ce que j'en av veu m'a beaucoup pieu. Je vous prie de remercier M. voslre frère de celle qu'il luy a pieu m'escrire, quand j'auray quelque chose digne de luy, je ne manqueray de luy escrire en luy envoyant. Je vous baise les mains, à madame vostre mère et à madame vostre sœur, lesquelles j'ay eu le bonheur de voir icy et suis,
Monsieur, Vostre très humble et obéyssant serviteur.
Patin.
De vostre maison de Paris, ce 6 Février 1634.
ïïDiT. DE Rotterdam 1695.
— iD. 1725.
-. Paris 1846.
que des manuscrits. Ils passèrent dans les mains de ses petits ncvcnx Jacques Tliévart et Simon le Letier qui les pul^lièrent. Thévart fit paraître ses œuvres complètes : « Opéra medica omnia studio Jacobi Thevart ». Parisiis, 1635, 16i3. 1G49, in-4^; 4 vol. La lablt des matières fut faite par Patin. (Cf. la lettre de celui-ci à Fclconei du 23 juillet 16U0). La dernière édition fut publiée au ^viu" siècle par les soins de Tronchin : Genève, 1762, 4 vol. in-i", avec une préface de Tronchin. La Faculté possède un portrait de liaillou, héritage de l'ancienne Faculté qui figure sous la mention suivante dans le calendrier médical pour l'année ITTcS: «. Guillaume de liaillou» Parisien, doyen de liiSO à lôSt, médecin consultant ordinaire du Roi, mort en ICIO, don DE M, TiiKVA.iir so.'j Neveu, Héritieii de ses livres et de ses masus CRiTS (Varnlcr cl Sleinhcil. Op. cit.). Le portrait est actuellement place au vestiaire.
1, « L'ancien de la Faculté t était le docteur le plus âgé de la Compagnie,
Mss. 9358, TOL. 24.
LETTRE XVIII A MoTssiEUR Belin, docteur en médecine, a Troyes,
Monsieur,
Ce sera pour respondre à vostre dernière : je n'ay depuis rien veu ny ouï du curé de Loudun ' : on m'a néanmoins dit que l'on en faisoit un gros livre, vercor ne sit opus oiiosiet maie fcriatl aliciijiis monachi, qui suas nugas nobis oblrudat \ Pour le Sennertus, on achève son cinquiesme volume de practique qui sera sa chirurgie ' ; vous n'avez qu'à me donner charge de ce qu'il vous plaira que je vous achepte et l'envoyer prendre céans. Tout ce qui a esté imprimé de luy à Paris, est in 4% assez fautif; à Lyon, in 8", qui ne vaut pas mieux ; dans quelques années, nous verrons toutes les œuvres de cet aulheur en deux vohmies in-foliO; plus correctes que par cy-devant, et si n'en estes pressé (ce que je ne croy pas), je vous conseillerois d'attendre *. Les conseils de M. Baillou marchent tou-
1 Grandie. iUvhain), curé de Saint-Pierre, à Loudun, et chanoine de Sainle-Croix, né à Rovère en 1590, supplicié à Loudun le 18 août 163i.
2 Le livre dont parle Patin était un des ouvrages qui furent publies, aussitôt après la mort de Grandier, pour démontrer la possession et faire l'apologie du jugement. On voit que la saine et solide intellieence de Patin à une époque où la magie et la sorcellerie étaient considérées comme des réalités fatales, comme des actes vraiment criminels relevant des Tribunaux, avait su s'affranclur de 1 épouvantable erreur qui troubla l'esprit de la plupart de ses contemporains.
11 fut publié un grand nombre de ces ouvrages. Citons les deux suivants qui parurent en 1635. : La Dénwnomame de Loudun qai montre la véritable possession des religieuses, etc. La Flèche, lb3*, et . Véritable relation des justes procédures observées aa faict de la possession des Ursulines de Loudun et aa procez d'Urbain Grandier, par le P. Iraaquille. L\ Flèche, lG3i-.
