LETTRE XX
A Monsieur Belin, docteur en médecine, demeurant A Troyes.
Monsieur,
Je vous demande mille fois pardon de ce que j'ay eslé si négligent et si paresseux à vous escrire, depuis tant de temps ; je vous prie de n'en attribuer la cause à aucun refroidissement de ma part en voslre endroit; euA^ers vous, dis je, auquel je me confesse avoir tant d'obligations, que je perds l'espérance de m'en pouvoir jamais acquitter, mais seulement à ma négligence qui m'est tellement naturelle, queje ne puis chasser de moy comme je voudrois cet importun hoste domestique, qui m'empesche à toute heure, de m'acquitter de mon devoir envers mes bons amys : parmy lesquels je vous fais tenir le premier rang pour la grande affection que m'avez tant de fois tesmoignée, sans aucun mien mérite, et pour toutes les obligations que j'ay à vostre bon naturel. Après donc vous avoir supplié de m'excuser le passé, je vous diray, en commençant par les nouvelles de ce pays, que, mercredy dernier, le Roy fit arrester prisonniers dans le Louvre Mess, de Puylaurens ', du Far-
1. La faveur de Puylaurens auprès de Richelieu qui lui avait fait épouser sa cousine de Pont-Ghàleau (Voir sa note : Lettre du 27 octobre t63U) avait été, on le voit, de courte durée. Au moment où le Cardinal faisait les préparatifs delà campagne dWllemagne de 163o, il fit arrêter et mettre à Vincennes Puylaurens (14 février) et plusieurs autres gentilshommes de Gaston d'Orléans. Les circonstances de leur arrestation ne sont pas dénuées d'intérêt. Puylaurens fut arrêté par de Gordes, capitaine des gardes, dans le cabinet du Roi, au Louvre, où il venait s'entretenir avec Richelieu. Coudray-Montpensicr avait dîné chez le garde des sceaux, avec Richelieu et du Fargis, Après le
gis', du Coudray-Montpensier, Senantes*, et quelques autres officiers de Monsieur, qui sont aujourdiiuy dans le boisdeVinccnnes et dans la Bastille : on tient pour asseuré qu'il y a du capital, veu qu'ils ont desja des commissaires. On dit que Jeudy prochain, le Roy s'en va à Compiègne, et que, de là, il ira en Lorraine, donner ordres aux affaires d'Allemagne. Nous avons icy de livres nouveaux, le grand recueil des pièces particulières qui ont par cy devant eu jour, pour la défense du gouvernement de M. le Cardinal ' : c'est une response perpétuelle à ceux qui ont escript contre luy pour Monsieur frère du Roy et la Reyne
repas, ayant manifeslc rinlcnlion d'aller au Louvre, Richelieu lui oiMl (le l'y conduire. A peine était-il arrive qu'il était arrêté, au nom du Iloi, par Clîiarost, autre capitaine des gardes. — On a dit pour expliquer l'arrestation du favori du duc cfOrléans dont les causes ininicdiates sont restées obscures, que le Cardinal, qui voulait faire épouser sa nièce au frère de Louis XIII, ne pardonna pas à Puyraulens de ne pas l'a>oir poasséà rompre son mariage. Ce qu'il y a de sûr, c'est ([u'on attribua la résistance que lit Gaston à l'annulation de son mariage à la mauvaise foi de son conseiller. — En tous cas, cette arrestation subite, sans cause apjjréciable pour le puV)lic, était un é\'énement qui pouvait rejeter la France dans le péril qu'on avait conjuré par la réconciliation du roi et de son frère. Richelieu avait prévenu ce danger en faisant écrire par le Roi aux gouverneurs des provinces, une lettre dans laquelle il exposait que : « Paylaurent a inaïujué aux conditions strictement exprimées dans la grâce par moi accordée le 11 octobre dernier passé ». Avenel. Op. cit. p. 6o9.
1. Du Fargis d'Angennes, cousin germain du marquis de Rambouillet, gentilhomme de Monsieur. Il avait été ambassadeur en Espagne et conseiller tl'Etat cl avait épousé Madeleine de Silly, comtesse de Rochepot, dame d'atour de la Reine Marie de Médicis, qui, comijromisc par ses intrigues contre Richelieu, fut condamnée à mort par contumace (l(J3l).
