LETTRE LXXXI
A Monsieur Spon, docteur en médegixe, rue de la poulaillerie, a lïon.
Monsieur,
Pour responcc à la vostre dernière, datlée du 10 de mars, je vous remercie premièrement du nouveau pacquet qu'avez fait pour moy, que j'attendray avec toute sorte de patience. Vous m'avez bien obligé pour les trois livres que vous m'envoyez par iccluy, me voilà doresnavant bien avant, in aère tao; il faut cerclier les moyens d'en sortir. Pour nos thèses, voilà la première année de nostre cours achevée et ne se fera aucune thèse en nos escholles qu'au mois de novembre, qui est à dire dans 8 mois d'icy.
Mandez-moy par quelle voye vous vouliez que je vous envoyé le pacquet que j'ay céans tout prest, dans lequel vous trouverez aussi le dernier catalogue de nos docteurs, et quelque autre chose, Dieu aidant, qui est encore de présent, sous la presse, comme aussi, les trois thèses ausquelles j'ay autrefois respondu. Je ne pensois pas avoir eu le bonheur que vous m'eussiez veu présider, et ay grand regret que depuis ce temps là, nous n'avons eu un mutuel commerce de lettres et de livres ensemble.
Vous ne trouverez pas grand goût aux thèses de cet hyver dernier ; mais l'hyver prochain, elles récompenseront, elles seront toutes de pratique et de pathologie. Néantmoins, je vous diray, tandis que nous sommes sur les thèses, que si vous estes curieux de cette marchandise, je pourrois bien vous en donner plusieurs, veu que je les ay tousjours conservées, tant qu'il m'a esté possible, et que j'en ay céans plus de sept cents en bon ordre, et outre ce, un grand nombre
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de doubles ; et pour ce faire, vous n'auriez qu'à me mander qui sont celles que vous avez par un catalogue dans lequel vous n'auriez qu'à me marquer le nom du bachelier soubs un tel président, et aussitost, accingam me ad opiis, ut amico meo salisfaciain. J'en ay une fois donné un cent de toutes différentes à un mien amy qui m'en fit desmonstration de grand contentement. Je seray encore bien plus aise de pouvoir vous en donner davantage, pensez-y donc et m'employez.
Nous attendons icy le Paralipomena Sennerti ; ']e n'en ay pas encore veu. J'ay bien de l'obligation à M. Huguetan de m'en vouloir donner un, veu que je n'ay eu le bonheur de le voir jamais qu'une fois icy, et que je ne luy ay rendu aucun service, mais aussi, croy-je totum illud debere me tuœ commeiidationi. Je souhaite, et vehementer alqiie ardenter cupio, que vous receviez bientost les Institutions de Hoffmanus '.
J'ay veu icy depuis quatre jours M. Gassendy et avons tous deux bien parlé de vous. Poemata Grotil ' est un excellent livre, que je vous souhaitte; si vous ne l'avez trouvé à Lyon, laissez-moy la charge d'en trouver un icy ou de le faire venir de Hollande tout exprès. Pour les huit vers sur la mort du pauvre feu M. de Thou, les voicy :
Hklorinm (juisi[iiis vult scribcre, scribere veram,
Hune vetat exiliuin, magne Thuane, taïun : Richeliœ stirpis procercs lœsissc paterni.
Criinen erat calami, qno tibi vita péril : Sanguine delentur nati monwncnta Parentis,
Qux nomen dederanl, scripta dedere necem : Ingeniis lanlo est sancita crnore tyrannis ;
Vcra loijiii si vis, disrito s.Tva pâli.
Pour les épistres d'Esrasme, les vendre à ce prix là, ce n'est pas marchandise, c'est pure tyrannie; sed ejusmodi
1. Toule celle première parlic de la Icltrc est imililL'C dans les cdilions anlérieiircs. Des paragraphes eiilicrs ont été retranchés.
2. Poemata sacra. La. Hâte, IGOl. Paraphrases de psaumes et d'hymnes divers.
lacrionibus blbliopolis noslris qiiis ponet morfam ? J'avoue bien, et le dis en conscience, que les épistres d'Esrasme sont le meilleur livre de mon estude, mais néantmoins, c'est trop cher. On ne dit rien icy du portrait de feu M. de ïhou ; si on en fait, jedonneray ordre que vous n'en manquerez pas. Il est vray que les loyolites sont après à se faire incorporer en l'Université de Paris, et combien qu'il y ait beaucoup d'opposition, ils espèrent néantmoins d'en venir à bout par le moyen de M. de Noyers; mais quand ils seront garnis de bons arrests, il y aura encore de grandes diffîcultez en l'exécution. On dit pourtant icy qu'il n'y a encore rien d'asseuré pour eux. Il court icy un livret plein de graves etbonnes raisons par lesquelles il est monstre que cela ne leur doibt pas estre permis et qui est fort important à Testât et ils n'y ont pas respondu ' ; aussy ne le peuventils faire. Si vous n'en avez veu à Lyon, je m'offre de vous en mettre un dans le pacquet des thèses; il est intitulé : Apologie pour l'Université de Paris, contre le discours dun jésuite par une personne affectionnée au bien public, 1643. Pour l'autre, intitulé : Alph. de Vargas, de Stratageniatis, etc. ^ je l'ay céans, et l'ay veu de deux éditions différentes, sçavoir, de Hollande et de Genève. On m'a dit que le vray autheur de ce livre est Gaspar Scioppius^ : nosti honiinem. Le catéchisme des jésuites est un fort bon livre, je l'ay céans; il est doresnavant rare. Jo. Scaliger le prisoit fort, et desiroit souvent qu'un homme sçavant en droit prit la peine de le bien traduire.
Pour les observations de Fernel, c'est une pièce pour laquelle je me suis autrefois bien mis en peine. Neque tamen in illius investigatione quidqucun profeci. Fernel en mourant laissa tous ses papiers et ses livres à Julian
1. Membre de phrase retranché dans toutes les éditions antérieures.
2. Relatio ad reges et principes chj-islianos de Stratagemate : Jesiiitarum ad monarchiam orbis terrarum sibiconficiendam {Auctore Gaspard Scioppii) Yargas {Alphonse), tliéologien espagnol, né à Tolède, an commencement du xiye siècle, mort en loo-i ou I066 ; fut successivement évèque d'Ossuna, de Badajoz et archevêque de Séville.