3 Practicre medicinse Liber V.l62i^,in-^°-
4' Il s-a-it d'une édition complète des œuvres de Daniel Sennert a laquelle Patin qui professait pour ce médecin une grande admiration
jours, scd lenlo pede, à cause que le manuscript en est fort difficile '. Vous me faites honteux de dire que m'ayez de l'obligation; c'est moy qui confesse vous en avoir de toute sorte. Quant aux nouvelles de ce pays, je vous diray que Monsieur est revenu, qu'il a salué le Roy à Saint-Germain \ le samedy 17 octobre, le lendemain disné à Ruel ', chez M. le Cardinal, qui sont fort bons amys. De là, il est allé à Limours\ et puis ira à Blois. oii il demeurera jusques à ce que son mariage soit rompu avec la princesse Marguerite '^ ; quoy fait, il reviendra à la cour
avait infcressé la Société de Librairie de Paris et qui était en prépar.ition. L'ouvrage « Opéra omnia » parut en 16irl,en un beau volume in-folio, — et non en deux, comme l'annonçait Patin — a^ec une cpître signée des libraires adressée à René Moreau. Nous verrons plus loin que cette épître était de notre auteur. (Lettre du 12 août 16'i3.)
1. Cet ouvrage ne fut terminé qu'en 1635. Cf. jikis haut la noie de Baillovi.
2. Au moment où Ricliclieu préparait la campagne de 1635 contre la maison d'Autriche, il ne pouvait lui convenir de laisser le duc d'Orléans, le propre héritier de la couronne, entre les mains des Espagnols, avec lesquels ce prince s'était lié par un traité tellement insensé qu'on ne lui trouve pas d'autre excuse que celle d'être un acte désespéré accompli avec la ferme résolution de ne pas l'exécuter. Après des négociations très haljilement et très fermement menées par le Cardinal, Gaston avait accepté l'accommodement signé par le Roi à Ecouen (l"'' oct. 1634). Par ce traité, il consentait à ce que la grave affaire de son mariage avec la princesse Marguerite de Lorraine, que Louis XIII se refusait absolument à reconnaître, fût jugée selon les lois du royaume, c'est-à-dire, par les tribunaux ecclésiastiques. Une amnistie était accordée à la plupart des gentilshommes qui l'avaient accompagné, et il était autorisé à résider dans une des provinces du cenlredela France. Gaston quitta Bruxelles le 8 octobre 1634. C/. Lettre da cardinal de Richelieu du II octobre 'J63ff, annonçant la réconciliation et le retour de Monsieur. — Avenel. Op. cit. T. I\', p. 632.
3. Rueil (Scine-el-Oise), à 13 kilomètres N.-N.-E. de Versailles. Le château avait été construit par Riclielieu.
4. Limours (Seine-et-Oise), à 21 kilomètres E. de Rambouillet. .\ncien château aujourd'hui détruit, bâti par François L'pour la duchesse d'Etampcs.
5. On sait que Gaston finit par éluder toutes les tentatives qui furent faites pour provoquer la dissolution de son mariage et que Geneviève-Marguerite da Lorraine resta duchesse d'Orléans. — Cette princesse était fille de François de Lorraine et de Catherine, comtesse de Salms, cl sœur de Charles III de Lorraine dit communément Charles TV. Née en 1013, elle mourut le 3 avril 1672. Elle avait épousé Saston d'Orléans le 30 janvier 1632.
cspoiizer la princesse Marie ', fille de M. de Mantouë '. Yoylà le bruit qui court. On dit que Monsieur est tellement indigné contre M. d'Elbeuf \ qu'il a prié spécialement le Roy de ne luy permettre jamais qu'il revienne en France. On dit aussi que l'on traite du retour de la Reyne mère, et que le Roy y a envoyé exprès un gentilhomme. Pour les affaires des Suédois, on les tient tousjours en mauvais estât. M. le Cardinal donne sa cousine de Poulcliasteau, l'aisnée, en mariage à M. de la Vallette *;
1. La princesse Marie dont, à un moment, s'était épris le duc d'Orléans et qu'il avait voulu épouser, était la fille do Charles de Gonzague, duc de Nevers, devenu duc de Mantoue en 1627, dont les revendications à ce ductié furent soutenues par Louis XIII dans les campagnes de 16'20 et de 1630. On sait que le projet de mariage du duc d'Orléans, veuf de M"e deMontpensier, fut combattu par Marie de Médicis; que la princesse Marie, arrêtée par son ordre, fut mise à Vincennesetque Gaston, effrayé, prit la fuite et ne tarda pas à l'oublier pour une autre princesse, Marguerite de Lorraine, cette sœur du duc de Lorraine, Charles IV, (ju'il épousa. Douze ans plus tard, la princesse Marie inspira une vive passion à Cinq-Mars. Le roman qu'elle noua avec lui fut interrompu par la sanglante catastrophe qui atteignit le favori de Louis XIII. Elle épousa, en 16't"5, le roi fie Pologne Ladislas, et, un an après sa mort, en 16i9, le propre frère de ce souverain, Jean Casimir, qui lui succéda. Elle mourut en 1667.