2. Autre gentilhomme du duc d'Orléans, de moindre importance. Ou trouve une mention de Senantes dans une lettre du Cardinal de Richelieu (T. VH. L. CCVIlli. U devint, plus tard « mestre de camp » dans l'armée de la Duchesse de Savoie.
3. Patin signale le recueil des pièces composées pour la défense du gouvernement contre les libelles venus de Flandre sous l'inspiralion de la reine-mère et du duc d'Orléans. Ce recueil, qui clail dû à plusieurs écri\ains et dont la préface était de Hay du Châlclct, se plaçait sous le patronage d'une société naissante, établie pour la conservation du beau langage et dont les membres se réunissaient à jour fixe. C'est colle société, dont le but et sans doute aussi l'esprit plurent au Cardinal, qui devait devenir rAcadciuic française.
A BELIN 8i
Mère' ; il est in folio. De toutes ces pièces, il n'y en a que trois de liouvelles, sçavoir, une longue préface qui est excellente, une pièce satyrique contre S. Germain, aumosnier de la Reyne Mère, autheur putatif de plusieurs livres contre Mr le Cardinal ^ et le procez d'Alpheston, de Chalons'. Déplus, nous avons la nouvelle histoire du Roy d'à présent in-fol. faite par du Pleix*, sur les mémoires de Mr le Cardinal, laquelle pourtant ne contient pas tant de particularitez que l'on espéroit. Nous avons pareillement le premier tome des conseils de M. Baillou ; postremo, de animse immorlalitate, nova demonslratio Aristolellca adversiis Pomponatkwi et ejus asseclas \ J'ay icy apris que M. Dacier estoit mort : si cela est, je vous prie de me mander à vostre loisir quand et comment. Je vous baise les mains, et à tous vos honnestes parens, en demeurant,
Monsieur,
Vostre très humble et affectionné serviteur.
Patin .
De Paris, ce 16 Février 1633.
Edit. de Rotterdam 16Ô5.
— iD. 1725.
1. Médicis (^/ane de), fille du grand-duc de Toscane, François !'■■ et de Jeanne archiduchesse d'Autriche, née à Florence, le 26 avril 1573, mariée à Henri IV, en 1600, morte à Cologne, le 3 juillet 1642.
2. Morgues (Mathieu de) abbé de Saint-Germain, né dans le Velay en 1582, mort le 29 décembre 1670, à Paris. D'abord jésuite, et prédicateur de Marguerite de Valois, devint, en 1620, aumônier de Marie de Médicis qu'il suivit dans son exil et dont il ne se sépara qu'à sa mort. Ne rentra en France qu'après la mort de Richelieu.
3. Alpheston, se disant écuyer et seigneur d'une terre en Champagne, avait été accusé par deux soldats de les avoir entraînés dans une conspiration contre la vie du Cardinal. On avait englobé dans cette conspiration, dont la preuve n'a jamais été faite, le P. Chanteloube, confesseur de la Reine mère et celle-ci elle-même. Alpheston fut condamné à être rompu et fut brûlé vif.
4. Cette histoire avait été écrite d'après les mémoires du Cardinal, disait-on, et certainement avec son aveu. i211e s'arrêtait en 1634. (Cf note: Lettre du 17 août 1632.)
5. Réponse d'Augustinus Niphus \ l'ouvrage de Pomponazzi : de Immortalitate Aniinœ — Bologne, 1.515 — dans lequel Niphus s'appuyait sur Aristote pour démontrer qvi'il n'existe pas de preuves de l'immortalité de l'àrae. Niphus se propos-^it, au contraire, dans son livre — Bologne, 1518-1524, — de prouver que, selon les principes d'Aristote, l'âme est immortelle.
LETTRES DE GUIPATIN
Mss. 9358. lOL, 87,
LETTRE XXÏ
A. Mo}iS'Euu BelIn, docteur en médecine, a Troyes.
Monsieur,
Je vous remercie de la vostre, et suis bien marry de l'accident qui est, derechef, advenu en vostre famille; maïs c'est un passage qu'il nous faudra tous passer. Ceux qui meurent peuvent bien dire comme Passerai ', vostre compatriote :
Veni, ahii : sic vos venistis, abibitis omnes.