2. Mantoue (Charles do Gonzague-Clèvcs, duc de Nevers et do Rethei, duc de), né le 6 mai lij80, mort le 20 septembre 1637. Il avait épousé Catherine de Lorraine, fille du duc de Mayenne et de Henriette de Savoie, qui lui donna cinq enfants dont Louise-Marie qui fut Reine Je Pologne, et Anne qui épousa Edouard, Comte Palatin du Rhin, et qui, connue dans l'histoire sous le nom de Princesse Palatine, fut si .-élèbre par son intelligence et son esprit.
3. Elbeuf {Charles II, duc d"), né en 1596, mort en lfi57. Sa femme, Catherine Henriette, était fille de Henri IV et de Gabrielle d'Estrée. Ayant voulu jouer un rôle dans les intrigues nouées à la cour contre Richelieu, elle fut évitée et le duc d'Elbeuf dépouillé de son gouvernement de Picardie.
4. La Valette (Bernard de Nogaret de\ second fils du fameux Jnc d'Epernon et de Marguerite de Foix, comtesse de Caudale, néon 1592, mort en 1661. Chevalier des ordres du Roi, colonel général de l'infanterie (1610), il fut comme son père, gouverneur de la Guyenne. Il avait épousé en premières noces, le 12 décembre 1622, Gabrielle-Angélique. légitimée de France, fille naturelle de Henri IV et de Gabrielle de Balzac, marquise de Verneuil. Son second mariage avec la fiUa aînée du baron de Pont-Chàteau, cousin de Richelieu, lui fut imposé par le cardinal, à la suite de la retentissante querelle du duc d'Epernon avec le belliqueux archevêque de Bordeaux, d'Escoubleau de Sourdis. frère du cardinal de ce nom. Cette alliance, avec l'abandon que dut faire son père de son gouvernement de Metz, fut le prix de la rentrée en grâce du vieux duc d'Epernon,
"l la seconde à IVl. de Puylaurens ', en vertu du nouvel accord et de la réconciliation. On envoyé des troupes en Allemagne soubs la conduite de M. le Mareschal de Brezé *, beau-frère de Monseigneur l'Eminentissime, et toutes les garnisons de Picardie y sont employées. Si les livres de Mercurial ^ se rencontrent je ne manqueray pas de vous les retenir. Je ne vous prie que du Cardan, de utilitate ex adversis capienda. La nouvelle est fausse de la surprise de Toulon, trop bien que plusieurs vaisseaux espagnols en ont costoyé les bords * ; et qu'on a pris en Languedoc un espion qui esloit capitaine espagnol et
1. Puylaurens {Antoine de Laage, duc de), gentilhomme de Gaston d'Orléans. S'ctant employé pour réconcilier son maître avec le roi et pour lui faire accepter la cassation du mariage qu'il avait contracté avec la princesse Marguerite, sœur du duc de Lorraine, Richelieu le récompensa en érigeant pour lui la seigneurie d'.Viguillon en duché pairie et lui donna en mariage, avec cent mille francs comptant, une de ses cousines, Marguerite Phiii2)pine de Gambout-Coislin, fille puînée du jjaron de Ponl-Ciiùteau, dont la fille aînée fut en même temps mariée au duc de la Valette, llichelieu maria encore le même jour une autre de ses cousines, Mademoiselle du PlessisChivry avec le comte de Guise. La cérémonie eut lieu le 28 novembre l(J3i- au Petit- Lu.xembourg et les fêtes, le soir, à l'Arsenal. Pour en revenir à Puylaurens, il est probable que les largesses de Richelieu étaient surtout destinées à sa nièce dont il faisait ainsi une duchesse. Aussi, dit Avenel, Puylaurens ne s'y trompa pas et trouvant qu'on ne le récompensait pas assez, il ne rendit pas les services qu'on attendait de lui (annulation du mariage de la duchesse d'Orléans). D'un autre côté, le cardinal sut de très bonne heure qu'il ne devait pas compter sur le favori de Monsieur. Cf. Avenel, op. .it. T. IV, p. 625 643.
2. Brézé (Urbain de Maillé, marquis de), né vers 1597 d'une ancienne famille de Touraine, mort au château de Milly (Anjou), en 1650. Maréchal de camp en 1630, envoyé en ambassade auprès de Gustave-Adolphe en 1632, maréchal de France la même année, il fut placé à la tète de l'armée d'Allemagne en octobre 1634. H reçut le gouvernement d'Anjou en 1636. Sa femme Nicole du Plessis, sœur de llichelieu, devenue folle, était morle en 1635. 11 en avait eu deux enfants: Jean-.\rniand qui fut duc de Brézé et amiral de F'rancc, et Claire-Clémence de Maillé qui épousa le duc d'EngJiicn (1611).
3. Mcrcurinli (Jérôme), célèbre médecin italien. Cf. sa note : Lellre du {^'janvier IGà'i.
■i, !1 s'agissait d'une de ces rumeurs comme il en court parmi les populations, à la veille des guerres. On disait qu'une armée navale s'était rassemblée à Naplcs pour venir débarquer sur les côtes de Provence et que Toulon avait été surpris par elle, etc. Ce ne fut q\ie beaucoup plus tard, vers la mi-septembre, que l'escadre espagnole lit son apparition sur les côtes de Provence où elle s'empara des îles Sainte-Marguerite et Sajnt-Honorat.
commandeur pour le roy d'Espagne en la coinlc de Roussillon'. Dans quinze jours, j'espère de vous faire §çavoir de mes nouvelles, et vous envoyer la thèse de présidence de M. Piètre le jeune, et le nom de nostre nouveau doyen. Je vous prie de me conserver toujours en vos bonnes grasces, et de Monsieur vostre frère, et tenir pour asseuré que je seray toute ma vie,
Monsieur, Vostre très humble et affectionné serviteur.
Patin.
De Paris, ce 27 Octobre 1G34.
Edit. de BottCTidam 1695.
— Pabjs 1846.
i. Le personnage arrêté était, en effet, don Juan de Menesses, général du comté de Roussillon pour le roi d'Espagne. Il fut appréhendé sui le territoire français, au moment où il venait de reconnaître le passage de Mal-Pas qui sépare les deus royaumes. La Gazelle du 21 septembre racolitc son arrestation (p. 395), C'est ce Méncsscs auquel Richelieu menaçait de faire subir le même traitement que les Espagnols appliqueraient au maréchal Faber. L^illustrc soldat avait été, en clïct, arrêté à Thionville où, sur l'ordre du Roi, il s'était introduit pour prendre le plan de cette ville forte. Le cardinal Infant le fit mettre en liberté. Cf. la lettre de BichcUeu à Léon Boulkilier. Op. cit. T. IV, p. 6i0.
Ms3. 9358, FOL. 25.
LETTRE XIX A Monsieur Belin, docteur en médecine, a Troyes.
Monsieur,
Je vous remercie bien humblement de la vostre, et de vos bonnes nouvelles. Je vous envoyé le catalogue de nos docteurs que Monsieur nostre nouveau doyen, M. Guillemeau a fait imprimer initio siiœ inaugurationis : comme aussi la thèse en laquelle M. Piètre, le jeune, présida hier avec honneur et satisfaction de tous ses bons amys ; le point en est bien commun, mais la raison n'en est pas commune, joint, que le texte me semble eslre couché en fort bons termes. On dit icy que M. de Vitry * et M. de Saint-Chaumont " ont eu grosse querelle en Provence, jusques là qu'on tient [que] M. de Vitry y est arresté prisonnier de par le Roy ; d'autres disent qu'il a commendemeni de s'en revenir. Quelques uns disent que la Reyne-mère revient, sed non ego credulas iltis. Deux docteurs de Sor-
1. Vitry (Nicolas de l'Hôpital, marquis ac), né en Î58!, mort en 1644. Capitaine des gardes, 11 complota avec de Luyncs,la mort dcConcini, marcclial d'Ancre, cl dut à ce meurtre le bâton de marccliel et sa brillante fortune (24 avril 1G17). Ea 1()32, 11 prit part aux opérations militaires en Provence et commanda cette province de 163o à 1637. D'un tempiTament violent et agressif, sa querelle avec Saint-Chaumont ne fut pas la seule. En 1637, il s'emporta jusqu'à frapper, de son bûton, l'arclievéquc de Bordeaux, Escoubleau Henri de Sourdis, ce même prélat qui avait eu autrefois de si retentissants démêlés a>cc le duc d'Epcrnon.