Je suis desménagé dès la Saint Kemy dernier, mais je n'ay pas laissé de recevoir toutes vos lettres, n'estant pas
i. Passerai (Jeân), né à Trovfs !e 18 octobtt; l'i3V, morl à Paris k 12spptoml)rc 1G02. Poèto ôriulit, liommr d'cspHl cl il'iin caraclère iloii> et gai, Passent pfotégré par les derniers Valois, par le Président de Mesnu qui le garda vingt-neuf ans dans sa maison, fut nommé en 1372 pfo fésscur d'éloquence cl de poésie latine au CoUfgc Uoyal, où il rcmplarj Ramns qui avait péri dans le massacre de la Sainl-liarlhélemy. \l es un des auteurs delà Satyre Ménippée dont tous les Acrs fratirals son' de lui, et a laissé des poésies agréablement spirituelles, et parfois élé gahles. On doit à Guy Patin, qui était un de ses admirateurs, la der nière édition de ses harangues latines, discours prononcés h l'ouver tUtTC de ses leçons an Collège Royal : Jonnnis Passeràtii, chqnenlirv pro fn.isoris et interpretis i^ii, Orathnes st PrsÈfationes. P.vris, 1637, in-.S* Ces harangues imprimées avec ses préfaces sont dédiées à Charles Guil
A ËÈLtN â8
sorti de la mesme rue, et ne sauriez manquer de mettre mesme inscription de rue, et au lieu de mettre près de Sainte Opportune, il faut mettre devant l'Estoille, qui est à l'autre bout, s'il vous plaist. Je vous tiendray prcsts les Conseils de M. Baillou; vous n'avez qu'à les envoyer prendre céans par qui et quand vous voudrez ; ils valent cincquante sols. L'on m'a dit, pour le fait des apothiquaires des champs, que si les apothiquaires de vostre ville n'ont pas de maistrise entr'eux, qu'ils n'ont du tout que voir sur eux ; mais que ce droit seul appartient à vous autres, messieurs les médecins, qui les peuvent interroger et approuver en présence du iieutenant-gcncral de vostre ville, duquel seul ils relèvent, et que de luy, ils n'ont p. int d'autres juges que le parlement. Voyez si c'est Là ce que vous en desirez. Nous en avons un prjccÉ à la Cour pendu au croc, contre les apothiquaires de cette ville, qui en voulaient seuls connoistre avec le lieutenant civil ; et nous, au contraire, voulions qu'il n'y eust que deux de leurs jurés avec les professeurs en pharmacie, et que cela allât droit au parlement, à cause des malversations qui se commettent au Chastelet, auquel le lieutenant civil ne refuse lettre à personne pourveu qu'il donne de l'argent ; et avons en mains plusieurs exemples de malversations et concussions que lesdits jurés ont commises sur les apothiquaires des environs de Paris. Nostre cause est tellement fondée sur le droit et le bien public, qu'il y a de i'apparence que nous
lemeau, et cette dédicace est signée des trois lettres caractéristiques G. P. B. Ou a réédité de nos jours son poème cyncgifiquc, qu'il composa sur l'invitation de Henri III : — Passerai « le chien couranl » poème suivi de quelques poésies du même auteur -d. — Jolie édition de 1804. Les contemporains prêtent à ce poète aimable un penchant aux excès de boissons, a II garnissait, a écrit Balzac, sa bibliothèque do bouteilles rangées en bataille ». On lit dans le journal de L'Estoile (Edit. de CuAMPOLLON, p. 338), qu'il avait perdu la vue « de trop étudier et aussi, disent aucuns, do trop boire, vice naturel à ceux qui excellent en l'art d; la poésie, comr.ic fesait ce bonhomme ».
la gagnerons, quand il plaira à nostre doyen de la poursuivre ; mais il est de présent occupé à autre chose. Je cercheray sur ce fait quelques édits ou arrests iet vous enverray ce que j'en pourray trouver. On dit que la paix des Suédois avec l'empereur est fort malaysée à faire, et qu'il n'y a pas d'espérance de la: voir sitost faite. On ne dit encore rien de certain de M. de Puylaurens et de ses compagnons ; je ne sçais ce quy en sera, mais on dit qu"il y a du crime. Je vous baise bien humblement les mains et suis,
Monsieur, Vostretrès humble et obéissant serviteur.
Patin.
De Paris, ce 3 Mars 1635.
Edit. ci Rotterdam 1695.
— iD. 1725.
— Pxais 1846.