2. Saint-Chamond ou Sainl-Chamont (Mclchior Mitte de Chevrières MioUans, marquis de), né en 1586. Lieutenant-général du Lyonnais, Forez et Beaujolais en t6i2, Chevalier des ordres du roi en 1610, Maréchal de camp en 1621. Ambassadeur en Italie en 1627, Ministre d'Elat en lfi33. Mort en 10i-9.
l)onne, scavoir : M. Ysambert' et Lescot*; deux jésuites, l'un desquels est confesseur du Roy, nommé [le] P. Maillan'. deux capuchins ; l'un desquels est le P. Joseph *, sont de retour d'Orléans, où ils estoient allez conférer avec Monsieur pour rompre son mariage avec la princesse Marguerite. C'est à quoy, sur leur relation, on va travailler. Ce sera, premièrement, devant l'évesque de Chartres ' ; puis après, devant M. nostre archevesque de Paris " ; finalement, devant M. le cardinal et archevesque de Lyon ', lequel, après cela, s'en ira à Rome. On imprime icy, à grande, haste, l'histoire du Roy d'à présent, faite par M. du Pleix,
1. Isambert (Nicolas), né à Orléans. Docteur et Professeur en Sorbonne, A composé divers ouvrages de pliilosophie scolastique. Mort le 14 mai 1642.
2. Lescot (Jacques), Docteur de Sorbonne et confesseur de Richelieu. Devenu, en 16il, évèquo de Chartres.
3. On ne trouve aucun jésuite de ce nom dans la biographie de ses membres dressée par la Compagnie de Jésus. Mais nous savons que le P. Maillan était bien un jésuite que Richelieu avait eu à apprécier pendant son exil à Avignon, et que le religieux dut au souvenir qu'avait conservé de lui l'ancien évêque de Luron d'être appelé à la charge de confesseur du roi à la place du P. Suffren. Il mourut à Bourbon-Lancy le 4 octobre l()3o. Cf. les Confesseurs des rois de France. ]\Iss. franc. 139(55 et les Lettres et papiers d'Etat du Cardinal de Richelieu. {Op. cit.)
4. Tremblay {Joseph- François Leclerc, marquis du), dit ie Père Joseph, capucin, confident intime el agent du cardinal de Richelieu, né à Paris en 1577, mort à Rueil en 1638. Cf. sur ce moine célèbre, l'ouvrage de M. Fagniez, de l'Institut, Le Père Joseph et Richelieu, 2 vol. Hachette.
5. Etampes de Valençay {Léonor d'), né en 1585, l'un des frères d'Achille d'Etampes de Valençay qui fut cardinal au titre de Saint Adrien. D'abord abbé de Bourgueil, député du clergé aux Etats généraux de 1614, enfin évoque de Ciiartres en 1620, il fut nommé archevêque de Reims en 1G41 et mourut en 1651.
6. Gondi (Jean-François de), fils du Maréclial de Retz, né en 1584, mort le 21 mars 1654. C'est en sa fa>cur que ré\èché de Paris fui érigé en archevêché par Grégoire XV. Il fut donc le premier archevêque de Paris. Il prit en 1643, pour coadjuteur son neveu, Paul de Gondi, si célèbre par le rôle qu'il joua pendant la Fronde et dont il sera fréquemment question dans les lettres de Patin de celte époque.
7. Richelieu (Alphonse-Louis du Plessis de), frère du cardinal Armand de Richelieu, dit le Cardinal de Lyon. D'abord évêque de Luçon, céda son siège à son frère et se fit Chartreux. Fut nommé successivement par l'influence du tout puissant ministre de Louis XIII, archevêque d'Aix (1626), archevêque de Lyon (1628), cardinal (1629^, grand aumônier de France, chevalier de l'ordre du Saint-Esprit, etc. ; mourut en 1GÔ3.
sur les mesmoires de M. le Cardinal. Je cro\ bien qu'elle ne dira pas toutes les véritez. et néantmoins, par ce que j'en a\ veu, je vous asseure qu'elle dit plusieurs belles et estranges choses, fausses ou vrayes. Elle sera achevée aux Rois, si nihil superveniat. Les importuns qui m'ont emprunté des livres sans me les rendre, m'ont obligé de les advertir, inposterum, par une affiche que j'ay mise à la porte de mon estude, de laquelle je vous envoyé une copie pour vous en servir à mesme fin, s'ils vous incommodent; mettant vostre nom collé au dessus du mien, qui sera toujours de celuy qui veut estre toute sa vie,
Alonsieur, Vostre très humble et affectionné serviteur.
Patin.
De Paris, ce 17 Novembre 1634.
EdIT de ROTTEtlDAM 1095,
— ip 1725.
— Varis 1S16.
A ÈELIN ^9
Mss. 9358, JOt. 26,